‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 8 sur 141 · ilotman, Vie de Coligmj, trad. de 1665, p. dâ · texte numérisé non relu

ilotman, Vie de Coligmj, trad. de 1665, p. dâ

» d'employer, pendant que vous estes en âge, vostre temps » en l'estude des bonnes lettres, qui vous mettent dans le » chemin de la vertu. Et, combien que je ne sois pas con- » traire aux heures que vostre précepteur donne pour vous » esbattre et absenter de vos livres, prenez garde toutefois » de ne rien faire ou dire, dans vos esbattements, qui » puisse offenser Dieu. Sur toutes choses, honorez vostre » maistre et luy obéissez comme à moy-mesme ; m'asseurant » qu'il ne vous enseignera ny conseillera rien que pour » vostre honneur et profit. Au reste, si vous m'aymez, ou » plustost vous-mesmes, prenez peine que je reçoive tou- • » jours d'agréables nouvelles de vous, et de croistre autant » en piété et vertu, que d'âge et de corps. Dieu vous » bénisse et vous tienne en sa garde, et par son esprit vous » conserve éternellement. »

Durant les cinq mois qui suivirent la date de cette lettre, Coligny ne cessa d'être retenu au loin par la nécessité de diriger de nombreuses opérations militaires.

Il avait alors à ses côtés deux jeunes gens, âgés l'un de seize ans, l'autre de dix-sept, qu'il formait aux rudes labeurs de la guerre : Henri, prince de Navarre, fils de Jeanne d'Albretet d'Antoine de Bourbon, et Henri, prince de Gondé, fils d'Eléonore de Roye et de Louis de Bourbon. Aux yeux de l'amiral, son grand-oncle, le jeune prince de Gondé, orphelin, s'annonçait comme d'autant plus digne de soutenir le nom paternel, que les directions éclairées de sa mère avaient assuré le développement de son âme dans les voies de la piété, de la vertu et du dévouement a la patrie. Henri « suivait fidèlement les brisées que cette excellente » mère avait posées, au chemin de vertu ». Goligny reportait sur son petit-neveu l'affection qu'il avait éprouvée pour sa nièce Éléonore; il aimait surtout en lui le compagnon

d'enfance du fils qu'il avait perdu à Orléans ; aussi, depuis

t8 FRANÇOIS DE CIIASTILLON.

la mort de Louis de BoQrbon, comptait-il Henri au nombre de ses enfants d'adoption; titre cher à ce jeune prince, qui s'en montra toujours digne.

En étendant sur les deux princes un paternel patronage^ Coligny n'en suivait pas moins constamment, de cœur et de pensée, les enfants et les neveux qu'il avait dû laisser au loin. On en trouve la preuve dans un testament qu'il rédigea, à Archiac, le 5 juin 1509 *.

Tout est à la fois grand et simple dans cet acte mémorable, où, d'abord, le chrétien consigne l'expression de la foi qui l'anime, où ensuite le défenseur de la liberté religieuse, le chef des réformés français, tient un langage digne de la sainte cause à laquelle il a consacré sa vie, et où enfin la sollicitude du père de famille se révèle par un ensemble de dispositions dont il suffira de reproduire ici celles qui concernent François et ses frères. Les voici :

« Pour laisser la paix entre mes enffans, et qu'il la fault » premièrement chercher avec Dieu qu'ailleurs, je prié et » ordonne qu'ils soient toujours nourris et entretenus en » l'amour et crainte do Dieu, le plus qu'il sera possible. Et » d\aultant que j'ay grand contentement du soing et bon » debvoir que Logresle, leur précepteur, a toujours fait » auprès d'eulx, je luy prie qu'il veuille continuer jusqués à )> ce qu'ils soient plus grands et qu'ils ayent atteint l'aage » de quinze ans, car lors il leur faudra bailler quelques »> gentilshommes pour les accompagner, ce que je remets à. » la discrétion de ceulx qui seront leurs tuteurs et que je >> déclare ré ci-après.

» J'ay dict que je veuLx qu'ils continuent leurs estudes » jusques à quinze ans, sans interruption, pour ce que j'es-* » time ce temps-là estrc mieulx employé que de les mettre

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