‹ François de Chastillon, comte de ColignyChapitre 93 sur 141 · FRANÇOIS DE CHA8TILL0N · texte numérisé non relu

FRANÇOIS DE CHA8TILL0N

» — Fait et prononcé publiquement, à Genefve, au logis où » pend pour enseigne Tescu de Genefve ; présens, nobles » Paul Chevalier, syndique ; Michel Ro2et, conseiller et an- » cien syndique de cestedite ville ; noble Théophile Sarrazin, » conseiller et secrétaire de M*' le prince de Gondé ; noble » Jacques Pape, sieur de Saint-Auban, et H.-Jehan Tru- » chet, hoste de l'Escu, bourgeois de Genefve, tesmoings à w ce priez et requis. — Combien que ceste obligation soit » escrite d'aultre main, je, Claude Gallatin, notaire juré et » secrétaire d'Estat en la cité et seigneurie de Genefve, Tay » ainsi reçu et stipulé et fidèlement expédié au profit desdits ma- » gnifiques, puissans et très-honorés seigneurs de Berne, etc.

» (Signé) : De Goligny, Gallatin. »

Peu après la signature de cet acte, Chastillon reçut une lettre de l'avoyer et du conseil de Berne, ainsi conçue * :

« Noble, généreux, puissant seigneur, vostre arrivée en » ces quartiers, avec vos gens de guerre, nous donne ma- » tière de louer Dieu de ce qu'il vous a préservé en cestes )) sy grandes difficultés qui se sont présentées en vostre » chemyn, et nous donneroit plus grande joye si nous pou- » vions voir et croyre que des plus grandes ne vous res- » toyent à surmonter, voyre telles que, par jugement » humain, sera impossible de soustonir ; ce qui nous met M en grande perplexité, sçaehantz que toute la noblesse

M du pays d'Aulxois et les. de tous les habitants

» sont préparés et délibérés de résister par forcé à vous » et aultres qui voudroient passer, à quoy seront tant » plus enhardis, s'ils peuvent descouvrir le peu de forces » qu'avez, et que vos gens n'ayent moyen de payer leurs

1. Lettre du 25 août 1587. (Archives de Berne, Weltscke Misstven Buch, voL H, !•• 138, 139.)

» despences. Joint que les huit mille Suisses qui sont levez ^) pour le service du roy s'acheminent maintenant et pren- )) nent le chemin de Neufchastel, où les pourrez rencontrer, » dont plus difficilement pourrés trouver logis et vivres, au » comté de Neufchastel. Et, outre ce, est à présumer que » les Italiens et Espagnols qui sont en la Bourgogne ne » vous donnent aussy quelque empeschemcnt, estans ap- » pelles par lesdits Aulxois, ou bien qu'ils ne vous couppent » chemin, en quelcun des passages de la Lorraine ; et le » pis sera que trouvères les lieux qu'il vous convient passer, » qui ne sont deffensables, vuydes de tous moyens de vous » allimenter, et aussy voz gens estans (sans profit) de ceste » moisson, en partie desjà (épuisée), et le reste retiré en » lieux et places de deffenses. Sur quoy, nous avons bien à » craindre que, si Dieu no vous assiste miraculeusement, » ne pourrés joindre l'armée qui est desjà entrée en Lor- » raine et trop esloignéo des lieux où vous pourra estre faict » empeschemcnt pour vous secourir sans grande perte et » dommage, ce qui nous apporteroit un extrême desplaisir. » — Toutefois, puisque Dieu vous a préservé jusques à pré- » sent de tant de milliers de dangers qui vous ont esté » préparez, nous ne doutons qu'il ne continue ses grâces » envers vous et qu'il ne vous fasse prospérer, on despit de » tous ses ennemis et des vostres ; et ne manquerons de l'en » supplier tant plus ardemment que nous voyons l'évidente » nécessité requérir. — Au reste, nous advouons ce que les » genz nos baillifs do Losanne et de Morges ont faict en » vous fournissant les sommes requises pour le paiement de » la dépense que voz genz feront sur noz terres, et avons » mandé à nostre baillif d'Yverdun que, s'il peut avoir tant » en mains, il vous le fournisse encore de 300 V., ce que » vous prions de prendre à la bonne part ; et ne doubtons )) que, selon la bonne affection que vous nous portez et à

» nos subjectz, donnerés sLbon ordre en voz trouppes, que » elles ne feront aucun dégast et dommaige \ Sur quoy, » désirant la continuation de voz bonnes grâces, nous sup- » plions le Tout-Puissant qu'il vous maintienne en sa saincte » protection et vous face prospérer en toutes vos actions, à » son honneur et gloire, et notamment surmonter heureu- » sèment les grandes difficultez qui vous menacent en vostre » entreprise. »

La réception de cette lettre accroît le désir, déjà bien vif, qu'éprouvait Ghastillon de revoir ses amis de Berne; le temps presse ; il accourt, en toute hâte, dans cette ville, où sa présence est acclamée; le conseil se réunit, en séance extraordinaire ; il y est accueilli « comme un fils » ; l'avoyer et ses collègues lui renouvelent les communications de renseignements, les protestations d'affectueux intérêt, les vœux que contenait leur lettre du 25 août ; et ils traduisent le redoublement de sympathie qu'il leur inspire, par la mise à sa disposition, en faveur de ses troupes, d'une somme de six cents écus d'or, dont il constate le versement entre ses mains par ces lignes, tracées sous les yeux de ses officieux prêteurs * :

« Je, soubsigné, confesse avoir reçu de messsieurs de » Berne, par les mains de M. Kaufman, secrétaire de leur » conseil, la somme de six cents escus d'or sol, que lesdits » seigneurs m'ont aujourd'huy prêtés, pour le service du roy » de Navarre y et ce, pour employer à la conduite des gens » de guerre que je meine par son commandement, laquelle » somme de six. cents escus sol je promets faire rendre à

1. L'avoyer et le conseil de Berne avaient déjà exprimée Ghastillon la confiance qu'ils avaient en sa fermeté poor maintenir Tordre parmi ses troupes, dans le trajet de la Suisse. (Voir Appendice ^ n» 33.)

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