‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 12 sur 46 · X AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

X AVANT-PROPOS

modérés lui marchandent encore moins les éloges. Montaigne, après 1588, reprend la plume pour ajouter à la liste des choses les plus remarquables de son temps « la constante bonté, douceur de mœurs et facilité conscicntieuse de M. de la Noïie, en une telle injustice de parts armées (vraye eschole de trahison, d'inhumanité et de brigandage), où tousjours il s'est nourry, grand homme de guerre, et très expérimenté » (1). De Thou, lui aussi, fatigué de nous peindre la cruauté des uns, la lâcheté et la corruption des autres, s'arrête avec complaisance devant la noble figure de cet homme qui « seul a relevé l'antique honneur du nom français » (2).

Si les écrivains tiennent la Noue en haute estime, le public lit ses ouvrages. De 1587 à 1G12, nous ne rencontrons pas moins de sept éditions des Discours politiques et militaires. L'ouvrage est traduit en anglais, dès 1588, par les soins du bibliophile Edward Aggas (3). Déjà deux

(1) Montaigne, Essais, II, xvii. Ce passage figure pour la première fois dans l'éd. de 1595. Sur le sens des mots facilité cotiscientietixe, voy. p. 15G.

(2) Thuan. III, p. 348 : « Iluic sane viro permultum debuit Gallia. »

(3) The politiche and militarie dincovrses uf the Lord de la ^'ouve, wliereunto are adjoyned certaine observations of the same Author, o£ things happened during the three late civill wares of France, with a true déclaration of manie particulars touching the same. AU faithfuUy translated out of the French by E. A. At London. Printed for T. C. and E. A. by Th. Orwiu ir)87 (sicj. In-S" de 458 p. A la fin, on lit : « Inprinted at London by Th. Orwin for Th. Cadman and Edw. Aggas, I")88 », ce (jui est la vraie date. (Brit. M. 8006. c. ) Dédié au comte de Cumberland.

AVANT-PKOPOS XI

exemplaires do l'édition française avaient été envoyés par Stralïord à Walsingliam ; l'un d'eux devait être relié avec soin ot offert à la reine (1). Une traduction allemande parut dès 159'?, et l'on signale une nouvelle traduction anglaise cinq ans plus tard. En IGIM parait une adaptation holl:u\daise, lors({ue déjà a été publiée depuis un an la dernière édition française. — De môme la Déclaration de Sedan est traduite en anglais un an après son apparition.

L'une des preuves du succès qu'obtiennent ces ouvrages, c'est qu'ils éveillent presque immédiatement une vive polémique. Dans un Dif^coiirs sur ladéclaration falote par le sieur de la Noi'ie, un huguenot à l'àme ardente paraphrase avec un ton de chaude sympathie le texte même de la Noue. En 1594, les Discours obtiennent l'honneur d'une réfutation en règle, due à la plume docte et pesante de Possevin ; la Noue partage, il est vrai, cet honneur avec Bodin, Mornay, Machiavel et l'Antimachiavel. Mais c'est bien à sa seule intention qu'un chanoine de Courtrai, P. Corret, grossit d'une dissertation de plus le volume de Possevin (2).

Puis le silence se fait. L'écrivain, qui n'est pourtant pas sans mérite, est complètement oublié. Il ne compte pas dans cette histoire littéraire du

(1) Aug. 1, 1587 (P. K. 0. Fr. 89).

(2; Judicium de Nuse militis Galli, J. Bodini, Ph. Mornsei, N. Machiavelli et Antimachiavelli quibusdam scriptis. Item Defensio veritutu adversus assertiones catholicae fidei répugnantes cjusdem Nuae libris aspersas, auctore P. Correto... etc. ..Lyon, Buysson, 1594, in-S" de 356 p. et un index (Bht. M. 1124 b. 9. 2).

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XVI" siècle, où une critique indulgente donne des rangs à tous les fanfarons qui ont raconté leurs exploits. Quelques phrases assez dédaigneuses de Michelet, une place des plus honorables dans le roman historique de Mérimée, voilà tout ce qu'obtient l'homme de guerre et le politique.

Seuls, les réformés ont paru se souvenir de celui qu'ils appellent avec orgueil « le liayard huguenot ». Ils lui ont consacré un article dans la France protestante ; un petit livre d'édification, écrit d'une pieuse main de femme, dans la JSibliothèque des écoles du dimanche ; un chapitre dans les Etudes sur les écrivains français de la Reformations qui a rappelé l'attention sur l'auteur négligé des Discours. Ajoutez-y deux brochures, l'une d'un pasteur alsacien, l'autre d'un directeur de gymnase allemand, et qui étudient en la Noue le moraliste et le pédagogue. Ainsi cet homme, dont toute la vie fut un constant effort pour s'élever au-dessus des passions de sa secte, pour juger des choses en chrétien et en Français, il s'est trouvé que des huguenots seuls ont pris soin de sa mémoire (1).

D'où vient cette injustice ? La cause en est-elle que la Noue, dans ses « Observations sur les troubles », s'est montré aussi soigneux de dissimuler ses belles actions que de faire valoir celles des autres? Est-ce parce qu'il est supé-

(1) Enfin du camp opposé une vive attaque a récemment été dirigée contre lui. V. d'Auspy : Un Bayard calviniste, F. de la Noue (t iCS dernières campagnes. (2h'V. qiiest. hist. 1887.)

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