‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 37 sur 141 · Prov.^ ch. XVII · texte numérisé non relu

Prov.^ ch. XVII

2. « Nous tous qui sommes restés des serviteurs de toute ceste tant désolée » maison. » (Lettre de Th. de Bèze au comte Ludovic de Nassau, du 25 mai 1573, *ap. Groen van Prinsterer, Con'esp. de la maison d" Orange-Nassau, i^ série, t. IV, p. 125.)

avec quel touchant abandon la jeune fugitive n'épanchat-elie pas sou cœur dans celui du vénérable ami de son père! « Monsieur de Bèze, avait dit un jour l'amiral à cet » ami', je vous puis dire en vérité et devant Dieu, que, » depuis le temps que je vous ay practiqué et cogneu, je M n'ay jamais eu autre opinion de vous, sinon celle que l'on » peult avoir d'un homme qui chemine nettement en sa » charge et vocation. -> De Bèze ne pouvait mieux se tenir à la hauteur de sa sainte vocation, ni justifier plus directement l'estime et la confiance de Goligny, au moment où Louise souffrait, comme fille et comme femme, tout ce que peut souffrir une âme profondément aimante, qu'en s'attachant à la soutenir dans sa déchirante épreuve, avec une pieuse sympathie et à affermir en elle le besoin de rechercher les suprêmes consolations dont Dieu est l'unique dispensateur.

Le fidèle ministre de l'Evangile s'acquitta de ce grand devoir avec une sollicitude paternelle, en relevant l'âme angoissée de la jeune femme par des conseils et des encouragements semblables à ceux que, dans une circonstance mémorable, il avait adressés à l'amiral lui-même en ces termes' : >< Je sçai que, grâces au Seigneur, il serait malaisé » de vous enseigner remèdes que Dieu ne vous aye desjà » appris, tellement qu'il ne reste que ce seul point, d'at- » tendre en patience qu'en les appliquant vous en sentiez la » vertu, comme il est certain qu'à la fin vous l'apercevrez, i> suyvant que le Véritable a promis, à savoir, qu'il ne u permettra que l'épreuve surmonte la force qu'il nous «donne; l'infirmité que vous sentez, non-seulement ne » vous doibt effrayer, mais au contraire >i de la victoire , d'autant que c'est h

1, Mtmoim ivr les églises de France, (BJbl. de Gêné' t. Lettre du 17 juin 1S63. iBIbl. de Genève, vol. 17.

» moyen duquel Dieu se sert pour consommer la vertu qu'il » donne aux siens, afin que nous ayant fait sentir qui nous » sommes en nous, nous soyons d'autant plus ardens de » chercher notre force en Celui qui la donne, et finalement » qu'après avoir vaincu nous en donnions Tbonneur entier à » Celui auquel il appartient. »

L'un des premiers soins de Théodore de Bèze, lors de l'arrivée de M"* de Téligny, fut de faciliter son séjour à Genève en lui conciliant, d'accord avec un homme recommandable, Bernard \ la protection et les bons offices des autorités de cette ville. On lit à cet égard dans le Recueil des procès-verbaux des séances du conseil de Genève : « Séance » du 24 mars 1573. — Dame de Téligny. — M. de Bèze, » avec le secrétaire Bernard, au nom de ladite dame, ayant )) adverti de son arrivée en ceste ville, ont prié luy permettre » habitation en icelle jusques à ce qu'elle ayt proveu à ses » affaires, offrant plaisir et service à messieurs, et priant » estre excusée si elle ne se présente pas à messieurs, attendu » son sexe. — A esté arresté qu'on luy accorde sa requeste, » luy offrant toute assistance et plaisir possible, et qu'elle y w demeure tant qu'il luy plaira '. »

Les termes de cette décision, dans leur cordiale simplicité, sont une preuve de plus des généreux sentiments dont se montrèrent animés, au xvi' siècle, les cantons protestants de la Suisse envers les réfugiés français. C'est le cas de rappeler ici l'hommage rendu par l'un de ces derniers à l'attitude de Genève, de Baie, de Berne, de Zurich et d'autres villes vis-à-vis des victimes de la persécution. « Les can- » tons de la religion, disait-il, ont montré, et tous leurs

i. Jean-François Bernard, qu'on voit ici en même temps que Tli. de Bèze, avec qui il était lié, prêter son appui à M"* de Téligny, avait rempli, en 1560 et 136!, les fonctions de secrétaire d'État ; il fut plus lard appelé à celles de syndic.

2. Archives de Genève, Registre des délibérations du conseil, à la date du 24 mars 1573.

» sujets aussi, avoir un extrême déplaisir et compassion de n nostre fait; m'asseurant, en témoignage de leur bonne » volonté, que tous les François huguenots foruscis seront » les très-bien venus et seurement conservez en leurs terres, » et qu'ils n'oublieront rien du devoir de charité envers » eux... Dieu soit loué de ce que leur charité se monstre » en cela qu'ils recueillent libéralement nos frères François. » Ils ne sçauroient mieux condamner toutes les actions du » tyran, ses prosciptions et cruautez, qu'en usant d'hospi- » talité envers les povres oppressez, qu'ils justifient en les » hébergeant ' . »

La compatissante fille de l'amiral, en s'entretenant avec de Bèze des tentatives à faire pour arracher Jacqueline d'Entremonts à l'oppression qui pesait sur elle, avait eu la satisfaction de le trouver fermement résolu à accomplir sans retard une double démarche auprès du comte Ludovic de Nassau et de Marguerite de France, duchesse de Savoie. De Bèze, en effet, s'empressa d'écrire, le 25 mai 1573, au comte, dont il connaissait les afi^ectueuses relations avec l'amiral et sa famille, et d'adresser, vers la même époque, à la duchesse un pressant appel*. L'appui de Ludovic de Nassau ne fut pas invoqué en vain : sollicité par lui, l'électeur de Saxe agit auprès de Philibert-Emmanuel. Il en fut de même de l'électeur de Hesse.

Quand vint pour Louise de Coligny le moment du départ, elle ne voulut pas se séparer des magistrats de Genève sans leur exprimer sa gratitude, à raison de l'accueil hospitalier qu'elle avait reçu dans cette ville. Aussi, les registres du conseil contiennent-ils la mention suivante': « Séance du » 28 mai. — Dame de Téligny. — Secrétaire Bernard. —

1. Le Réoeifte-m'atin des François et de leurs voisins^ 2« partie, p. 06.

2. Voir k V Appendice, n^ li, les lettres adressées à ces deux perse

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