Traité de septembre 4577, art
France, présenta-t-il Ghastillon comme devant occuper le poste de gouverneur de Montpellier. La présentation fut agréée.
On lit, à ce sujet, dans des instructions adressées par le roi de France à Damville ', le 29 novembre 1577 : « ... Pour » le Languedoc, Sa Majesté ayant agréable que M. le mares- » chai de Damville, gouverneur et son lieutenant général » audit pays, y continue sa charge, pour la confiance » qu'elle a de sa fidélité et dévotion au bien de son service, » elle veut et lui ordonne qu'il face publier l'édit de pacifica- » tion... Les villes de Montpellier et Aiguesmortes, avec la » tour de Carbonnières, sont du nombre des huit que Sadite » Majesté a, par son édict de pacification, délaissées en garde » à ceux de la religion prétendue réformée pour leur seureté, » es quelles Sadite Majesté leur a accordé qu'ils pourront » retenir pour la garde d'icelles, à savoir : en celle d'Aigues- » mortes, cent cinquante hommes, sous la charge du sieur » de Saint-Romain , et cent hommes , en celle de Mont- » pellier, sous la charge du sieur de Ghastillon, lesquels » sieurs de Saint-Romain et de Ghastillon ont esté présentés » par le roy de Navarre à Sadite Majesté pour commander » es dites villes, dont elle leur a fait expédier ses lettres de » commission pour ce nécessaires, qui sont présentement » envoyées audit sieur mareschal pour les leur délivrer. Mais » avant que de ce faire, il leur fera prêter serment de bien » et fidèlement garder lesdites villes à Sadite Majesté, et » au bout et terme de six ans, les luy rendre et restituer, » ou à celuy qui sera par elle commis, au mesme estât » qu'elles leur sont baillées, avec toutes les pièces d'ar- » tillerie et munitions qui y sont, appartenant à Sadite
i. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,250, !<> 84 et saiv. — Voir aussi une leltre de Henri IH à DamYille, également en date &a 29 novembre 1577. (Bibl. nat.. mss. f. fr., vol. 3^20, f« 17.)
» Majesté, dont à ceste fin sera fait bon et loyal inventaire, » que ledit sieur mareschal retirera signé de leurs mains, et » pareillement un acte, aussi signé de leurs mains et scellé » du scel de leurs armes, de la prestation dudit serment, » lequel se fera conformément au contenu de Tarticle de )) Tédict qui en fait mention, pour envoyer le tout à Sadite » Majesté; ayant esté accordé que là ou aucun desdits sieurs » commis à la garde desdites villes se gouverneroit inso- » lemment et malverseroit en sa charge, contrevenant audit )î édict, en ce cas le roy de Navarre sera tenu de l'en dépos- » séder et d'en présenter à Sadite Majesté un autre pour » estre mis en sa place. Au moyen de quoy ledit sieur » mareschal se prendra garde de leur déportemens et en » advertira Sadite Majesté. »
Le moment où Chastillon venait d'être nommé gouverneur de Montpellier fut précisément celui que choisit un fidèle ministre de l'Evangile, Jean de Léry, pour joindre aux félicitations qu'il lui adressait, à propos de sa nomination, l'expression d'une réelle gratitude en souvenir du généreux accueil que lui avait fait naguère, à Berne, le fils de l'amiral. On lit, en effet, dans la dédicace insérée par Jean de Léry en tête d'un ouvrage qu'il venait de terminer \ et adressée, le 5 décembre 1577, « à l'illustre et puissant seigneur » François, comte de Coligny, seigneur de Chastillon, » ce passage : « Vostre constance et magnanimité en la » défense des églises réformées de ce royaume faisant » journellement remarquer combien heureusement vous » suyvez les traces de celuy qui vous ayant substitué en )) son lieu, soustenant ceste mesme cause, y a espandu )) jusqu'à son propre sang, j'ay esté du tout induict de » m'adresser droit à vous, ensemble pour reconnoistre
1. Histoire (Tun voyage fait en la terre du Brésil, autremetit dite Amérique, etc. La Rocbelie, aut. Chuppin, 1578, in-8<>.
» aucunement le bon et honneste accueil que vous me » fistes en la ville de Berne, en laquelle, après ma déli- » vrance du siège famélique de Sancerre \ je vous fus » trouver... M'asseurant sur vostre naturelle débonnaireté » recevant ma bonne affection, je n'ay point faict difficulté » d'offrir et dédier ce que j'ay peu, tant à la saincte mémoire » du père que pour tesmoignage du très-humble service » que je désire continuer aux enfans. Sur quoy, monsieur, » je prieray l'Eternel qu'avec messieurs vos frères et M"** de » Téligny, vostre sœur, plantes portans fruits dignes du » tronc d'où elles sont issues, vous tenant en sa saincte pro- » tection, il bénisse et fasse prospérer de plus en plus vos » vertueuses et généreuses actions. »
Quelque peu partisan qu'il fût du traité de 1577, qui restreignait singulièrement la portée de celui de 1576, dont il déplorait l'abrogation, Chastillon se fût cependant soumis aux restrictions inscrites dans le plus récent de ces traités, s'il eût vu les adversaires des réformés en exécuter franchement les dispositions. Mais rien de tel n'eut lieu : Damville, tout le premier, parmi ces adversaires, commit diverses infractions au traité de 1577, et raviva par là les hostilités dans l'étendue de son gouvernement.
Chastillon, se considérant alors comme affranchi des liens de la subordination vis-à-vis du maréchal, qui de gouverneur se transformait en ennemi, n'écouta que son devoir de défenseur des réformés, et chercha aussitôt à fortifier leur situation dans le Midi en leur assurant la possession de plusieurs places.
Ce fut ainsi que, sans se laisser décourager par l'insuccès d'une tentative dirigée contre Lavérune, il parvint à se rendre maître de Pignan, de Cournon-le-Sec, de Cournon-
i. Voir KéQxi du siège de Sancerre, par Jean de Léry, 1574, in-8».
Terrai et de Sernhac, et qu'ayant dû évacuer cette dernière place, il emporta d'assaut Bezonoe.
Avec le début de ces hardies opérations coïncidèrent, çà et là, divers soulèvements partiels provoqués par l'arbitraire âpreté de Damville, et contre lesquels, en chef timoré, il osa d'autant moins lutter, qu'il les croyait appuyés par Ghastillon. « En Languedoc, dit d'Aubigné \ où le maréchal )) Damville ne voulut permettre que les soldats de Béziers, » Pézénas, Garcassonne, Gastelnaudary et autres, qui » avoient fait la guerre avec Ghastillon, rentrassent en » leurs maisons, quelque permission qu'ils en eussent par » l'édict, cela fut cause que les uns se rangèrent avec le » capitaine Fournier, à Braquerolles, les autres avec Baecon » à Tezan, d'où ils faisoient la guerre, levoient contri- » butions et prenoient prisonniers... Onn'osoit les asssiéger, » t^nt pour le respect de leur courage déterminé que » pour le soupçon qu'on •avoit qu'ils fussent favorisés par )> Ghastillon. »
Là où il redoutait d'attaquer de front des adversaires, Damville ne se faisait pas faute de recourir contre eux à de ténébreuses manœuvres. Il n'était même sorte d'expédients, tout à la fois lâches et cruels *, qu'il ne mît en jeu pour satisfaire son animosité contre ses alliés de la veille. On en jugera par le fait suivant qui se place en 1578 '.
i. Hist. univ., t. II, liv. IV, ch. n.
S. Voir, pour les détails, Ménard, HisL de Nimes, édit. de 1875, t. V, p. 152. — Déjà Damville avait fait preuve d'uue lâche cruauté lorsqu'il assiégeait Montpellier, ainsi que le rapporte d'Aubigné. (Hist. univ,, t. II, liv. III, ch. xx.) <« Il arriva, dil-il, » qu'en l'une des sorties (des assiégés), Bernardin, avec une troupe d'Italiens, ooiipa » chemin de retraite à Gornaton, autrefois enseigne de l'amiral, et le prit avec le » capitaine Saint-Gla et trois autres hommes de marque. Ils furent menez au logis » du mareschal, lequel commanda qu'on leur donnât bien à souper ; quoi faisant, » son prévost les vint prendre à table, les mena dans l'écurie, et là, sans aucune » façon de procès, les ût pendre tons cinq, contre les supplications et remontranœs » de la noblesse qui se trouva là. » — Voûr aussi les faits signalés par Gâches. (Mém,, mss., loc. cit., fo« 258, 259.)
3. Voir La France protestante, 2« édit., v» Baudéan, col. 972.
Il avait, en i574, nommé gouverneur de Beaucaire Pierre deBaudéan, seigneur de Parabère, qui pouvait alors lui être utile parmi les réformés. Quatre ans plus tard, Parabère demeurant fidèle à ses convictions et à ses coreligionnaires, sans cesser d'ailleurs de remplir ponctuellement ses devoirs de gouverneur, il résolut de le perdre, en poussant secrètement les habitants de Beaucaire à se révolter contre lui. Ceux-ci servirent à souhait le maréchal, en immolant Parabère.
Toutefois, il fallait plus encore à Damville; il voulait s'emparer du château de Beaucaire, et il réunit sous ses murs des forces considérables. Mais une lutte formidable allait s'engager, car Baudonnet, le vaillant lieutenant de Parabère, s'était, avec des hommes résolus, enfermé dans le château, où, à son exemple, « ceux de dedans n'avoient » point esté paresseux d'appeler Ghastilloh, et lui encores » moins de mettre ensemble trois mille hommes de pied, » avec lesquels il s'étoit jeté dans la place *. »
Voilà donc, une fois encore, Ghastillon aux prises avec Damville. Celui-ci devait, malgré la supériorité numérique des forces dont il disposait, rencontrer une résistance prolongée, qu'atteste clairement une correspondance officielle, dont il importe d'autant plus de reproduire les principaux fragments, qu'ils montrent quels soucis incessants causaient au roi, à la reine mère et à Damville l'habileté et l'infatigable ardeur de Chastillon.
Catherine, qui venait d'arriver dans le Midi pour y intriguer, annonça d'Auch, le 7 octobre 1578, au maréchal <i qu'elle informoit son fils le roy de Navarre de ce qu'elle » avoit entendu du sieur de Chastillon, pour le fait de Beau- » caire, et qu'elle prioit ledit roy de luy envoyer une lettre » portant un désadveu de ce faict*. »