Archives de Genève, loc, cit
102 PRANÇOIS DE CHASTILLON.
» Ladite dame a îcy envoyé ledit secrétaire, lequel, à son )> nom, a remercié messieurs de l'honneur et bon accueil » qu'ils lui ont faict, la recevant à la ville, offrant con- » tinuer envers 'cette ville la bonne affection et volonté » que son feu père luy portoit*, priant messieurs faire le » semblable envers ladite dame et ses frères, qu'elle va M trouver à Basle, et ledict secrétaire avec elle pour l'ac- » compagner, offrant aussi de sa part faire tousjours service » à messieurs. — Il a été arrêté qu'on la remercie de sa » bonne volonté, luy offrant la pareille du costé de mes- » sieurs: »
De Genève, M**" de Téligny se rendit à Berne où l'avoyer et les membres du conseil lui témoignèrent le vif intérêt qu'ils prenaient à sa situation personnelle, de même qu'à celle de ses frères.
Ceux-ci, en l'absence de leur sœur, avaient réclamé pour elle, comme pour eux, l'appui des autorités bernoises auprès de Charles IX, à l'effet d'obtenir main-levée de la saisie pratiquée, en exécution de l'arrêt du 27 octobre 1572, sur les biens qu'avaient laissés à leur mort Charlotte de Laval, l'amiral et Téligny *. La lettre par laquelle, le 9 mars 1573,
1. On trouve la preuve de « celte bonne affection et volonté » dans la correspondance de Coligny avec le conseil de Genève, notamment dans les lignes suivantes : « Nous avons apperçeu et cogneu par expérience plus que jamais combien » la gloire de Dieu et l'augmentation des églises de ce royaume (de France) vous » sont chères et précieuses; celuy auquel vous avez eu le principal esgard, en ce »> faisant, vous en sera libéral rémunérateur, et, de ma part, messieurs, je vous n prie vous asseurer que j'en auray telle souvenance, que me trouverez tousjours » amy en toutes sortes que je pourray m'employer pour vostre bien et conser- » vation, d'aussi bon cœur que je me recommande à vos bonnes prières. » (Lettres des 28 et 30 mars 1563. Archives de Genève, portef. histor., n»» 1,712, 1,715.) — Les syndics et le conseil de Genève avaient une telle confiance dans les sentiments de l'amiral à leur égard que, le 7 juillet 1572, ils constataient, dans une délibé' ration officielle, « l'opportunité d'user de la bonne afTection que ledit sieur admirai « portoil à leur ville, laquelle, si luy estoit défailly, estoit perdue. » (Archives de Genève, Registre des délibérations du conseil, année 1572, fo» 109, 110.)
2. Les fils de Coligny avaient, en outre, demandé directement à Philibert-Emmanuel de les remettre en possession des biens,, sis en Savoie, qui avalent appar-
FRANÇOIS DE CHASTILLON. iO*
Ghastillon et d'Andelot invoquaient l'appui des seigneurs de Berne, attestait à la fois les dispositions bienveillantes de ces derniers, et l'antériorité d'une demande adressée au roi de France, en faveur des enfants de l'amiral, par Jacqueline d'Entremonts. Cette lettre était ainsi conçue '.
« Messeigneurs, nous avons receu la lettre qu'il a pieu ') à Vos Excellences nous escrire, et par icelle cogneu ce » dont nous ne doubtions aucunement, touchant la compas- » sion qu'elles ont de tous pauvres désolés et souffreteux, . « mais par espécial combien elles sont touchées du senli- » ment de notre grande calamité, avec la promesse de u nous f^ire tous les plaisirs qui seront en leur puissance ; » chose de singulière consolation en notre adversité non » pareille, et de quoy très-humblement nous les remercions, » les supplinns en oultre vouloir toujours avoir devant les » yeux combien c'est chose louable et présente à Dieu, que » les républiques chrestiennes , et mesmement la vostre, » qui est entre toutes la plus fiorissante, renommée et puis- » santé, embrassent à bon escient la cause des •afTIigés et » calamiteux, et encore plus estroictement celle des pauvres I' pupilles bannis de leur patrie, spoliés de tous leurs biens '1 et oppressés de toutes misères, non pour faulte aulcune » par eux commise, ains seulement pour estre énfans d'un » père tel que Vos Excellences l'ont pu assez cognoistre, » lequel, tant qu'il a vescu en ce monde, a esté autant et » plus affectionné que nul autre au maintien des églises
tenu à leur père : <> Pour t'bonneur de Dieu, ëcrivaienl-ils, et pour la jusUce de ta M cause de nous, povres orphelins, tant recommaudés d'icelny, qu'il ptaise a » Vostre Allesse nous remettre en la possession et jouissance de si peu de biens » qui ont appartenu à feu monsienr l'amiral, nostrc père, situés en vos terres et >i pals, et qui est tout le reste auquel Dieu nous a' >i de vivre, ayant esté traili^s en la France et Bi « pu entendre. •> (Extrait d'une lettre du 30 mars de Berne. — Archivio générale del regno. Torino 1. Archives de Berne.
» françôises et au bien de vostre Estât ; et soubs Tasseurance » que telles considérations et aultres beaucoup meilleures » et plus importantes sont continuellement en vos pensées, » messeigneurs, nous confiant aussi de vostre charitable et » chrestienne affection^ de vostre naturelle bonté et libérale » promesse, n'avons aucunement doubté que Vos Excel- » lences ne nous accordent volontairement certaine requeste » pour laquelle, en toute humilité et révérence, présenter » à icelles, nous dépescherons homme exprès, au temps » qu'elles se trouveront prestes d'y entendre, et lequel nous » les supplions très -humblement nous vouloir assigner, » afin que par vostre moyen et très-affectionnée recomman- » dation, il plaise au roy nous laisser la jouissance libre de » si peu de biens qui nous avoient esté délaissés par le décès » de défunts nos père et mère, et à M""* de Thelligny, nostre » sœur, ce qui luy peut appartenir par la mort de M. de » Thelligny, son mari, sans que, pour cet effect, soyons » aucunement contraints nous départir des terres et pays » de vostre obéissance et aultres de messeigneurs vos confé- » dérés; àquoy nous supplions très-humblement Vos Excel- » lences se laisser encore davantage esmouvoir et persuader, » en considération de notre aage et innocence ; joint que, » par cy-devant, il a pieu au roy, par une lettre qu'il a » escrite à madame l'admiralle, nostre belle-mère, déclarer » qu'il n'a eu aultre intention, en la saisie de nos biens, » que pour la conservation de notre droict, ne voulant que » portions et souffrions aucunement pour nostre père, et » promettant se monstrer tousjours envers nous bon pro- » tecteur, prince clément et débonnaire, vivans et nous » contenans doucement, comme espérons faire, soubs la » la naturelle obéyssance que lui debvons, ainsi que Vos- » dites Excellences pourront voir, s'il leur plaist, par la » copie de ladite lettre cy-enclose. En quoy, messeigneurs,
» Vos Excellences feront une œuvre vraiment digne de leur » grandeur, et conserveront de pauvres pupilles qui seront, » toute leur vie, dédiés à votre service, et prieront à jamais » le Dieu tout-puissant, messeigneurs, pour le maintien et » accroissement de votre Estât, à Tavancement de sa » gloire et rétablissement dé son service. »
L'avoyer et le conseil de Berne avaient, conformément au désir exprimé dans la lettre du 9 mars 1573, employé leurs bons offices en faveur des enfants de Tamiral, auprès de la cour de France ; de plus, sans s'arrêter aux réponses évasives que leur avait faites Philibert-Emmanuel, ils venaient, en juin, d'insister avec une nouvelle force, auprès de ce prince et de la duchesse de Savoie, sur la légitimité de leurs précédentes réclamations en faveur de madame Tamirale et de ses enfants * ; Louise de Goligny le savait, quand elle arriva à Berne, et s*en montra reconnaissante, quelque incertain d'ailleurs que fût encore le résultat des démarches officiellement tentées dans son intérêt et dans celui de ses frères et de sa belle-mère.
A Berne, de même qu'à Genève, elle fut entourée des plus grands égards ; et, lorsqu'elle dut partir pour Baie, les autorités bernoises, voulant lui assurer une protection efficace pendant le voyage qu'elle allait entreprendre, confièrent le soin.de l'accompagner à celui des membres de la Famille d'Erlach qui précédemment avait veillé sur Chastîllon et sur d'Ândelot, dans le trajet de Berne à Baie.
Dès qu'elle eut atteint celte dernière ville*, Louise de
1. Voir à VAppendicet n» 15, le texte de deux lettres du 5 juin 1573.
2. Fidèles à leurs usages, en fait de réceptions, les autorités bâloises se montrèrent aussi courtoises envers la Ûlle de l'amiral qu'elles l'avaient été envers M**" d'Andetot. On lit, en effet, dans les comptes de la ville de Bàle, sous la date du i3 juin ,1573, la mention suivante : « Payé 2 livres 13 sols 4 deniers, pour » quatre mesures de vin de Malvoisie offertes à M»« la comtesse de Téligny. » ' Aiebives de Bâle.)
Colignyécrivit à Tavoyer et au conseil de Berne ' : « Magni- » fiques seigneurs, s'en retournant par devers vous, M. Der- » lac, qui m'a fait cette faveur de m'accompagner , par » vostre commandement, jusques en ce lieu, je n'ay voulu » faillir de vous en remercier très-humblement, ayant une » telle asseurance en vostre bonté et en Taffection qu'il » vous plaist porter à mes frères et à moy, que vous consen- )) tirez, s'il vous plaist, sy pour tant d'obligations que nous )) recevons de vous, ne pouvons offrir maintenant qu'une » bien bonne volonté, atendant que Dieu nous face la » grâce d'en faire paroistre quelques effects et témoignages, » comme nous espérons bien qu'il fera ; et cependant nous » vous supplions de nous continuer tousjours cesle amytié, » s'il vous plaist, laquelle nous tenons et tiendrons tousjours )) bien chère, comme nous ayant esté nostre principal re- » fuge, en nostre affliction, après Dieu, lequel je prie, après » m^estre très-humblement recommandée à vostre bonne » grâce, multiplier tousjours de plus en plus en vous, ma- » gnifiques seigneurs, ses grâces très-sainctes et vous main- » tenir en sa saincte garde. »
Les autorités bernoises n'avaient pas seules insiste auprès de la cour de France pour faire obtenir aux enfants de Goligny la restitution des biens dont ils étaient spoliés : le landgrave de Hesse, de son côté, leur avait «aussi prêté un généreux appui. Lorsque Gaspard de Schomberg, envoyé par Charles IX en Allemagne, sur la fin de février 1573, était, peu de temps après, arrivé à Gassel, pour y faire au landgrave d'importantes ouvertures en matière politique, ce prince lui avait formellement déclaré que la plus grande | grâce qu'il demandât au roi de France, était que ce monarque, pour effacer les traces d'un passé récent, voulût
1. Lettre du 10 juin 1573. (Archives de Berne, Franh^ich, vol. 3, 1,570 bù, 1,636.)
bien restituer aux enfants de l'amiral de Coligny les biens qui avaient appartenu à leur père, et tenter d'obtenir pour la veuve de celui-ci une restitution analogue de la part du duc de Savoie.
Il fut répondu sur ce double point, tant par Charles IX que par sa mère, qu'il n'y avait pas lieu d'agir via-à-vis du duc de Savoie; qu'il n'y avait non plus aucun moyen de mettre les enfants de l'amiral en possession des biens paternels, par ce motif qu'il n'était pas au pouvoir du roi d'infirmer les effets légaux d'un arrêt rendu en justice réglée'. Charles IX et Catherine de Médicis démentaient impudemment, par ce prétendu respect pour l'arrêt néfaste du 27 octobre 1572', l'assurance qu'ils avaient antérieurement donnée à Jacqueline d'Entremonts , que la saisie pratiquée sur les biens héréditairement dévolus aux enfanta de l'amiral n'avait d'autre but que la conservation de leurs droits '.
Catherine et son fils préludaient ainsi par un acte de duplicité au déni de justice qui éclata dans une circonstance plus grave encore que celle de la simple conférence entre Schomberg et le landgrave de Hesse.
Peu de mois après l'entrevue du diplomate avec ce prince, les ambassadeurs polonais, venus en France à l'occasion de l'élévation du duc d'Anjou au trône, dans leur patrie,
I. De TtiOD, Hial. univ., t. IV, p. 741. — Catherine de Médicis écrivait H Schonibei%. le Jl avril 1B73 (Bibl. oui., mss. collect. Dupuy, vol. 86, p. 3!4, m) : « Quant • à ce qui touche les encans dudlt feu admirai, le roy, mondit sieur et Dis, prie > mon coasin (le landgrave de Hesse) de considérer que les choses sont posées par <i les lois de son rojaume et par le jugement des prini'es juges et plus recom- <> mandés en probité el intégrité, duquel jugement, en tnict de (elle conséquence, il » ne peut faire aucune grâce en laveur de quelque personne recommandée que ce « soit, ny empescher le cours de la jusUce, qu'il est nécessaire avoir lieu pour ce » regard. ■■