‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 85 sur 141 · Du Bouchet, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Du Bouchet, loc. cit., p

F'RANÇOÎS DE CHASTILLON. 249

» de Montpellier et Nismes, pour voir M. de Lègues, avec » lequel je pense communiquer de toutes choses. Dieu nous » veuille faire la grâce de faire quelque chose de bon, tous » ensemble, pour réparer la faute de M... Il ne tiendra » point àmoy; car, encores que je sois en Rouergue, j'ay » je ne sçay quelle inclination particulière aux églises de » Languedoc, desquelles Dieu s'est servy, après les mas- » sacres, pour notre deffense, que cela me fait laisser » toute autre affaire pour ne rien espargner pour leur con- » servation : nous verrons aujourdhuy ce qui se peut » faire.

» J'ay laissé M. de Saint-Auban à Millau, avec quatre » cens arquebusiers des miens, mon frère à Séverac avec » cent arquebusiers, qui est la compagnie de M. de Sainlw'Laurens. J'ayprié M. de Lavât s'en aller à Castres pour » avancer les troupes qui doivent venir de là; M. de La- » Vacqueresse au Vabres, avec deux compagnies nouvelles » que je fais dresser, outre ce qui est du pays ; plus » une compagnie que j'ay logée à Cressel, qui est du » capitaine Gay.

» Ainsi, ayant laissé toutes choses asseurées en Rouer- »> gue, le mieux que j'ay peu, avec quatorze ou quinze » maistres de ma compagnie et cinquante arquebusiers à » cheval, je suis icy pour faire ce qui sera trouvé bon. S'il » faut s'employer deçà, je feray tout venir; s'il faut aller » delà, tout viendra pour bien faire, si Dieu plaist.

» Je ne veux laisser à vous dire que je sens des peines » cruelles pour commander à de jeunes capitaines; ils me » pressent de choses si déraisonnables, et si effrontément, » que si, à tout propos, je ne les tançois, à bon escient, ils » me feroient haïr de Dieu et du monde. Je désire bien avoir » le capitaine Carlincas, car il me servira beaucoup pour

» leur montrer un bon exemple. Il me faut prendre peine

250 FRANÇOIS DE GHASTTLLON.

» de les dresser comme déjeunes chevaux; c'est une pitié; » mais Dieu les amandera et me fera la grâce de m'en ser- » vir pour son église. C'est mon but; les fins que je me » pr.opose le montreront.

» Je suis fort estonné, sortant de l'école où mon père » m'avait mis, de trouver parmy les hommes si peu de piété, » si peu d'affection au public, tant de désir de faire les » affaires privées, tant d'audace et d'effronterie à mal faire » en tout temps, que cela me fascheroit du tout, sinon que » j'espère voir encore revenir le bon temps, que les gens » de bien, s'apuyant l'un l'autre, s'opposeront courageu- » sèment à tout ce mal.

» Dieu vous garde et mes enfans. Vous me faites plaisir » me mander de leurs nouvelles particulièrement.

»> Il me faut haster de partir. Je vous prie que cette lettre

• » serve pour mes amis, entre lesquels je mets M. de Pujols,

» M. de La Place et M. Orteman, lequel j'accuse de paresse:

» je me souviens de luy; je re(*ommande le soin des Ames

» à l'un et la disposition des corps a l'autre.

» Je garde le petit garçon, pour vous l'envoyer de Florac.

» Je trouve fort bon que vous envoyez quérir cette damoi- » selle; elle est de bon 'lieu et ne peut faillir d'estre bien » nourrie. Je suis marry que celle de qui m'avez escrit con- » tinue à mal faire. C'est une peste dans une maison, et » Dieu ne bénit ceux qui par tolérance endurent le mal. » Craignons-le, et il nous tirera du labyrinte de nos afllic- » tions.

» Vos lettres me contentent fort ; continuez et de m'escrire » et de vous conduire comme vous faites. Quand je seray » près de vous, je vous témoigneray combien cela m'est » agréable.

» Je me recommande à vos femmes.

» M"' de Gigou m'a fait plaisir de me mander les par-

» ticularitez de la vie de mes enfans. Dieu me les veuille » conserver et me faire la grâce de les voir grands pour » les rendre instrumens propres pour servir son église. " Vostre bon mary, Il Chastillon, A Mornég, ce H de septembre 1S«6.

Ce vœu qu'exprimait le jeune père de famille ne fut point exaucé, car ses fils, lorsqu'ils le perdirent, n'étaient pas encore sortis de l'enfance. Mais n'anticipons pas sur le récit d'une mort qui ravit prématurément îi l'Église chrétienne, à la France, à la famille, un homme de cu.'ur dont le dévouement, le patriotisme et les intimes affections puisaient leur force dans les vivifiantes inspirations de la foi.

Après avoir accompli diverses opérations militaires, au nombre desquelles figurait celle qui avait assuré le snlut de la population d'Ayssène, Chastillon revint à Milhau, dont il s'agissait de contenir la population turbulente, haineuse et prodigue de calomnies.

Avec sa vigueur habituelle, il eut promptement raison des fauteurs de désordres, et il s'attacha i'i désarmer, par la dignité de son attitude, la haine et les calomnies de ses détracteurs.

Que n'avait-il pas, en même temps, à souffrir comme frère! Charles venait, par un acte inqualifiable, d'accroître le chagrin qu'il lui avait déjà causé.

Ce fut sous le coup des impressions pénibles qui l'avaient assailli de ceti saivani

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