Bibl. nat., mss., coUecC. Dupuy, vol. 104, f
4. En ce qui concerne le mobilier da cbâlean de CbAtilloi (ffiX. unfu., L IV. p. 597) nons révèle un détail qnl peint la
» la nourriture de cêste maison, des soudars qui y sont, et » pour envoier mon fils et neveu à Vostre Majesté, lequel » avant mon partement il faut que j'envoie quérir en Savoye » pour paier, et aussi pour acheter mon équipage et faire » mon voïage; mais ce sera avec toute diligence, et m'as- » sure dans trois semaines estre. preste à partir. Toute la » difficulté que je fes c'est celle qu'il y aura de porter de » l'argent de Savoye, estant, à ceste heure, les chemins fort » mal seurs, que aussi de faict de pardeçà, depuis ma vi- » duité, nul n'a voulu païer, que aussi la pluspart des biens » sont assencés, n'estant le paiement jusques à Noël. Sire, » Vostre Majesté ne trouvera mauvais ce que j'en ai faict, » et me tiendra, si il luy plaist, en quelque lieu que j'aille » achever le reste de ma vie, pour très-humble et très- » obéissante servante. Et je prierai Dieu donner à Vostre » Majesté, Sire, en toute perfection de grandeur et conten- » tement, très-heureuse santé et très-longue vie. »
A la dignité, disons plus, à la générosité chrétienne de ce langage répondirent, au nom de Charles IX et de sa mère, instigateurs des méfaits du parlement, l'arrêt rendu, le 27 octobre, et les saturnales de son exécution.
C'en était trop pour le cœur déjà si profondément ulcéré de la femme et de la mère : aussi, Jacqueline d'Entremonts précipita-t-elle son départ.
Quel douloureux adieu que celui qu'il lui fallut dire pour toujours à ce château dans lequel elle avait vécu si heureuse avec Coligny ! Le jour où elle le quitta fut un jour de deuil pour les habitants de Chutillon, dont les pleurs, les regrets et les bénédictions l'émurent profondément.
D'autres émotions, mais, cette fois, douces et bienfai-
de ses agents en 1572 ; il dit qu'en amenant à Paris les deux enfants qui étaient restés au château, on y amena aussi les meubles les plus précieux qui garnissaient c^tte demeure favorite de l'amiral.
santés, lui étaient réservées : son cœur tressaillit de joie, lorsque, dans le cours du long et fatigant trajet de Ghâtil- Ion aux montagnes de la Savoie, elle se vit inopinément rejointe par sa fille chérie, M"' de Téligny, qui ne pouvait lui donner une plus grande preuve de tendre dévouement, qu'en se montrant résolue à l'accompagner et à partager, aussi longtemps que les circonstances le permettraient, son sort, au sein des Alpes.
Soutenue par l'affection et le courage de sa jeune compagne, madame l'amirale l'était également par l'espoir de retrouver en Savoie un cœur qui s'associerait aussi à toutes les souffrances du sien. Elle arriva enfin à Saint-André-de- Briord, et ce fut un moment d'inexprimable soulagement que celui où, préoccupée moins d'elle-même que de l'enfant auquel elle devait prochainement donner le jour *, elle se jeta dans les bras de sa mère.
Les délicats ménagements, les douces consolations dont l'entourèrent la tendresse maternelle et la sollicitude filiale répandirent sur les plaies de son cœur un baume salutaire. Elle se reprit à la vie, en retrempant son énergie aux sources saintes de la foi et du dévouement. Elle était pénétrée de l'étendue des devoirs qu'elle avait à remplir envers la mémoire de son mari, envers sa mère, envers cet enfant qui bientôt allait naître, sans que son entrée dans la vie pût être accueillie par le sourire d'un père, enfin envers ces autres enfants, les frères de M"** de Téligny, qu'elle aimait d'un amour vraiment maternel, et dont elle se désolait d'ignorer le sort, depuis qu'elle était séparée d'eux.
Les anxiétés de Louise de Coligny, à leur égard, n'étaient pas moindres que celles de sa belle-mère.
1. ce Le 24 d'aonst 1572 a esté mis à morl monseigneur et mary, Gaspard de B Chastillon, admirai de France, avec beaucoup de noblesse françoise et de peuple. » ayant laissé sa désolée veuve grosse de cinq mois. » (Mention inscrite par Jacqueline d'Entremonts sur le livre d'beures de Louise de Montmorency, loc, cil,)
Cette dernière ne pouvait se faire à l'idée que ses enfants, car tels étaient bien pour elle ceux de l'amiral, dépourvus de ressources personnelles, reçussent d'autrui, en Suisse, où elle apprit enfin qu'ils étaient arrivés , une assistance et des soins qu'elle eût voulu être la première à leur prodiguer. Elle aspirait à assurer le plus promptement possible, au point de vue matériel, l'indépendance de leur existence sur la terre de refuge, et aies mettre en position de reconnaître dignement la généreuse hospitalité que les villes de Genève, de Berne et de Baie leur avaient accordée. Elle comptait affecter, dans une large mesure, à cette destination ce qui lui serait restitué sur les biens considérables dont elle était propriétaire en Savoie, et que Philibert-Emmanuel avait arbitrairement séquestrés depuis plus d'un an. Elle espérait que ce prince consentirait désormais à la levée du séquestre, dans la pensée où elle était, que si, pour le moment, il ne troublait pas sa résidence à Saint-André-de-Briord, c'était parce qu'il respectait son infortune : comment ne pas présumer, dès lors, qu'un jour viendrait, où, vis-à-vis d'elle, il allierait la justice à la compassion?
Ses prévisions, à cet égard, devaient, en peu de mois, être cruellement déçues.