Voir k YAppendice, n
rindice d'une lutte engagée contre les cantons protestants sur un seul point, savoir : sur les conséquences éventuelles de rindignation qu'ont fait naître en eux les attentats récemment commis en France. Mais la lutte ne tardera pas k prendre de plus larges proportions lorsque Bellièvre entrera en scène. A son retour en Suisse, où déjà il a été employé, ce coryphée des agents de la cour de France tendra une main intéressée et partiale aux cantons catholiques, toujours a disposés à croire ce bon apostrc plus que nul de leur » calendrier ' ; » il élargira le cercle de l'action, à l'eneontre des cantons protestants, sans réussir d'ailleurs à les dominer; puis il se posera en antagoniste, si ce n'est même parfois en persécuteur des réfugiés français, et principalement des enfants de Coligny, qu'il ne pourra cependant pas arracher à la retraite dans laquelle une généreuse hospitalité les maintiendra sur le sol helvétique à l'abri des atteintes de la violence.
En rogard do l'attitude des agents français en Suisse, et de colle dos cantons catholiques, dans le cours des mois de soplembro et d'octobre 1572, se placent, à la même époque, troÎH faits qui impliquent, de la part do quelques villes en qui 80 personnifie, jusqu'à un certain point, l'ensemble des cantons protestants, une remarquable fermeté de décision, en présonco soit des périls de l'intérieur, soit de ceux du dehors.
Lo promi(»r de ces faits est tout à l'honneur des membres du conseil de Gonève qui, le 13 septembre 1572, firent preuve do dignité et de courage, vis-à-vis de Charles IX, à propos d'une demande d'extradition concernant un réformé français Gavagnes, prétendu complice des crimes imputés à Coligny '.
!. Le liéveilh-maUn des Français et de ieurs voisins, î« partie, p. 73. «. Lettre de Charles IX du i°^ septembre 1572 (Archiv. de Genève, portef. histor., n<» 1,714) : « A noz trùs-chers et grands amys les scindiez et conseil de Genefvs.-^
Ils ne se bornèrent pas à répondre, qu'en fait, Gavagnes n'était point à Genève; ils déclarèrent, de plus, en droit, qu'eux-mêmes jugeaient les individus recherchés du dehors pour crimes ou délits, et ne les livraient pas à une autorité étrangère; noble et hardie déclaration, sous l'égide de laquelle, dans ces temps troublés, s'abritèrent de nombreux Français*.
Le second fait est celui que de Grantrye pressentait et déplorait d'avance, dans sa dépêche du 12 septembre, en d'autres termes, rassemblée d'Aarau. Ce fut là que, le 22 du même mois, divers délégués des villes de Zurich, de Berne, de SchafTouse et de Baie tinrent une conférence* dans laquelle ils se concertèrent sur une défense à opposer à des agressions éventuelles, et sur la nécessité de rechercher l'appui, non seulement d'autres villes de Suisse que celles qu'ils représentaient, mais même de quelques villes des pays étrangers, attachées à la religion évangélique.
Le troisième fait est l'exemple donné par Berne, et bien-
» Très-chers et grands amys, nous avons esté advertys que Cavaignes, Fun des » principaulx de la conspiration meschante et malheureuse que avoit faicte le feu » admirai de Chastillon contre ma personne et de la royne, madame ma mère, de » mes frères, du roy de Navarre, et d'autres princes et seigneurs estant près de » moy, s'est réfugié en vostre ville pour éviter le chastiment qu'il a mérité. Et pour » ce qu'il appartient à tous princes, estatz et républiques, amateurs de la conser- » vation des royaulmes et pays de leurs voysins de ne recepter telles personnes » coulpables de si ùialheureux actes; à ceste cause, nous avons voulu vousescripre » la présente, par laquelle nous vous prions, au nom de l'amitié et bienveillance » que nous vous portons, que vous ayez à faire arœster prisonnier ledit Cavaignes » et l'envoyer soubs bonne et seure garde en nostre ville de Lyon, au sieur de » Mandelot, qui y est nostre lieutenant-général; qui sera acte digne de vostre vertu, » et ce que nous avons occasion d'espérer de vostre aiTection et bonne volonté, V comme nous vouldrions aussy, de nostre costé, vous gratifller en ce que nous » pourrions. Et sur ce, nous supplions le Créateur, très-chers et grands amys^ qu1l » vous ayt en sa sainte garde. Escript à Paris le premier jour de septembre 1572. » — Charles. — Brulart. »
1. Archives de Genève, Registres des délibérations du conseil, à la date du 43 septembre 1572. — La France protestante, 2«» édit., v» Cavagnes, colon. 923, 924.
2. Conferenz der ÎV Evangelische Stadte. Âarau, 22 september 1572. (Amtiiche Sammlung der ûltern Eidgenossischen abschiede^ Band 4, abtheilung 2. Berne, 1861, ln-4», p. 499, 500, n» 402.)
tôt suivi par les autres cantons protestants * , du refus de toute participation aux levées de troupes que, dans des intentions suspectes, le roi de France voulait faire en Suisse. Le 2 octobre, les représentants de neuf cantons catholiques étaient réunis à Soleure ; les agents français sollicitaient d'eux une levée de six mille hommes, dont leur souverain, prétendaient-ils, avait besoin, non pour entamer des hostilités contre qui que ce fût, mais uniquement pour garder sa frontière. L'avoyer de Mulinen et le banneret Hagenberg se présentèrent à l'assemblée, au nom de Berne, et déclarèrent que, si la délibération qui allait s'ouvrir avait pour résultat d'accorder la levée demandée, il devait du moins demeurer bien entendu qu'aucun Bernois ne serait compris dans cette levée*. Berne repoussait ainsi, de prime abord, toute solidarité avec une politique de concessions à laquelle le parti catholique se laisserait entraîner, au grand détriment de la cause protestante. L'assemblée n'osa pas résister à la juste exigence formulée par de Mulinen et Hagenberg, interprètes d'un gouvernement cantonal à la vigueur et aux résolutions duquel d'autres gouvernements cantonaux ne manqueraient pas d'associer les leurs ^
Les trois faits qui viennent d'être exposés suffisent à démontrer que si, dès le début de la crise qui venait d'éclater en Suisse, les cantons protestants sauvegardaient, au dehors non moins qu'au dedans, leur propre dignité et leurs droits, ils sauvegardaient en même temps les droits de l'humanité souffrante, en se créant une indépendance de situation et d'action, de laquelle dériverait pour eux le moyen de proté-
1. Voir, sur ce point, notamment, une lettre de Delafontaine-Gaudard au conseil de Bâle, du 29 septembre 1572. (Archives de Bâle, Zeitungen, 1570 bis, 1579, 1° lOi.)