‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 31 sur 141 · BiUioUièque de l'IiuUtal de France, collection Ga · texte numérisé non relu

BiUioUièque de l'IiuUtal de France, collection Ga

82 FRANÇOIS DE GHASTILLON.

dont il était porteur, d'attirer à lui le fils de d'Andelot et de le capter par a des promesses de grâces et de faveurs » ? Rien ne le prouve.

Rien non plus ne prouve, qu'après avoir rendu compte au roi et à la reine mère de ce que devenaient à Bâle les enfants de l'amiral, il ait eu le moindre rapport direct avec eux.

Force lui fut, d'ailleurs, si ce n'est d'abandonner son système d'obsessions tendant à obtenir des réfugiés français qu'ils se décidassent à rentrer dans leur patrie *, du ipoins de se renfermer, vis-à-vis d'eux, dans un rôle de surveillance que, maintes fois, au surplus, il saurait rendre tracassière et fatigante pour ceux qui en seraient l'objet.

Bientôt, en outre, vint le jour où, sans sortir des bornes d'une sage modération, des réfugiés français élevèrent la voix pour demander, en leur nom et en celui de leurs compagnons d'infortune, que Bellièvre et son souverain les laissassent en paix, dans la position qu'ils occupaient en Suisse, et dont ils démontraient la complète légitimité. Leur demande se formula dans un bref et substantiel mémoire qu'ils adressèrent à l'ambassadeur. Ils y disaient ' :

« Le nombre des seigneurs et gentilshommes et autres » qui se sont retirés es pays de Suisse et confédérés est si » petit, et la plupart d'entr'eux tellement chargez dedebtes, » que Sa Majesté ne peut faire grand estât du revenu ou » valeur de leurs biens, outre les substitutions, conventions

1. (c Les réfugiés françois trouvèrent, en Suisse, Bellièvre plein de remonstranoes, n de promesses et de menaces pour les faire retourner en leurs maisons, à Tabri » des derniers édits du roy, plein encore de ses mêmes harangues envers les Suisses, » lesquels ne purent renvoyer au meurtre ces misérables et leur refuser le couvert. » (D'Aubigné, Uist, t/niV., t. II, liv. I, ch. ix.)

2. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 16,011, f^ 50. — Il faut rapprocher de ce Mémoire la requête que les réfugiés français adressèrent, vers la même époque, aux cantons protestants pour réclamer leur intenention auprès du roi de France. (Voir à VAppendice^ n° li, le texte de l'un des originaux de cette requête qui fut adressée au conseil de HÂle.

» matrimoniales et autres droits que leurs parens de la reli- » gion romaine peuvent prétendre sur lesdits biens.

» Ceux qui sont es dits pais ne s'y sont retirés pour au- » cuns crimes dont ils puissent estre justement accusez ou » poursuivis, mais pour la seureté seulement de leurs vies, 11 et pour éviter les dangers et périls dont ils estoient me- H nacez par les violences qui se sont commises par le peu- <> pie, en tous les endroits du roïaume, et pour tant leur i> retraite et fuite estant fondées sur une juste crainte, et » aïant esté le seul moïen et remède de la conservation de 11 leurs personnes, il serait par trop déraisonnable qu'elle Il leur fût imputée à crime, d'aultant meame que pour cela u ils ne se sont point eslonguez ny distraits de la fidélité, » obéissance et affection qu'ils doibvent à leur roy, en la- II quelle comme ils y sont nés, aussi desirent-ils vivre et 11 mourir,

1» Moins encore leur peut-il estre imputé à quelque dés- 1) obéissance ou faulte de bonne volonté, s'ils ne sont retour- » nés et s'ils n'osent encore retourner, estant bien à croire » qu'il n'y en a aulcung qui ne désirast beaucoup plus l'air » etdoulceurde samaisonet demeure naturelle, pour y vivre » avec sa famille, que d'estre en païs estrangers et destitués » de toutes leurs commoditez, s'ils n'estoient encore retenuz » par une juste crainte, pour estre la playe encore trop récente. Il l'aigreur et animosité du peuple contre ceulx de la religion » bien peu adoucie ; joinct que l'on procède sur leurs biens H comme contre ceulx qui tiennent les armes dans les villes, » combien que par l'édict dernier, du 7 décembre, ne soit » fait commandement auxdits de retourner, ne moins de 1» procéder contre leursdits biens.

i> Et quand ce ne seroit qut 11 qui sont retournez, ils ne 1) forcez en leurs consciences

» religion, qu'est la chose qu'ils ont la plus chère en ce » monde, en laquelle ils ont esté instruits depuis douze ans, » soubz Tauthorité des édicts de Sa Majesté. Ils laissent à » juger à tous ceulx qui ont quelque conscience et qui sen- » tent que c'est de religion, si ce leur est pas une très- » juste occasion de crainte à retourner.

» Estant donc leur retraite et fuyte exemptes par ce moïen » de toute mauvaise et sinistre suspicion, ilz ne font doubte » que, s'il plaist à monseigneur de Bellièvre de favoriser » leur requeste envers Sa Majesté, qu'ilz ne puissent aisé- » ment impétrer et obtenir d'elle la jouissance de tous leurs » biens pendant qu'ils demeureront es dits païs de Suysse » et confédérés.

» En quoy ils le supplient très-humblement se vouloir » emploïer, et considérer, s'il luy playst, que par ce moïen » Sa Majesté maintiendra tousjours les cœurs et volontez de » ses subjectz qui sont es dits païs en l'affection et fidélité » naturelle qu'ilz luy doibvent, lesquels se contenteront d'y » vivre paisiblement en l'exercice (le leur religion, sans » entreprendre ny attenter chose qui soit contre l'Estat, » bien et service de Sa Majesté. »

Ainsi, des sujets du roi de France, demeurés fidèles à lui comme à leur patrie, mais ne pouvant rentrer dans leurs foyers, sur le territoire de celle-ci, sans y exposer à de redoutables atteintes leur vie et leur conscience chrétienne, revendiquaient le droit de sauvegarder l'une et l'autre, en demeurant dans l'asile que leur avait ouvert un peuple ami de la France : quoi de plus légitime? Incontestablement fondés dans la revendication d'un tel droit, ils ne l'étaient pas moins dans celle de la propriété et de la jouissance de leurs biens injustement appréhendés par des spoliateurs, en tête desquels figuraient les agents du monarque.

Mais, qu'importait à Charles IX et à Bellièvre la légitimité

de cette double revendication? Ils n'en persistèrent pas moins à se plaindre aux cantons protestants du refuge que ceux-ci accordaient aux réfugiés français.

Ces cantons s'honorèrent par le rejet persévérant de toutes les plaintes dont le roi et Bellièvre les assaillirent au sujet de ces réfugiés. L'impartial de Thou a rendu un juste hommage aux sentiments élevés qui les animaient, dans leur f«rme résistance à d'indignes obsessions, quand il a dit* : « Comme il y auroit eu de l'inhumanité à refuser asile à des » malheureux qui cherchoient à mettre leur vie à couvert » par la fuite, la pitié eut plus de force sur le cœur des » Suisses que n'en eurent les demandes du roi de France i » et les plaintes de son ambassadeur. »

Cette force prépondérante de la pitié se manifesta, au sein des cantons, partout où, dans les campagnes comme dans les villes, l'Evangile était en honneur ; aussi, faut-il appliquer indistinctement aux uns et aux autres ces paroles que les églises réformées du midi de la France adressèrent, un jour, au bourgmestre et au petit conseil de Zurich * : « Non-seulement les fidèles francois ont été humainement » et seurement recueillis en voz terres, mais aussi, par » vostre charité et libéralité entretenuz, voire mesme ceulx » qui estoient hors de vos pays, et cela en tel temps et si à » propoz, qu'il semble qu'ilz ont maintenu leur vie par Vos » Excellences. »

Telle étant la protection accordée par les cantons protestants aux réfugiés français, Bellièvre, contraint de renoncer désormais à toute idée d'expulsion des membres de la famille de Coligny, dut, ainsi que son frère Hautefort, quand il vint en Suisse occuper le poste d'ambassadeur, se borner à surveiller ce qu'ils faisaient à Bâle.

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