‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 39 sur 141 · Voir la lettre ci-dessm du 9 mars · texte numérisé non relu

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i08 FRANÇOIS DB GHASTILLON.

firent entendre à Charles IX d^énergiques paroles ^ Apràs avoir réclamé en faveur des droits et des intérêts de la gêné* ralité des protestants français, ils dirent :

« Nous conjoignons aussi à ces causes les requestes de » beaucoup de princes d'Allemagne et les larmes de taiit de » milliers de personnes qui, chassées de leur pays, sont en » Allemagne, Suisse et aultres lieux, lesquelles, ayant » estimé que nostre intercession vaudrait beaucoup, en ce Y» temps, envers Vostre Majesté, n'ont cessé, en présence, » quand elles nous ont rencontrés, et par lettres, de nous » prier et supplier d'employer toute la faveur et crédit que » Dieu, par sa puissance et grâce, nous donneroit, tant en- » vers Vostre Majesté, que nostre sérénissime esleu, à ce » qu'il y ait paix en France, et que les innocens et affligés

» soient soulagés. Parquoy la pitié et les requestes de

» ceux auxquels nous n'avons peu ne deu refuser ce que » nous pouvons en cet endroict font que nous supplions » Vostre Majesté que, selon sa royale clémence et bénignité » envers les siens, il luy plaise pourvoir et remédier à une )) si longue et grande calamité d'armes civiles, par une » équitable et très-ferme paix. »

Les ambassadeurs ajoutaient : « Supplions Vostre Majesté » vouloir intercéder et faire instante requeste envers M. le » duc de Savoie pour la délivrance de madame Tadmi- » raie, détenue prisonnière à Turin, avec permission de » vivre en sa religion partout où bon luy semblera ; — et » d'autant que Tadmiral a esté massacré sans aucune con- » noissance de cause et contre tout droit et équité ; qu'il a » esté accusé après sa mort et condamné sur cela par des » juges incompétens et récusez par lettres expresses de

1. Mém. de lestai de France soubs Charles IX, t. III, p. IKl. — Lapopelinlère, Hist, t II, liv . 36, l<» 196, i07, 108. — Du Bonchet, Uist. de la maison de Coligny, p. 569.

FRANÇOIS DE CHASTILLON. i09

» Vostre Majesté accordées audit admirai, prétendu cri- » minel de lèse-majesté ; que le tout a esté faict et exécuté, » sans en faire sçavoir aucune chose à sa veufve ny à ses » enfans ; ce qui fait penser que Vostredite Majesté a esté » circonvenue en cest endroict : & ces causes, nous la prions » très-instamment vouloir nommer les seigneurs des Ligues » ou autres princes et grands seigneurs estrangers, )> alliez de la couronne, ou autres juges non suspects, pour » revoir le procès dudit admirai et en prononcer la sentence » selon la vérité ; — ordonner que Charles, fils puîné dudit » admirai, détenu prisonnier par vostre commandement à » Marseille, soit mis en liberté et rendu à ses parents ; — et H de vouloir moyenner vers ledit sieur duc de Savoye, que » les enfans dudit admirai puissent jouir des biens qu'ils ont » dans ses Estats, attendu que leur père ny eux ne l'ont u jamais offensé. »

Le généreux langage des ambassadeurs polonais se perdit dans le bruit des pompes et des fêtes par lesquelles seules la cour prétendait honorer leur présence; aucun droit ne fut fait à leurs légitimes demandes ; et une grande iniquité de plus vint ainsi s'ajouter à tant d'autres déjà commises.

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