‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 75 sur 141 · Bec, des ItUres missives de Henri /F, t I, p · texte numérisé non relu

Bec, des ItUres missives de Henri /F, t I, p

» vons deffaire ce que Dieu a ordonné, je vous prie estre » Théritier de cette affection et fidélité qu'il me portoit, la » conjoignant à celle que vous m'avez, comme de mesme je » vous donne Tamitié que je luy avois, et la conjoins à celle » que je vous porte, qui est telle que vous ne sçauriez desi- » rer meilleure du plus affectionné et asseuré amy que vous » aurés jamais. »

Ces lignes, à la fois si simples et si touchantes, demeureront dans rhistoire comme un titre d'honneur, non seulement pour les doux fils de Goligny, mais aussi pour le prince qui les traça, telles que son cœur les lui inspirait.

Les Nîmois devaient beaucoup à Chastillon : ils se montrèrent sympathiques à sa douleur, en assurant, dans Tenceinte de leur ville, une honorable sépulture au frère dont il pleurait la mort \

L^isolement pesait à Chastillon; l'incessante activité de son existence était loin de répondre aux intimes besoins de son cœur ; il désirait ardemment se créer un foyer; mais où trouver la compagne qui viendrait animer de sa présence ce foyer et y apporter le bonheur? Elevé par une mère telle que Charlotte de Laval, au souvenir vénéré de laquelle il alliait celui de ses tantes, Madeleine de Mailly, Claude de Rieux, et de ses cousines Eléonore et Charlotte de Roye, il aspirait à découvrir et à se concilier pour toujours le cœur d'une jeune fille en laquelle se refléteraient, au moins en partie, la piété et les vertus de ces femmes éminentes, dont l'affection avait entouré son enfance. Possédant en sa sœur, M"° de Téligny, une amie qui, elle aussi, était à ses yeux l'un des plus touchants modèles de l'intimité conjugale, il lui confia ses secrètes aspirations. Cette sympathique confidente, dont le tact égalait la tendresse et le dévouement,

1. Pernssis, ap. Aubaïs. Pièces fugitives^ l. I, p. 306, note : « D'Andelot mourut » en 1580, et fut enterré à Nismes, dans l'hôtel de ville, sons un tombeau élevé. »

employa, une fois de plus, ces précieuses qualités dans ses conseils et dans ses recherches, unies à celles de son frère. 11 fallait à celui-ci une compagne à la fois aimante et énergique, dont, avant tout, les convictions religieuses fussent identiques aux siennes, et qui , puisant sa force dans la fermeté de ces mêmes convictions, s'associât, sans réserve, à sa vie semée d'agitations, de périls et de sacrifices. Cette compagne,^ Ghastillon eut le bonheur de la trouver en la personne de Marguerite d'Ailly, fille aînée de feu Charles d'Ailly, seigneur de Péquigny, en Picardie, vidame d'Amiens, capitaine de cinquante hommes d'armes des ordonnances du roi, et de Françoise de Warty, dame d'honneur de la reine de Navarre *.

Les conventions civiles précédant le mariage de François de Ghastillon avec Marguerite d'Ailly furent arrêtées et signées, au château de Warty, le 18 mai 1581 *, en présence

i. Françoise de Warty était très aimée de Marguerite de France, duchesse de Savoie, qui, lors de la mort de Charles d'Ailly, avait écrit an cliancelier de nios> pital : « Si ainsi est que M. de Picquigny soit mort, |e vous prie aider à la pauvre » M"o de Picquigny : vous savez combien chèrement je l'aime. » (BihI. nat., niss., collect. Dnpuy, vol. 211, 1° 37.) — La vive affection de la duchesse avait été une égide pour son amie lors de la Saint-Barthéleiny. En effet, le 26 août 1572, Charles IX avait écrit au due de Longueville : « Mon cousin, pour ce que la dame » de Picquigny et ses enfans m'ont esté tousjours recommandez de M"® de Savoye, » ma tante, je leur veux conserver tout ce qui leur appartient. Je vous prie de » prendre garde qu'il ne soit touché à son chasteau de Péquigny, et qu'il n'y entre >• autres soldats ou garde que celle que y mettra le sieur de Mailly, leur parent; et »» vous ferez chose qui me sera bien agréable. » (Bibliothèque de l'Institut de France, fonds Godefroy, vol. 236.)

2. Voir à V Appendice, n° 30, le texte de ces conventions. — 11 y est mentionné que Ghastillon réside, pour le moment, dans l'une de ses seigneuries, « au lien de » la Thibaudaye, pays de Bretigne. » A ce propos il faut rap|)eler que Catherine de Médicis, toujours soupçonneuse, s'inquiétait des relations que Ghastillon soa> tenait, ne fût-ce que par lettres, en Bretagne, avec des hommes qui jouissaient, dans cette province, d'une légitime considération. De ce nombre était M. de La Hunauldais. L'inquiétude de Catherine perce dans ces lignes que, le 24 février 1581, elle adressait au duc de Monlpensier, gouverneur de Bretagne : « Mon cousin, j'ay » receu celle que m'avez escripte du 18 de ce mois, avec la lettre que le sieur de » Ghastillon a escripte au sieur de La Hunauldais depuis qu'il s'est retiré à Belin » en Bretaigne. Et encores que de gens qui se sont monstrez tant mal afTectionnez » au service du roy, monsieur mon fils, l'on puisse avec raison craindre toutes

et avec l'assistance, pour François, de M"" Téligny, sa sœur, et, pour Marguerite, de sa mère, de son frère, Philibert-Emmanuel d'Ailly, de Madeleine de Suze, douairière de Warty et Sénarpont, et de Philippe de Warty, gentilhomme ordinaire de la chambre du roi.

Le célébration du mariage suivit de près la signature de ces conventions.

Le séjour de Chastillon en Picardie ne fut pas de longue durée. Les affaires du Languedoc réclamaient sa présence : il y retourna.

On peut juger de la confiance dont le roi de Navarre l'avait investi par cette lettre qu'adressait Henri « à messieurs « des églises réformées du haut pays de Languedoc' » : — « Messieurs, m'en allant de ce pais de Guienne en Xain- » tonge, j'ay advisé de pourveoir et donner ordre à ce qui » seroit nécessaire pour maintenir toutes choses en paix ; » ayant aussi donné pouvoir et auctorité à mon cousin » M. de Chastillon de faire le semblable, en tout le pays et i> gouvernement de Languedoc, et do s'opposer à tous ceulx H qui vouldroient contrevenir à tout ce qu'il ordonnera de >• ma part. Pourquoy, désirant que chascun obéisse et rende » le debvoir requis en l'exécution de Tédict et establissement )) de la paix, je vous ai bien voulu escrire la présente pour » vous prier croire mondict cousin, et faire ce qu'il dira, » suivant les instructions qu'il en a; car il importe grande- 11 ment, pour le bien et repos public, d'effectuer le contenu » desdites intructions et de faire rendre à un chascun l'obéis- » sance qu'il doibt, etc. »

" ctioaes, nëantmoingg je crois que " le point de readre Montagu, il ih •• aucun remuement ; ce que l'on o a ses déporteniens. h (Uibl. nal., 1. Lettre du ïl janvier ISBî Henri IV, l. I, p. 437.)

La sphère d'activité de Chastillon s'étendant, de jour en jour, au delà des limites du Languedoc, il se vit appelé par le cours des événements à quitter momentanément la France, pour affermir à l'étranger, par ses démarches personnelles, Tappui que s'y était concilié la cause qu'il servait.

Toujours sympathique aux cantons protestants de la Suisse, dont il allait, de nouveau, parcourir le territoire, et reconnaissant de la généreuse hospitalité qu'il y avait naguère reçue, il eut à cœur, dès son arrivée à Genève, de déclarer au syndic et aux membres du conseil, qu'ils pouvaient compter sur son entier dévouement, pour l'aider à déjouer les menées de l'ennemi , et pour défendre, au besoin, la ville contre toute agression de la part du duc de Savoie. Il confirmait par la ce qu'il avait écrit, deux ans auparavant * : « Je vous supplie, messieurs, de faire estât » de mon service, toutes les fois que vous en aurez besoin ; » j'emploierai tousjours pour vostre service ma vie de » très-bon cœur et fort fidèlement , quand vous en aurez » besoing. »

Lorsque, le 26 septembre 1581, il fut reçu par le conseil de Berne, en séance officielle, il fit entendre des protestations de dévouement non moins énergiques que celles qu'il avait adressées aux représentants de Genève. Il savait que le duc de Savoie menaçait alors les Bernois, comme les Genevois ; et, aussi sincèrement attaché aux uns qu'aux autres, il affirma à l'avoyer et h ses collègues, afin de leur prouver l'étendue de sa gratitude, « qu'il était prêta donner, » pour eux et leurs concitoyens, au premier appel, ses biens, » son sang et sa vie \ »

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