‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 70 sur 141 · Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,330, C · texte numérisé non relu

Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,330, C

» bon et loïal subject, en observation des loix et ordonnances, » il se peut asseurer que le roy mondit sieur et fils le gra- » tiffîera fort volontiers, ainsi que luy pouvez dire. »

Comptant plus encore sur elle-même que sur l'intennédiaire de Damville, Catherine prit le parti de s'adresser directement à Chastillon et de lui tenir, dans une lettre datée de Grenoble \ ce langage : « Monsieur de Chastillon, » mon cousin le duc de Montmorencv * s'en retourne en son » gouvernement de Languedoc avec charge et comman- » dément très-exprès du roy, monsieur mon filz, de faire » bien observer et garder son édict de pacification et les » articles de nostre conférence. Vous y pouvez beaucoup » envers ceux de vostre religion, et, pour ceste cause, je vous » ay bien voulu faire ce mot de lettre et vous prier croire, » suyv'ant ce que j'ay donné charge à mon cousin le duc de » Montmorency vous faire entendre, que, si vous vous » emploiez en cela comme vous devez, vous ferez chose » très agréable au roy mon filz, lequel aura par ce moïen » occasion de le recognoistre envers vous, ainsi que je suis » asseurée qu'il fera si bien que vous aurez grande occasion » de l'entendre ; me délibérant bien de vous y assister pour » vous faire gratiffier quand je seray près de luy, si vous » vous comportez comme debvez et faictes ce que vous » pourrez pour l'établissement de la paix et exécution dudit » édict et articles de ladite conférence, me remettant de » tout ce que dessus à mondit cousin le duc de Montmorency, » je n*estendray ceste-cy davantaige que pour prier Dieu, » M. de Chastillon, vous avoir en sa saincte et digne garde. »

1. 7 8epteml)ro 1579. Bibl. uat., mss. f. fr., vol. 3.203, fo 58.

S. Dam ville (^talt devenu duc à la mort de son frère aîné, François de Montmorency, 6Md(^ sans enfants, le 6 mai 1579. (Voir sur la mort du maréchal François de Montmorency, !« une lettre de Diane de France à la duchesse d'Uzcs, du 11 mai 1579. Bibl. nat., mss. f. Ir., vol. 3,287, f» 3i; — 2» une lettre de Madeleine de Turenne à la comtesse du Houcha{?e, du 23 mai 1579. Bibl. nat., mss. f. fr., vol. 3,327, I<» 18.)

FRANÇOIS DE CHASTILLON, i%

Six semaines s'étaient écoulées depuis Tenvoi de cet étrange amalgame d'admonestations et de captieuses promesses dont Chastillon n'avait, à bon droit, tenu aucun compte, et Damville n'avait même pas vu son jeune cousin, quand Catherine, de plus en plus alarmée, écrivit, de Lyon, au maréchal ' : « Je vous prie que vous faites envers le sieur » de Chastillon, suivant les instructions par escript que je » vous ay baillées, faisant tout ce que vous pouvez pour le » ramener et remettre au chemin de son debvoir; l'asseu- » rant de la part du roy mondit sieur et fils et de la mienne, » que, se comportant comme il doibt, il se peult bien asseurer » qu'oiiltre le bien que luy et ses frères en recepvront, >^ il évitera le danger où il se met, par la haine qu'avec » raison beaucoup de gens luy portent,. pour estre luy seul » cause d'empescher le bon œuvre de la paix. Il a cest » honneur d'estre vostre parent : voilà pourquoi je vous » prie trouver moyen de parler à luy, et luy remonstrez et » dictes franchement, comme je suis bien asseurée que ferez, » le tort qu'il se fait et aux siens, et le mal dont seroit » cause, s'il ne se rendoit obéissant comme il doibt, non- » seulement à l'édict de pacification et articles de la con- » férence, mais aussi à tout ce qui est du debvoir de bon » subject. »

Quoi que pensassent et que fissent Catherine et Damville, les résolutions prises, à peu de temps de là, au sein de diverses assemblées tenues par les réformés à Anduze, à Sommières et à Alais, n'en devinrent pas moins, pour Chastillon, un important point d'appui, dans la lutte qu'il soutenait.

Le 15 avril 1580, éclata la guerre dite des amoureux. A une époque voisine de son début, vint se placer, dans le

3. Lettre du 33 octobre 1579. (Bibl. nat., mss, f. fr.. \ol. 3,330, [« 41.)

cours des opérations que Ghastillon dirigeait alors pour sa propre part*, un fait à peu près ignoré jusqu'ici, et que, seules, nous révèlent trois lettres du roi de Navarre.

Le sieur de Nesmond ayant été fait prisonnier par des partisans de ce prince et mis à rançon, Tennemi, à titre de représailles, avait réussi, on ne sait ni où, ni comment, à s'emparer de la personne de Ghastillon. Le roi de Navarre en fut informé, et aussitôt, pour faire cesser la détention de son fidèle lieutenant, en même temps que celle du sieur de Nesmond, qu'il tenait d'ailleurs pour un homme inoffeasif, il écrivit les trois lettres suivantes * :

1" « A mon cousin M. le comte de Larochefoucaut.

)) Mon cousin, j'ay entendu la prinse qui a esté faite du » sieur Nesmond, lieutenant d'Angoulême, par les sieurs de » Menguetières, de Bouliers, de Montbrison et de La Va- » renne, disant en avoir commandement de moy, et, comme » il a esté contraint se mettre à rançon de deux mille écus ; ») j'ai sceu aussy comme le sieur de Ghastillon a esté prins » pour représailles, pour luy faire payer pareille et semblable » somme. Sur quoy je vous diray que le jour de prendre les » armes et de faire la guerre a esté donné, le 15 de ce mois,

)) mais de commandement pour ledit lieutenant, je n'en

» ay donné aulcun. Partant, je désire, en considération mes- )) mement du sieur président Nesmond et du sieur de Beral, » gentilhomme servant la reine, ses frères, qu'il soit tenu » quicte et deschargé de ladite rançon, sans qu'il en puisse

!. Peinissis, ap. Aubaïs, Pièces fugitives, 1. 1, p. Î33.

2. Bibliothèque de l'Institut de France, r.ollect. Godefroy, vol. 260. — Au bas de chacune de ces trois lettres se trouve la mention que voici : « La présente copie » a esté vidimée et coUationnée à son original par les notaires royaulx en Angou- » gouléme, souscriptz, en la ville d'Angouléme, le sixième jour du mois de niay, » Tan mil cinq cent quatre-vingts, Mousnier, notaire royal, Bellami, notaire royal. »

» cstre poursuivi ou recherché, pourveu aussi que le sieur de » Ruffet fera le semblable dudit sieur de Chastillon, et qu'ils » demeurent tous deux quictes et deschargés. Toutefois, s'il » y a des armes et des chevaulx prins d'une part ou d'autre, » le droit de la guerre veult qu'ils demeurent, et n'entendz » qu'on les puisse répéter. Je vous prie, mon cousin, traicter » cela qu'il sorte effect, au désir de l'ung et de l'autre, et » m'asseurant que le ferez, priant Dieu, mon cousin, vous » avoir en sa saine te et digne garde. Escrit à Chasteljaloux, » le 29'' jour d'apvril 1580.

» Vostre affectionné cousin et meilleur amy,

« Henry. »

2%( A M. de Chastillon.

» Monsieur de Chastillon, je suis bien marry de cette » disgrâce, que l'on vous ait prins pour en délivrer ung » aultre, auquel, sans vostre détention, je n'eusse pas laissé » de faire ce plaisir pour sa liberté. Mais, puisque vostre » prise est conditionnée, il est raisonnable que sa délivrance » le soit pour la vostre, désirant bien vous faire paroistre » par tous bons effects le tesmoignage de ma bonne volonté, » de laquelle vous pouvez faire estât. J'en escripts à mon » cousin M. le comte de Larochefoucaut, qui, je m'asseure, » exécutera ce que jô luy ay commandé. Sur quoy me re- » mectant, je ne vous feray ceste plus longue que pour prier » Dieu, monsieur de Chastillon, vous avoir en sa saincte et » digne garde. De Chasteljaloux, le 29"" jour d'apvril 1580.

» Vostre bien bon et asseuré amy,

» Henry. »

3" « A M. Nesmond.

» Monsieur le lieutenant, je suis bien marry que le mal » soit tombé sur vous de vostre prinse, ayant entendu qu'es- » tiez amateur de paix et qu'avez tousjours esté partira liè- » rement affectionné à mon service. La guerre que refaisons » est contre les infracteurs des édits et ceux qui en ont em- » pesehé ou différé l'exécution. J'escrips à mon cousin M. le » comte de Larochefoucaut qu'il vous fasse quicte de la » promesse qu'avez donnée de deux mille écus pour vostre » rançon, pourveu aussi que le sieur de Chastillon soit mis » en liberté, comme il est bien raisonnable, puisqu'il a esté » prins pour vous. Je m'asseure que mondit cousin le fera. » Mais, quant aux armes et aux chevaux, cela est du droit » de la guerre. Sur ce, je prie Dieu, monsieur le lieutenant, » vous avoir en sa saincte et digne garde. De Chasleljaloux, » ce 29" jour d'apvril 1580.

)) Vostre bien bon am>\

)) Henry. »

Promptement remis en liberté et investi d'une mission de haute confiance par une assemblée tenue à Alaîs en mai 1580 \ Chastillon se porta, aussitôt, sur Uzos, dont les habitants appelèrent à leur aide contre lui Damville *.

Les catholiques s'étant emparés de La Calmettc, d'où ils menaçaient Nîmes , Chastillon vola au secours de cette grande cité et la délivra du danger qu'elle courait, en se rendant maître de La Calmette, vers la fin de juillet, après un siège de quelques jours.

A ce brillant fait d'armes en succéda bientôt un autre.

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