‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 18 sur 141 · Du Bouchet, loc, cit.^ p · texte numérisé non relu

Du Bouchet, loc, cit.^ p

FRANÇOIS DE GHASTILLON. 53

» jours nous arrivons en Suisse à une ville appelée Milhouse, » qui n'est distante de Basle que de trois lieues, accompa- » gnez de ces deux seulement que j'ay dit (Legresle et Pon- » chartrain) et des sieurs de Brassi et de Ghanferu frères, » que nous avions pris près de leur maison, en passant. Et » delà, par Basle et Berne, nous arrivons à Coupet, un petit » village au long du lac Léman, près de Genève, déguisez » en petits escoliers, traittez tout de mesme, où nous demeu- » rasmes deux jours, puis entrasmes dans la susdite ville » où y avoit desjà beaucoup de noblesse Françoise retirée, » qui là se tenoient pour leur sûreté. »

Quel était, à ce moment, Tétat des esprits en Suisse, et que disaient, que faisaient dans ce pays les agents diplomatiques français qui y étaient accrédités?

Les nouvelles venues de France dans les derniers jours du mois d'août y avaient fait naître une vive agitation. Une complète divergence d'impressions et de vues sépara aussitôt les cantons protestants des cantons catholiques. Entre les premiers et les seconds s'accentua une méfiance, menaçant d'autant plus d'enfanter de sérieux troubles, qu'elle était attisée par les procédés occultes ou patents des agents de Gharles IX. Ces agents, loin de demeurer vis-à-vis de la généralité des cantons dans les limites d'une sage neutralité, inclinaient vers les uns, dont ils exploitaient les sympathies catholiques, et se montraient altiers, malveillants même, envers les autres, qu'ils supposaient être hostiles à la cour de France, par cela seul qu'ils étaient protestants, et dont ils envisageaient d'ailleurs avec inquiétude l'indignation. Tenter, tout en maudissant cette indignation si légitime , de la comprimer par de vaines paroles, par l'astucieux étalage de protestations réitérées, par de mensongers rapports sur les affaires de France et spécialement sur les agissements de la royauté et de la cour : telle fut la tache primordiale qu'as-

gumèrent, vis-à-vis des cantons protestants, les représentants du monarque français. De là à incriminer brutalement rhospitalité accordée par ces cantons à leurs coreligionncdres réfugiés, il n'y avait pas loin, et l'on verra bientôt jusqu'où s'avancèrent dans la voie des reproches et des accusations, à cet égard, les âpres serviteurs d'une royauté haineuse et persécutrice.

Dès les premières semaines qui suivirent la Saint-Barthélémy, l'attitude de ces serviteurs, en Suisse, révéla leur malveillance envers celle des deux parties de la population qui se différenciait de l'autre par le sérieux de son indépendance aussi bien que par la générosité de ses sentiments et de ses actions.

Ainsi, par exemple, de Grantrye, dans une dépêche adressée d'Haldestein à Catherine de Médicis, le 12 septembre*, qualifiait d'impostures les nouvelles relatives aux récents événements de France, qu'accueillaient avec indignation les villes de Genève, de Bâie, de Zurich, de Schaffouse, de Berne, et « dont les Grisons, disait-il, osaient » venir le combattre avec tout le scandale du monde; » il s'attachait à entraver, dans leur manifestation, les doléances que voulaient faire parvenir au roi divers marchands de SainMiall et de Bâle, injustement incarcérés à Lyon, et il incriminait lo projet formé par quelques villes des cantons prolostants d'envoyer dos délégués à Aarau, pour y tenir utio conférence dans laquelle se discuterait l'adoption de mesures propres à sauvegarder les intérêts communs.

Ainsi encore, de leur côté, Delafontaine-Gaudart et Grangier, écrivant do Soloure à Charles IX le 17 septembre % le dissuadaient de pratiquer une levée de troupes en Suisse, attendu qu'ils y redoutaient l'éclat d'une guerre civile;

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