‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 45 sur 141 · Archives de Berne, Weltsche missiven Buch^ vol. F, f · texte numérisé non relu

Archives de Berne, Weltsche missiven Buch^ vol. F, f

« Noble, cher etbien-aytné bourgeois,- nous avons receu n voatre responce sur nos lectres à vous escriptes du 16 de » septembre, en faveur des nobles et généreulx seigneurs, M I^M. de Laval, Ghastillon et Ândelot, à ce qu'il vous » pleust les accommoder de vostre maison icy, et ne fusmes » onequea plus esbahis d'entendre que nous refusiés tel ser- » vice, pour si peu et nulles raisons alléguez pour excuse, » car oncques ne nous fusmes défiez que telle requeste noua » eust esté par vous dénégnée. Et d'aultant que la nécessité » desdits seigneurs requiert qu'ils soyent pourveus de logis, » pour n'en trouver aulcung vacquant à eulx propre, nous i> leur avons, nonobstant voz raysons, estably et permis de- » meure et habitation en vostredicte maison, et ordonné » que les meubles y consîstantz seront inventorisez, et à » eulx enjoinct ne permectre à leur famille de iceulx ruyner » ny perdre, à peine d'en satisfaire et rendre bon compte. >' Toutefoys, s'il y avoit aulcungs desdits meubles qui vous " fussent si chiers qu'il ne vous pleust les laisser en manie- 1* ment de tel mesnage, vous donnerés charge à qui vous » plaira de les oster et enfermer en quelque chambre dans » ladite maison, ou sy mieux aymés vous transporter icy, en » personne propre, pour y donner tel ordre que bon vous » semblera ; et ne vous doict la' demeurance desdicts sei- » gneurs empescher de vendre vostredicte maison, quand » les moyens s'en présenteront, lesquelz seront aussy tenuz » et obligez vous satisfaire la censé raisonnable, à rate du » temps qu'ils s'en seront servis. Ce que bien vous avons » voulu signifier, pour que sur ce vous sachiez conduyre. »

Nicolas de'WattevilIe obtempéra à l'injonction qui lui était ainsi faite, en lai:

ûls et du neveu de Col:

Il fallait plus encoi avaient fait savoir à 1'

que M"* de Téligny et la sœur du comte de Laval viendraient se fixer avec eux à Berne, mais qu'en outre ils seraient accompagnés de Legresle et de plusieurs réfugiés appartenant à la noblesse française, dont le sort était étroitement uni au leur et qui tenaient à ne pas se séparer d'eux, il s'agissait d'assurer des habitations à tous ces amis de la famille de Goligny. L'avoyer et le conseil, qui se rendaient parfaitement compte des légitimes exigences d'une telle situation, voulurent y pourvoir, et y pourvurent, en réalité, aisément, grâce à l'empressement avec lequel se prêtèrent à leurs intentions bienveillantes divers personnages haut placés à Berne, propriétaires de maisons qu'ils tinrent prêles à recevoir les hôtes attendus de Bâle.

Recueillons, sur ce point et sur l'arrivée à Berne de ces hôtes si dignes d'intérêt, le touchant témoignage d'un chroniqueur bernois *, dont nous nous attacherons à reproduire, dans une traduction purement littérale, le naïf langage. » Les faits et les actes, dit-il, prouvent clairement à quel M point et avec quelle ardeur la ville de Berne se montra » favorable aux.enfans de feu l'amiral de Ghastillon, ainsi )) qu'aux amis et serviteurs qui les accompagnoient. Tous » vinrent établir leur demeure dans notre ville, comme » parmi leurs meilleurs amis. Quand ils avoient demandé » qu'on les autorisât à résider à Berne, on avoit aussitôt » senti qu'il étoit impossible de repousser la requête de per- » sonnes aussi bien nées, craignant Dieu, et expulsées de » France à cause de la vraie religion ; en sorte qu'il leur » fut tout naturellement répondu, qu'à quelque jour et à » quelque heure qu'ils arrivassent, ils seroient les bien-

1. Archives de Berne, Manuscrit de la Chronique de Stettler, à l'année 1373. fo 81. — Voir aussi 1° l'abrégé imprimé de cette chronique, 2« partie, à l'année 1573, 1 \ol. in fo. Bern, 1627 ; 2» Anton von TilUer, Gescfiichte des Eidgenossischen Fretstaates Bern, in-8«, 1838, t. ITI, p. 436.

» venus, car de bons et chers amis les attendoient. En con- » séquence, les enfans et le neveu de l'amiral vinrent, avec u leurs compagnons et avec toute leur suite, en même » temps que la sœur de M. de Laval, le 4 novembre, à » Berne. On les logea dans la maison du gentilhomme '> Pierre-Rodolphe d'Erlach. On mit aussi à leur disposition, » pour loger leurs amis et les gens de leur suite, les maisons » du gentilhomme Nicolas de Watteville, de M. de Ghâteau- >i Villain, de M. de Brandis, du gentilhomme Henri » d'Erlach, de Jacob (jratzen, et diverses maisons sises en » une rue au-dessus, et surtout en une rue au-dessous de la n fontaine do la justice, ainsi que quelques autres maisons » dont la situation etoit à leur convenance. »

Du silence absolu que Stettler, si bien informé des choses de son temps, garde, dans son minutieux récit, sur M°" d'Andelot, il est permis d'inférer que cette noble et digne belle-sœur de l'amiral crut devoir rester à Bâle avec ses jeunes enfants, en obéissant à des motifs qui certainement furent bien impérieux, puisqu'ils lui imposèrent la pénible obligation de demeurer désormais éloignée de son beau-fils, de sa belle-fille, de sa nièce et de ses neveux.

Ajoutons que les fils de l'amiral et de d'Andelot n'avaient pas quitté Bâle, sans remercier le bourgmestre et le conseil de cette ville de leur protection, dans « une adresse du 28 octobre' », bientôt suivie d'une lettre du 3 novembre, ainsi conçue' : « Magnifiques seigneurs, nous ne sçaurions " assez vous remercier de tant de faveurs, plaisirs et cour- » toisies qu'avons reçus de vos seigneuries, tant en vostre

i, Danksehreiben der Grafea von Coiiqny uml Laeat an lier Rath von Baitl, OCt. 1573. lAn-hives de Bâle, L, 159. n» 8. l" 108. 109.) — Hiiloire de fég/iie française réformée de Bdie, par Pierre Roques, pasteur de ladite église. iBalMi Soc. de ihùl. du prot. fr., t. XII, p. Î6S.)

a. Archives de Bâle, E. 14, n" 14. — U date de cette lettre, écrite de t 3 novembre, prouve qu'uite légère erreur a été commise par Stetller quand au 4 novembre la date de l'arrivée de la ramille de Coligny en celte ville.

» ville de Basie, comme en nostre voyage, auquel il leur a » pieu nous faire accompagner par deux honnorables et » sages seigneurs, Lucas Gebhart et Marcs Russinger \ qui » se sont, en toutes choses, monstrez si afiectionnez à nostre » conduite, qu'à jamais en demeurerons redevables à vos- » dites seigneuries, en général, et encore à eux, en particu- » lier. Au surplus, magnifiques seigneurs, nous vous supn plions qu'il vous plaise continuer la bonne volonté envers » nous, de laquelle avons jà senti et expérimenté tant de » bons et agréables effects, desquelz vous aurez une obliga- » lion perpétuelle sur nous, de laquelle nous mettrons peine )> de nous acquitter, à toutes les commodités que Dieu nous » en donnera, pour emploier nos vies et biens à Tadrance- » ment et grandeur de vostre Estât, pour lequel prions Dieu, » magnifiques seigneurs, qu'il luy plaise conserver en toute » prospérité le corps entier et vostre sage conseil, auquel » présentons nos très-humbles et très-affectionnées recom- » mandations. »

Au foyer domestique, reconstitué par les enfants de Coligny et par deux des enfants de d'Andelot, dans leur nouvelle résidence, le fidèle Legresle continua à exercer une influence salutaire sur l'esprit et le cœur de ses disciples, en les entretenant soigneusement dans des habitudes de piété, non moins que de travail ; et Merlin, arrivé de France à Genève, en juin 1573, puis parti de cette ville, en décembre suivant', reprit auprès de M"* de Téligny et de

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