CHAPITRE III
Pomponne de Bcllièvre reprend, en Suisse, ses fonctions d'ambassadeur ordinaire. — Instructions dont il e^t porteur. — Conférence des délégués des cantons catholiques, du 14 novembre 1572. — Harangue de Bellièvro à rassemblée générale des cantons, du 7 décembre. — Correspondance entre lui et Catherine de Médids, au stgct des enfants de Coligny. — Mémoire adressé à Belliëvre par les réfugiés français. — Les cantons protestant» résistent anx plaintes de Bellièvre. — Mme d'Andelot, ses enfants et ceux de l'amiral à Bâle. — Origine de l'église réformée française de Bile. — Lettre de Charlotte de Bourbon à Chastillon et à d'Andelot. ^ Réponse des deux frères. — Le duc de Savoie fait arbitrairement arrêter et incarcérer madame Tamirale. — Indignation générale que soulève, en Europe, cet attentat. — Réclamations adressées, de diverses parts, à Philibert- Emmanuel. Toutes tendent à la mise en liberté immédiate de madame Tamirale. — M»" de Téligny, violemment séparée de sa belle-mère, et ne pouvant plus rester en Savoie, se rend à Genève, où elle est favorablement accueillie, surtout par Tli. de Bèze, avec qui elle se concerte pour arracher Jacqueline d'Entremonts à sa captivité. — Démarches actives de Th. de Bèze. — Résistance du duc de Savoie. — M™« de Téligny se rend de Genève à Berne, oCi elle est entourée d'égards. — Arrivée & Bâle, elle écrit à l'avoyer et au conseil de Berne. — Intervention des autorités bernoises auprès de la cour de France, dans l'intérêt des enfants de Coligny. — Les ambassadeurs polonais, venus en France à l'occasion de l'élévation du duc d'Ai^ou au trône dans leur patrie, font entendre à Charles IX d'énergiques paroles en faveur de la généralité des protestants français, et spécialement en faveur de la veuve et des enfants de l'amiral.
Vers Fépoque à laquelle madame l'amirale arrivait en Savoie, Pomponne de Bellièvre, conseiller au conseil privé du roi, venait reprendre, en Suisse, le poste d'ambassadeur ordinaire, qu'il y avait occupé de 1556 à janvier 1571. Il devait, comme précédemment, résider à Soleure.
Son frère, Bellièvre d'Hautefort, président au parlement de Dauphiné, chargé alors d'une mission judiciaire auprès de Damville, gouverneur du Languedoc, ne tarda pas à recevoir du roi l'ordre de quitter immédiatement cette pro-
vince pour remplacer, en Suîsse, Delafontaine-Gaudard , dont les fonctions expiraient \
Charles IX attachait une telle importance à ce que les deux frères combinassent, sans retard, leurs efforts dans Taccomplissement d'une mission commune, en quelque sorte, que le 11 novembre 1572, il expédia à Damville la dépêche suivante ' : « Mon cousin, j'escrits au sieur président Bellièvre, » qui est à présent près de vous, de disposer promptement » ses affaires, pour partir et se rendre incontinent en Suisse, » ainsi que le sieur de Bellièvre, conseiller en mon conseil » privé, son frère, que j'y envoyé pour certaines occasions » qui se présentent pour le bien de mon service, ayant aussi » advisé de vous faire cette lettre pour vous prier de le lais- » ser partir, toutes excuses cessans; et, en sa place, vous » prendrez avec vous un des maistres des requestes de mon » hostel, ou l'un des conseillers de ma court de parlement » de Toulouse, ou autre bon justicier et homme de bien » que vous adviserez, pour vacquer au fait et administration » de la justice, à vostre suite. »
Quelque pressante que fût la missive royale, Damville répondit qu'il ne pouvait, pour le moment, se priver de la coopération du président de Bellièvre; et celui-ci fut, en conséquence, autorisé par le roi à rester, jusqu'à nouvel ordre, en Languedoc '.
1. « Pour ce que le sieur Delafontaine-Gaudard, à présent son ambassadeur en » Suysse, y a esté le temps que les ambassadeurs ont accouslumé d'y demeurer, » Sa Majesté a ordonné que le sieur président de Bellièvre ira en son lieu. » (Décis. royale de novembre 1572. Bibl. nat., mss,, V« Colbert, vol. 427, f» 186.) — «f Der Franzosische ambassador herr de Lafontaine meldet : der Konig babe ihn in Be- » ruksicbtigung seines boben Âlters (62 Jabre) den prasidenten des parlaments za » Grenoble, des berm von Bellièvre Bruder, berm von Hautefort ernannt. » {Amtliche Sammiung der ûltem Eidgenossischen Abscheide, Band 4, abtbeilung 2, p. 504 à 506. Gemein Eidgenossischen Tagsazung, Baden 1572, 7 december.)
2. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,183, f» 55. — Une lettre tendant aux mêmes uns que la dépécbe du roi du 11 novembre 1572 fut adressée, ce même jour, à Damville par le duc d'Anjou. (Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,240, f» 44.)