Hotman, Vie de Coligny^ trad. de 1665, p. 75 à
» étaient périssables et caduques, hors la miséricorde de » Dieu seul , à laquelle se remettant et rejetant toute » autre aide humaine, ils ne devaient point douter de Ty » trouver. »
Quelles ne furent pas les angoisses de ces pauvres enfants, à la pensée qu'ils ne reverraient plus cette mère qui les aimait tanti Navré de leurs pleurs, Coligny eût voulu pouvoir rester auprès d'eux pour tenter de les consoler ; maïs un impérieux devoir l'appelait immédiatement ailleurs : or, tout devoir à accomplir, même au prix du plus grand sacrifice, le trouvait constamment prêt. Jamais hom'me, peutêtre, ne porta en son cœur, plus loin que lui, la secrète vertu de l'immolation volontaire sous le regard de Dieu.
Le lendemain du jour où Charlotte de Laval avait rendu le dernier soupir (3 mars 1568), l'amiral, s'ontretenant avec Legresle, lui annonça qu'il devait de toute nécessité rejoindre l'armée; et, ignorant le sort qui lui était réservé, il le pria de continuer à élever ses enfants dans la vraie piété et dans l'habitude du travail. Laissant alors François, ses sœurs et ses frères à la garde du fidèle précepteur et sous l'égide de de Lanoue, Coligny quitta cette ville d'Orléans dans laquelle, à la perte déjà si grande d'un fils, en 1502, venait de s'ajouter pour lui la perte plus poignante encore d'une pieuse et incomparable compagne.
Le deuil fut grand, au camp près de Chartres, et les témoignages de sympathie y afiluèrent, quand le chef vénéré, devant la douleur duquel tous s'inclinaient, revint, ferme et digne comme toujours, reprendre son commandement.
Des négociations étaient alors ouvertes à Longjumeau, pour arrêter les bases d'un traité de paix. Ce traité fut signé le 23 mars 1568 ; et, le 12 avril suivant, l'amiral put se retrouver, à Châtillon, au milieu de ses enfants.
La dépouille mortelle de Charlotte de Laval y fut pieusement ramenée, et Coligny voulut que le tombeau destiné à la recevoir fût aussi celui dans lequel lui-même serait inhumé, quand il plairait à Dieu de le rappeler à lui.
Au moment de son retour, il avait écrit à la duchesse de Ferrare*. La sympathie de Renée de France pour Tamiral, dans un deuil dont elle mesurait l'étendue, fut à la hauteur de TafiFection qu'elle avait vouée à Charlotte de Laval, ainsi qu'à lui-même, et du tendre intérêt qu'elle portait à leurs enfants.
Les plus chers amis de Coligny s'associèrent, de cœur et de pensée, à ses sentiments, en présence de l'austère dispensation sous laquelle il s'inclinait. Touché de leur sollicitude, il les laissa lire dans son âme, et se montra, aux yeux de tous, pénétré de cette conviction, qu'en l'affligeant, « le » Seigneur l'advertissoit de se desdier du tout à luy mieux » que jamais*. »
Cependant les infractions journellement commises au
traité du 23 mars 1568, vainement décoré du nom de paix,
menaçaient la France de nouveaux désastres, contre le
retour desquels l'amiral, du fond de sa retraite, s'efforçait
' de lutter par ses réclamations et par ses conseils.
Surveillé de près par ses ennemis, il restait, à Châtillon, dans un isolement aux périls duquel sa famille et ses amis le pressaient de se soustraire; mais il voulait ne quitter sa demeure que lorsqu'une circonstance décisive lui en imposerait l'obligation. Le séjour de Châtillon étant devenu trop périlleux pour lui, il se rendit, avec ses enfants, au château de d'Andelot, puis à Noyers, auprès de Condé, lorsque d'Andelot dut quitter Tanlay pour aller en Bretagne.
i. Bibl. Dat, mss. f. fr., vol. 3,133, f»* 49 et 54.
2. Paroles de ramiral, que Théodore de Bèze lui rappelait dans une lettre du 27 juin 1568. (Bibl. de Genève, vol. 17, corresp.)
Informés que Catherine de Médicis avait organisé un coup de main sur Noyers, Coligny et Gondé réussirent à s'y soustraire en quittant cette résidence, le 23 août 1568, dans r.èspoir de trouver un refuge à La Rochelle. Avec eux et sous leur protection partirent la princesse de Gondé, alors enceinte, M°*® d'Andelot, les enfants du prince, ainsi que ceux de l'amiral et de son frère. Plusieurs de ces enfants étaient encore en bas âge * .
La petite troupe fugitive put atteindre La Rochelle, où elle reçut un favorable accueil.
Bientôt se réfugièrent aussi dans cette ville Jeanne d'Aïbret, sa fille et son fils.
Une nouvelle lutte, provoquée par Gatherine de Médicis et ses affidés, s'engagea. L'amiral, reprenant les armes à la fin du mois do septembre, entama avec d'Andelot, qui l'avait rejoint, une série d'activés opérations. En quittant ses enfants, il les avait confiés à la garde de sa belle-sœur, M™* d'Andelot, et à celle de Legresle.
Plusieurs mois s'étaient écoulés depuis le départ de l'amiral et de Gondé, lorsque parvint a La Rochelle, en mars 1569, la sinistre nouvelle de la mort de ce prince, lâchement assassiné à Jarnac.
L'attentat qui venait de briser l'existence de Gondé fut bientôt suivi d'un nouveau crime, commis à Saintes, sur la personnné du héros « que les armées avaient surnommé le chevalier sans peur' », et qui, maintes fois, avait dans les combats échappé aux plus grands périls : d'Andelot succomba aux atteintes du poison que lui avait secrètement administré un misérable agent de la cour, dont Gatherine
1. « Le prince part de Noyers avec la princesse, enceinte, six enfants au maillot » et au berceau, appartenant au prince et à l'admirai. La dame d'Andelot y en a apporta de deux ans. Plusieurs dames et damoiselles se joignirent au pareil » équipage. » (D'Aubigné. Hist. univ., t. I, liv. V, chap. ix.