‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 40 sur 141 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Démarches des enfants de Goligay-dans llotér^t de madame Tamirale. — Lettres de celle-ci. — Sa captivité se prolonge. — ]js9 enfante de Coligny cherohent à assurer leur retour à Berae. — Bons offices des autorités bernoises à leur égard. — Ils reviennent k Berne, où ils se fixent définitivement. — Détails à ce si\jet. — Arrivée du prince de Condé en Alsace. — Son retour & la religion réiforroée. — Il publie un manifeste. — L'assemblée de Milhau le nomme protecteur des églises réformées de France. — Vaines tentatives de Hautcfort, frère de Bcllièvre^ pour circoQvenir le comte de Laval. •*— Relations de Condé avec l'électeur palatin et avec les villes de B&le, de Berne, de Lausanne et de Genève. — 11 recherche Tappui de Th. de Bèze. — Conseils donnés par l'électeur palatin à Henri III. >- Tournée de Condé en Suisse. — Il revoit k Berne les enfants de Coligny et de d'Andelot. — François de Ghastillon aspire à se rendre en Franco pour y servir la cause de ses coreli* gionnaires. — Séjour prolongé de Condé h Bàle. — Ses eflbrts en faveur des églises réformées de France. — Union, en France, des réformés et des catholiques paisibles à laquelle Damville, gouverneur du Languedoc, déclare se rattacher. — Lettre qu'il adresse, sur ce point, à Catherine de Médicis.

Quelque douleur qu'éprouvassent Ghastillon, d'Andelot et leur sœur, à la vue des déplorables fins de non-recevoir opposées par l'autorité souveraine, en France comme en Savoie, à tous ceux qui, de diverses parts, réclamaient que justice fût rendue à Coligny, à sa veuve et à ses enfants, cette douleur n'alla pourtant pas, chez ceux-ci, jusqu'au découragement : loin d'émousser la délicatesse de leurs sentiments, elle la mit, au contraire, de plus en plus en relief. Les saintes traditions de dévouement à la famille et de sympathie pour les chrétiens opprimés n'avaient pas péri avec l'amiral ; ses enfants les avaient recueillies et y demeuraient fidèles, alors surtout qu'il s'agissait pour eux, tout jeunes qu'ils étaient, de travailler à la délivrance de leur seconde mère. Quoi de plus touchant que la persévérance

FRANÇOIS DE CHASTILLON. iii

de leurs instantes démarches pour concilier à la cause de la noble captive Tappui de personnages influents I

Ghastillon et d'Andelot venaient, à cet égard, d'adresser, les 1" et 23 août 1573, de nouvelles lettres à Tavoyer et au conseil de Berne *, quand Louise de Golîgny écrivît de Bâle, le 25 dudit mois, à ces mêmes autorités * :

« Nobles, puissans et magnifiques seigneurs, d'autant » que par la lettre que madame Tamiralle écrit à Vos Excel- » lences, qu'elle a adressée à M. de Bonsteten pour la leur » présenter, vous entendrez, s'il vous plaist. Testât pitoïable » auquel elle est et la très-humble requeste qu'elle leur » faict, je n'en feray icy aucune redite ; mais seulement je » vous supplie très-humblement, nobles, puissans et ma- » gnifiques seigneurs, qu'en continuant vostre accoustumée » bonté envers la mémoire de feu monsieur l'amiral, mon » père, et ceux qui lui ont appartenu, vous vouliez, s'il vous » plaist, inclinant à la requeste de madame l'amiralle, pren- » dre une cause si pitoïable en main, et vous rendre inter- » cesseurs de sa délivrance, selon la confiance et asseu- » rance qii'elle et nous avons en Vos Excellences, qu'en » cela feront une œuvre vraiment digne de princes chres- » tiens, et pour une famille qui, de tout temps, a esté nour- » rie en une affection singulière au bien et service de vostre » Estât, et qui se tiendra à jamais obligée d'emploier et leur » vie et tous les moïens que Dieu leur donnera, pour la » conservation , grandeur et accroissement d'iceux ; me » recommandant en cet endroit, très-humblement à vos » bonnes grâces, et priant le Créateur, nobles, puissans et » magnifiques seigneurs, qu'il vous veuille longuement et » heureusement conserver pour servir à sa gloire. »

A toutes les sollicitations qui lui furent adressées, le duc

4. Voir à l'Appendice, n» 16, le texte de ces lettres. 2. Archives de Berne. Frankreichy vol. 3.

m FRANÇOIS .DE CHA8TILL0N.

dé Savoie f dans lé paroxysme de Tautocratie et de Tarrogance, répondit * : « II est de Tintérêt commun de tous les » princes et potentats de retenir soubz leur obéissance les » vassaulx et subjects que Dieu leur a donnés i régir et » gouverner ; et le debvoir des vaasaulx et subjeots est de » se ranger à la due récognoissance de telle obligation. Que » si ladite vefve du sieur de Chastillon et ses enfans font » comme il convient, ils trouveront que hon-seulement je ne 9 leur deffandray de justice, ains que, pour Tamour de vous » et de tous dignes respects, je leur useray de tout bon et » favorable traictement. Dieu leur inspire à tousjours se » recognoistre bien et s'acquitter de leur debvoir avec » effect. »

Mais où était donc le devoir, aux yeux du duc de Savoie, constamment prêt à se retrancher, vis-à-vis des interce»seurs, derrière la raison d'Etat'? Il consistait, pour la veuve de Tamiral, à renier sa foi et Je glorieux nom de son mari, À abdiquer ses droits dé mère, et à abandonner ses biens à la merci du duc, qui les convoitait ; pour les enfants, à trahir la mémoire de leur père, à laisser, sans murmuré, sacriGer madame Famirale, et à subir docilement Tatteinte portée^ en Savoie, à leurs droits héréditaires.

Quoi de plus légitime, dès lors que la résistance opposée ptar la veuve et par les enfants de la grande victime aux prétentions exorbitantes du duo et à ses persécutions !

Madame Famirale, quelle que fût Faccumulation de ses souffrances, n'en témoignait pas moins une vive gratitude à

1. Voir notamment sa lettre dn !«' mai 1573 aux seigneurs de Bile. {BidUtin de la Soc, tthist» du prot, fr.^ t. IV, p. 467.)

2. « Je vous veulx dire Irancbement que si, nonobstant vos précédentes et aatres » intercessions faites, je procède ainsi, retenu au fait de la délivrance de ladite » dame, c'est pour matière d^ Estât, qui concerne le bien, repos et tranquillité d'ieeluy » et mon autorité et représentation. »* (Lettre de Pbilibert-Emmanuel, du 13 octobre 1573, aux seigneurs de Baie. BulMn de la Soc. d'hisL du prot. />*., t. IV, p. 469.)

tous ceux qui travaillaient à la cessation de ses épreuves et de' celles de ses enfants. L'expression s'en rencontre, soit dans la correspondance qu'elle entretenait avec M"' de Téligny, et dont on osait, en Savoie, se faire un grief de plus contre elle \ soit dans ces lignes que, le 14 octobre 1573, elle adressait aux seigneurs du canton de Bâle ' : <( Je vous » remercie très-humblement de la faveur qu'il vous a pieu » de me faire, à l'endroict de monseigneur mon prinsse, » que combien que Nostre-Seigneur jusques à set heure ne » luy ayt voulu amollir le cœur pour avoir compassion de » mes trop extrêmes et longues afflictions, si me consolé-je » extrêmement de sçavoir que ce n'est que pour estre chres- » tienne que je souffre tant de mal, et aussi, très-haus et » honorés prinsses, de l'honneur qu'il vous plaist de me » faire et assistance que vous avez donnée à mes enfans ^ ; » seule consolation qui me reste plus en ce misérable monde. » Dieu leur fasse la grâce, un jour, vous pouvoir faire ser- » vice pour eux et pour moy qui, ne pouvant autre en ma )) prison, prierai Nostre-Seigneur qu'il vous donne, très-haus » et honorés prinsses, en toute perfection de grandeur, » repos et contentement, la grâce que vous soyez tousjours » vrais protecteurs des affligez et défenseurs des innocens. »

Dans la lutte engagée, rien ne put ébranler la fidélité de la veuve à la mémoire de son mari, ni l'énergie de la mère à revendiquer le droit de protéger sa fille.

Vint un moment où entraînée par le désir non de reconquérir sa liberté, non de recouvrer ses biens, mais d'obtenir la présence, à ses côtés, de l'enfant qu'on lui avait arraché,

1. Voir la lettre, ci-après citée, du 19 ayril 1573 à la duchesse de Savoie. (Arcbivio générale del regno. Torino.)

2. Bulletin de la Soc. cthist. du pt^ot. fr,, t. IV, p. 467, 468.

3. Madame Taoïirale parla aassi de sa sollicitude pour le sort de ses enfants dans une lettre qu'elle adressa, le i9 novembre 1573, à l'électeur palatin Frédéric III. (Voyez Kluchohn, Briefe Friedrich des Frommen, Kurlûrster von der Plalz, 1868, in-S», t. II, p. 609, 610.)

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