mai 1557. Bibl. nat., mss. f. fr., vol
» a pieu à Dieu m^envoyer de ma femme, qui m'a faîct en- » cores ung fils depuis mercredy dernier matin , m'asseu- » rant que vous estes tant de mes amys, que serez tousjours » bien aise de vous resjouir avec moy de ma bonne fortune, » ainsy que je feray, toute ma vie, de la vostre, en vous » disant à Dieu, auquel je prie, monsieur de H umières , » qu'il vous doint sa grâce , et me recommande de bien bon » cœur à la vostre. »
Non moins attaché que d'Andelot à sa belle-sœur, le cardinal de Ghâtillon, qui se trouvait momentanément avec Goligny auprès du roi, à Villers-Gotterets, écrivit*, de cette ville, à Charlotte de Laval, le 6 mai : « Ma sœur, j'ay esté » très-ayse d'entendre , au retour de mon lacquetz que » j'avoys envoyé vers vous, le bon portement tarit de vous » que de voz enfans, et que vous passez vos couches en si » bonne disposition, dont je loue Dieu, estant bien la meil- » leure nouvelle qu'on m'eust sceu mander. Au demeurant, » ma sœur, vous entendrez par le sieur de Feuquières, » présent porteur, comment il a pieu à monseigneur » le Dauphin * le désigner et envoyer d'entre nous , pour » tenir, en son lieu , sur les fonds de baptesme le fils que » Dieu vous a donné , sur lequel me remettant à vous dire )) de nos nouvelles qui sont toujours très-bonnes, je ne » m'estendray à vous faire la présente plus longue , si n'est » pour me re^commander bien fort à vostre bonne grâce , » priant le créateur vous donner, ma sœur, ce que plus » desirez. — Je vous advise que monsieur l'amiral s'en va, » dans deux jours , en Picardie , et se porte fort bien. »
En quittant Villers-Cotterets , Goligny reprend , en Picardie, le cours de son inspection. Sa correspondance nous le montre successivement, les 15 et 16 mai à Abbeville,
• 1. Bibl. nat., mss. î. fr., vol. 3,033, f» 32. 2. Ce prince régna plus tard sous le nom de François II.
les 20 et 24 à Doullens, le 26 à Abbeville, le 1^ juin à Boulogne, le 4 àMontreuil, les 5, 7, 16, 19, 21 à Abbeville, les 22 et 23 à Amiens et à Doullens, les 7, 14, 17 juillet à Abbeville, le 21 à Doullens, les 23 et 24 à Saint-Quentin. Sur tous ces points, il continue à organiser la défense, en luttant avec ardeur contre Tinsuffisance des ressources en hommes, en armes, en munitions, en numéraire, dont il lui est permis de disposer ; partout il se multiplie ; sa vaste intelligence, les inspirations de son noble cœur, son dévouement, sont à la hauteur du péril qu'il s'agit de conjurer. De Saint-Quentin il se porte ailleurs, et arrivé à Pierrepont , il en part , le 2 août , s'acheminant en toute hâte , par La Fère et Ham, vers cette même ville de Saint-Quentin qui tout à coup se trouve gravement menacée , résolu qu'il est à s'y enfermer, à y tenir tête aux colossales forces de l'ennemi et à y -sacrifier sa vie, s'il le faut, pour le salut de la France.
Jusque-là, pas un jour, pas un instant ne lui a été accordé pour aller à Châtillon revoir sa fidèle compagne et bénir, avec elle, le dernier fils qu'elle lui a donné ; l'époux, le père, a dû refouler au fond de son cœur ses plus chers désirs et se consacrer sans réserve à ses devoirs d'homme de guerre.
Ce n'est pas tout encore : au terme de son héroïque défense de Saint- Quentin, à laquelle la France doit son salut, Coligny est fait prisonnier par les Espagnols et conduit dans les Pays-Bas, où il subit une rude captivité de dix-sept mois. •
La paix lui permet enfin de reprendre le chemin de sa patrie. Il y rentre tête levée, l'honneur intact et le cœur ému, à la pensée de serrer dans ses bras sa femme et ses enfants; et bientôt vient le jour où le château de Châtillon est témoin des touchantes scènes du revoir, après une longue et douloureuse séparation.
Des quatre enfants dont les naissances précédèrent celle de François, deux avaient cessé de vivre, longtemps avant le retour de l'amiral dans ses foyers, en 1559*.
Charlotte de Laval donna le jour, le 24 décembre 1560, à un fils (Odet) et, le 7 mars 1562, à une fille (Renée); mais à la joie qu'avaient ressentie, de ces deux naissances, l'amiral et sa femme succéda, pour eux, le 14 juillet de cette même année 1562, au milieu des désastres causés par la guerre civile, uh deuil poignant : la mort ravit à leur affection Gaspard, qui, à l'âge de neuf ans, faisait leur bonheur par le riche développement de son intelligence et de son cœur.
Survivre à un enfant bien-aimé, quelle inexprimable douleur, quelle croix pesante à porter ! Sous cette douleur, sous cette croix se courbèrent un père et une mère désolés, ce Coligny, cette Charlotte de Laval, si forts d'habitude, et désormais presque anéantis. Ils eussent succombé à leur détresse si Dieu ne se fût tenu près de leurs cœurs pour les soutenir et les relever. De là ces paroles de résignation et de suprême confiance, qui trouvèrent leur écho dans Tâme d'une mère brisée par une indicible émotion * : « Encores » que tu ayes raison de supporter avec douleur la perte de » notre fils bien-aimé, si pourtant suis-je obligé de te remé- » morer qu'il estoit plus à Dieu qu'à nous ; et, puisqu'il a » voulu le retirer à soi, c'est à toi et à moi à obéir à sa )) sainte volonté. Il est vrai qu'il estoit déjà amateur de » bien, et que nous pouvions espérer grande satisfaction » d'un fils tant bien né; mais remémore-toi, mabien-aimée, » qu'on ne peut vivre sans offenser Dieu, et qu'il est bien
1. Ces enfants n'avaient vécu, le premier, que quelques heures, et le second, Henri, que quinze mois.
2. Lettre écrite par Coligny à sa femme, alors qu'il était au camp, sous sa tente, en face de l'ennemi.
les 20 et 24 à Doullens, le 26 à Abbeville, le i* juin à Boulogne, le 4 àMontreuil, les 5, 7, 16, 19, 21 à Abbeville, les 22 et 23 à Amiens et à Doullens, les 7, 14, 17 juillet à Abbeville, le 21 à Doullens, les 23 et 24 à Saint-Quentin. Sur tous ces points, il continue à organiser la défense, en luttant avec ardeur contre Tinsuffisance des ressources en hommes , en armes , en munitions , en numéraire , dont il lui est permis de disposer ; partout il se multiplie ; sa vaste intelligence, les inspirations de son noble cœur, son dévouement, sont à la hauteur du péril qu'il s'agit de conjurer. De Saint-Quentin il se porte ailleurs, et arrivé à Pierrepont, il en part, le 2 août, s'acheminant en toute hâte, par La Fère et Ham, vers cette même ville de Saint-Quentin qui tout a coup se trouve gravement menacée, résolu qu'il est à s'y enfermer, à y tenir tête aux colossales forces de l'ennemi et à y -sacrifier sa vie, s'il le faut, pour le salut de la France.
Jusque-là, pas un jour, pas un instant ne lui a été accordé pour aller à Châtillon revoir sa fidèle compagne et bénir, avec elle, le dernier fils qu'elle lui a donné ; l'époux, le père, a dû refouler au fond de son cœur ses plus chers désirs et se consacrer sans réserve à ses devoirs d'homme de guerre.
Ce n'est pas tout encore : au terme de son héroïque défense de Saint- Quentin, à laquelle la France doit son salut, Goligny est fait prisonnier par les Espagnols et conduit dans les Pays-Bas, où il subit une rude captivité de dix-sept mois. ♦
La paix lui permet enfin de reprendre le chemin de sa patrie. Il y rentre tête levée, l'honneur intact et le cœur ému, à la pensée de serrer dans ses bras sa femme et ses enfants; et bientôt vient le jour où le château de Châtillon est témoin dçs touchantes scènes du revoir, après une longue et douloureuse séparation.
Des quatre enfants dont les naissances précédèrent celle de François, deux avaient cessé de vivre, longtemps avant le retour de l'amiral dans ses foyers, en 1559*.
Charlotte de Laval donna le jour, le 24 décembre 1560, à un fils (Odet) et, le 7 mars 1562, à une fille (Renée) ; mais à la joie qu'avaient ressentie, de ces deux naissances, l'amiral et sa femme succéda, pour eux, le 14 juillet de cette même année 1562, au milieu des désastres causés par la guerre civile, uh deuil poignant : la mort ravit à leur affection Gaspard, qui, à l'âge de neuf ans, faisait leur bonheur par le riche développement de son intelligence et de son cœur.
Survivre à un enfant bien-aimé, quelle inexprimfid)le douleur, quelle croix pesante à porter 1 Sous cette douleur, sous cette croix se courbèrent un père et une mère désolés, ce Coligny, cette Charlotte de Laval, si forts d'habitude, et désormais presque anéantis. Ils eussent succombé à leur détresse si Dieu ne se fût tenu près de leurs cœurs pour les soutenir et les relever. De là ces paroles de résignation et de suprême confiance, qui trouvèrent leur écho dans l'âme d'une mère brisée par une indicible émotion * : « Encores » que tu ayes raison de supporter avec douleur la perte de » notre fils bien-aimé, si pourtant suis-je obligé de te remé- » morer qu'il estoit plus à Dieu qu'à nous ; et, puisqu'il a » voulu le retirer à soi, c'est à toi et à moi à obéir à sa » sainte volonté. Il est vrai qu'il estoit déjà amateur de » bien, et que nous pouvions espérer grande satisfaction » d'un fils tant bien né; mais remémore-toi, mabien-aimée, » qu'on ne peut vivre sans offenser Dieu, et qu'il est bien
i. Ces enfants n'avaient vécUf le premier, que quelques heures, et le second, Henri, que quinze mois.
2. Lettre écrite par Coligny à sa femme, alors qu'il était au camp, sous sa tente, en face de Tennemi.
les 20 et 24 à Doullens, le 26 à Abbeville, le 1^ juin à Boulogne, le 4 àMontreuil, les 5, 7, 16, 19, 21 à Abbeville, les 22 et 23 à Amiens et à Doullens, les 7, 14, 17 juillet à Abbeville, le 21 à Doullens, les 23 et 24 à Saint-Quentin. Sur tous ces points, il continue à organiser la défense, en luttant avec ardeur contre Tinsuffisance des ressources en hommes , en armes , en munitions , en numéraire , dont il lui est permis de disposer ; partout il se multiplie ; sa vaste intelligence, les inspirations de son noble cœur, son dévouement, sont à la hauteur du péril qu'il s'agit de conjurer. De Saint-Quentin il se porte ailleurs, et arrivé à Pierrepont, il en part, le 2 août, s'acheminant en toute hâte, par La Fère et Ham, vers cette même ville de Saint-Quentin qui tout à coup se trouve gravement menacée, résolu qu'il est à s'y enfermer, à y tenir tête aux colossales forces de l'ennemi et à y -sacrifier sa vie, s'il le faut, pour le salut de la France.
Jusque-là, pas un jour, pas un instant ne lui a été accordé pour aller à Châtillon revoir sa fidèle compagne et bénir, avec elle, le dernier fils qu'elle lui a donné ; l'époux, le père, a dû refouler au fond de son cœur ses plus chers désirs et se consacrer sans réserve à ses devoirs d'homme de guerre.
Ce n'est pas tout encore : au terme de son héroïque défense de Saint- Quentin, à laquelle la France doit son salut, Coligny est fait prisonnier par les Espagnols et conduit dans les Pays-Bas, où il subit une rude captivité de dix-sept mois. ♦
La paix lui permet enfin de reprendre le chemin de sa patrie. Il y rentre tête levée, l'honneur intact et le cœur ému, à la pensée de serrer dans ses bras sa femme et ses enfants; et bientôt vient le jour où le château de Châtillon est témoin dçs touchantes scènes du revoir, après une longue et douloureuse séparation.
Des quatre enfants dont les naissances précédèrent celle de François, deux avaient cessé de vivre, longtemps avant le retour de l'amiral dans ses foyers, en 1559*.
Charlotte de Laval donna le jour, le 24 décembre i560, à un fils (Odet) et, le 7 mars 1562, à une fille (Renée) ; mais à la joie qu'avaient ressentie, de ces deux naissances, l'amiral et sa femme succéda, pour eux, le 14 juillet de cette même année 1562, au milieu des désastres causés par la guerre civile, uh deuil poignant : la mort ravit à leur affection Gaspard, qui, à l'âge de neuf ans, faisait leur bonheur par le riche développement de son intelligence et de son cœur.
Survivre à un enfant bien-aimé, quelle inexprimable douleur, quelle croix pesante à porter ! Sous cette douleur, sous cette croix se courbèrent un père et une mère désolés, ce Coligny, cette Charlotte de Laval, si forts d'habitude, et désormais presque anéantis. Ils eussent succombé à leur détresse si Dieu ne se fût tenu près de leurs cœurs pour les soutenir et les relever. De là ces paroles de résignation et de suprême confiance, qui trouvèrent leur écho dans Tâme d'une mère brisée par une indicible émotion * : « Encores » que tu ayes raison de supporter avec douleur la perte de » notre fils bien-aimé, si pourtant suis-je obligé de te remé- » morer qu'il estoit plus à Dieu qu'à nous ; et, puisqu'il a » voulu le retirer à soi, c'est à toi et à moi à obéir à sa » sainte volonté. Il est vrai qu'il estoit déjà amateur de » bien, et que nous pouvions espérer grande satisfaction » d'un fils tant bien né; mais remémore-toi, mabien-aimée, » qu'on ne peut vivre sans ofi'enser Dieu, et qu'il est bien
1. Ces enfants n'avaient vécu, le premier, que quelques heures, et le second, Henri, que quinze mois.
2. Lettre écrite par Coligny à sa femme, alors qu'il était au camp, sous sa tente, en face de Tennemi.
les 20 et 24 à DouUens, le 26 à Abbeville, le '!•' juin à Boulogne, le 4 àMontreuil, les 5, 7, 16, 19, 21 à Abbeville, les 22 et 23 à Amiens et à Doullens, les 7, 14, 17 juillet à Abbeville, le 21 à Doullens, les 23 et 24 à Saint-Quentin. Sur tous ces points, il continue à organiser la défense, en luttant avec ardeur contre Finsuffisance des ressources en hommes , en armes , en munitions , en numéraire , dont il lui est permis de disposer ; partout il se multiplie ; sa vaste intelligence, les inspirations de son noble cœur, son dévouement, sont à la hauteur du péril qu'il s'agit de conjurer. De Saint-Quentin il se porte ailleurs, et arrivé à Pierrepont, il en part, le 2 août, s'acheminant en toute hâte, par La Fère et Ham, vers cette même ville de Saint-Quentin qui tout à coup se trouve gravement menacée , résolu qu'il est à s'y enfermer, à y tenir tête aux colossales forces de l'ennemi et à y -sacrifier sa vie, s'il le faut, pour le salut de la France.
Jusque-là, pas un jour, pas un instant ne lui a été accordé pour aller à Châtillon revoir sa fidèle compagne et bénir, avec elle, le dernier fils qu'elle lui a donné ; l'époux, le père, a dû refouler au fond de son cœur ses plus chers désirs et se consacrer sans réserve à ses devoirs d'homme de guerre.
Ce n'est pas tout encore : au terme de son héroïque défense de Saint- Quentin, à laquelle la France doit son salut, Coligny est fait prisonnier par les Espagnols et conduit dans les Pays-Bas, oii il subit une rude captivité de dix-sept mois. •
La paix lui permet enfin de reprendre le chemin de sa patrie. Il y rentre tête levée, l'honneur intact et le cœur ému, à la pensée de serrer dans ses bras sa femme et ses enfants; et bientôt vient le jour où le château de Châtillon est témoin des touchantes scènes du revoir, après une longue et douloureuse séparation.
Des quatre enfants dont les naissances précédèrent celle de François, deux avaient cessé de vivre, longtemps avant le retour de l'amiral dans ses foyers, en 1559*.
Charlotte de Laval donna le jour, le 24 décembre 1560, à un fils (Odet) et, le 7 mars 1562, à une fille (Renée) ; mais à la joie qu'avaient ressentie, de ces deux naissances, l'amiral et sa femme succéda, pour eux, le 14 juillet de cette même année 1562, au milieu des désastres causés par la guerre civile, uh deuil poignant : la mort ravit à leur affection Gaspard, qui, à l'âge de neuf ans, faisait leur bonheur par le riche développement de son intelligence et de son cœur.
Survivre à un enfant bien-aimé, quelle inexprimable douleur, quelle croix pesante à porter! Sous cette douleur, sous cette croix se courbèrent un père et une mère désolés, ce Coligny, cette Charlotte de Laval, si forts d'habitude, et désormais presque anéantis. Ils eussent succombé à leur détresse si Dieu ne se fût tenu près de leurs cœurs pour les soutenir et les relever. De là ces paroles de résignation et de suprême confiance, qui trouvèrent leur écho dans Tâme d'une mère brisée par une indicible émotion* : « Encores » que tu ayes raison de supporter avec douleur la perte de » notre fils bien-aimé, si pourtant suis-je obligé de te remé- » morer qu'il estoit plus à Dieu qu'à nous ; et, puisqu'il a » voulu le retirer à soi, c'est à toi et à moi à obéir à sa » sainte volonté. Il est vrai qu'il estoit déjà amateur de » bien, et que nous pouvions espérer grande satisfaction » d'un fils tant bien né; mais remémore-toi, mabien-aimée, » qu'on ne peut vivre sans offenser Dieu, et qu'il est bien
1. Ces enfants n'avaient vécu, le premier, que quelques heures, et le second, Henri, que quinze mois.
2. Lettre écrïte par Coligny à sa femme, alors qu'il était au camp, sous sa tente, en face de l'ennemi.
» heareax d'estre mort dans un âge où il estoit exempt de » crime. Enfin, Dieu Fa voulu : je lui offre encores les » autres, si c'est son vouloir; fais-en de même, si tu veux n qu'il te bénisse, car c'est en lui que nous devons mettre » tout notre espoir. Adieu, ma bien-aimée; j'espère te voir n dans peu, qui sera toute ma joie. »
La profonde douleur de Coligny et de sa compagne fut peu à peu tempérée par la part touchante qu'y prirent, quoique bien jeunes encore, les deux aînés des enfants qui leur restaient, Louise et François, doués, l'un et l'autre, d'un cœur aimant et sympathique.
La naissance d'un fils (Charles), en décembre 1564, adoucit encore, dans une certaine mesure, l'amertume des souffrances et des regrets que portaient au cœur, depuis 1562, l'amiral et sa femme. Tous deux, en se reprenant à la vie, comme s'y reprennent des chrétiens au sortir d'une solennelle épreuve, se préoccupèrent, avec un redoublement de sollicitude, d'une sainte mission à remplir vis-à-vis des êtres chéris qui leur étaient laissés, en d'autres termes, du devoir de les élever selon Dieu et de les former à son service : devoir dont le consciencieux ^accomplissement fut couronné de succès, car la piété vivante et les nobles sentiments d'un père tel que Coligny, d'une mère telle que Charlotte de Laval, favorisèrent à un haut degré, par leur salutaire influence , le développement moral et intellectuel des enfants sur lesquels se concentraient leurs plus chères affections.
A ne parler ici que de François, devenu désormais Taîné des fils, et, à ce titre, particulièrement appelé à soutenir l'honneur du nom paternel, la forte éducation qu'il reçut le prépara efficacement à la carrière tout à la fois religieuse, militaire et politique qu'il aborda, dès son extrême jeunesse, avec de réels succès, et que, comme homme, il accom-
plit avec un incomparable éclat, grâce à une énergie et à une dignité dVîme qui ont laissé dans Thistoire leur ineffaçable empreinte.
L'éducation de François fut, avant tout, Tœuvre de son père et de sa mère. Son instruction proprement dite fut aussi, en grande partie, leur œuvre; le concours d'autrui ne fit que la compléter. Ce concours fat celui d'un homme de bien, au nom duquel se rattache le souvenir non seulement d'un dévoué serviteur, mais encore et surtout d'un fidèle ami de la famille de Coligny. Un tel homme mérite ici une mention spéciale.
Ayant joui, jusqu'à son adolescence, sous la direction éclairée et vigilante de Nicolas Berauld, son précepteur, du bienfait d'une excellente instruction, l'amiral voulut que ses fils reçussent à leur tour une instruction semblable. Du vivant de Gaspard, leur aîné, son choix s'était porté sur un précepteur que recommandaient à ses yeux ainsi qu'à ceux de Charlotte de Laval une réelle piété, une parfaite délicatesse de sentiments, un solide savoir et un esprit à la fois droit et élevé, en un mot sur Legresle. Dans l'exercice d'un ministère dont il s'acquittait avec bonheur, cet homme vénérable ne vit que trop tôt venir le jour où, lui aussi, eut à pleurer la mort de Gaspard. Etendant alors aux frères de ce disciple chéri l'affection que celui-ci lui avait inspirée, il continua, à l'égard de François, d'Odet et de Charles, l'œuvre qu'il avait si bien accomplie auprès de leur aîné, et déploya constamment, dans ses fonctions de précepteur, un zèle à l'efficacité duquel l'amiral rendit maintes fois hommage.
Pendant quatre années consécutives, de 1563 à 1567, François vécut à Châtillon sous les yeux de ses parents, en partageant avec ses frères les soins dé Legresle.
Vers la fin de la dernière de ces quatre années, une seconde guerre civile éclata, et, séparant brusquement
ÏO FRANÇOIS DE CHASÏILLON.
Coligny de sa femme et de ses enfants, l'appela sur le théâtre des hostilités.
Lorsqu'après la bataille de Saint-Denis Tamiral et Louis de Bourbon se furent repliés sur Montereau, ils virent venir à leur rencontre Charlotte de Laval et la princesse de Condé, dont ils assurèrent aussitôt Tacheminement vers Orléans où elles pouvaient, ainsi que leurs enfants, demeurer en sûreté sous la protection de de Lanoue, qui s'était récemment rendu maître de cette ville, et dont le dévouement était à toute épreuve.
A quelque temps de là, le prince et son onclfe se dirigèrent sur Chartres, qu'ils investirent rapidement. Tandis que Coligny était retenu sous les murs de cette ville par les opérations d'un siège k diriger, son héroïque compagne, à Orléans, tout en veillant avec tendresse sur ses enfants, déployait le vivant exemple d'une admirable charité. Chaque jour, en effet, elle consacrait de longues heures à soulager Içs pauvres, à soigner les malades, et particulièrement les blessés militaires, à consoler les affligés et les mourants, à visiter les familles en deuil.
En présence du typhus qui commençait à sévir parmi les blessés amenés à Orléans, le dévouement déjà si grand de Charlotte de Laval sembla s'accroître encore; mais bientôt ses forces s'épuisèrent, elle ressentit les atteintes de la contagion, s'alita, et, voyant que sa fin approchait*, elle traça d'une main défaillante quelques lignes qu'elle adressa à son
i. « Madame l'amirale avoit toujours esté fort adonnée à la religion, et d'une >' souveraine constance à supporter les afflictions de son mari et les siennes; ayant, '» comme plusieurs asseurent, religieusement observé la promesse qu'elle avoit faite » à son mary de faire profession de la religion. Entre les autres vertus et dons de » l'esprit qui la rendoient reconmiandable, le soin qu'elle prenoit des pauvres et »• des malades, et ses aumônes luy donnoient une singulière louange : et les nié- « decins eurent opinion que son mal lui vint, en grande partie, de l'infection des » soldats malades et blessez qui estoient dans Orléans et que sans cesse elle » visitoil. >» (Hotman, Vie de Coligny, trad. de 1665, p. 77.)
FRANÇOIS DE GHASTILLON. il
mari. Elle lui disait* : « qu'elle s'estimait bien malheureuse » de mourir sans l'avoir revu, lui qu'elle avait toujours aimé » plus qu'elle-même, et qui eût pu Taider à franchir le der- » nier passage ; que néanmoins elle se consolait, sachant ce » qui le retenait loin d'elle; qu'elle le conjurait pour elle- » même, qu'il avait toujours aimée, et au nom de leurs » enfants, qu'elle lui laissait comme gage de son affection, » de combattre jusqu'à la dernière extrémité pour le service » de Dieu et pour l'avancement de la religion, d'élever ses )> enfants dans la pureté de la religion afin que, lui venant » à manquer, ils pussent un jour remplir sa place; que, » comme il leur était nécessaire, elle le priait de ne s'ex- » poser qu'autant que les circonstances l'exigeraient, »
A la réception de ces lignes, « l'amiral, rapporte uncon- » temporain^ partit soudain du camp et amena tous les » médecins qu'il put. Il vint rendre à sa femme toute » l'assistance d'un affectionné et fidèle mari; mais vovant » que tous les remèdes et l'art de la médecine cédaient à la » force du mal, il se retira en sa chambre, où plusieurs de » ses amis le suivirent pour le consoler. Alors il se prit à )» dire avec larmes et soupirs, comme la plupart s'en peu- >) vent souvenir : Mon Dieu, quet'ai-je fait? quel péché ai-je » commis pour être si rudement châtié et accablé de tant » de maux? A la mienne volonté,, que je pusse vivre plus » saintement et donner un meilleur exemple de piété ! Père » très saint, regarde-moi, s'il te plaît, en tes miséricordes, » et allège mes peines! Puis, s'étant relevé par les chré- » tiennes exhortations de ses amis, il se fit amener ses » enfants et leur représenta qu'une si grande perte que » celle de leur mère leur devait* enseigner qu'il ne leur res- I) tait plus d'appui en ce monde ; que toutes choses humaines