AVANT-PROPOS XIII
rieur à son temps, et qu'on s'étonne de rencontrer cette humanité et cette douceur entre Moulue et (les Adrets ? Nous sommes-nous fait des mciHu^s du xvr siècle une conception si immuablement arrêtée, que nous rejetions comme non avenus tous les faits qui semblent contredire à cet idéal de violence et de sauvagerie ?
Nous avons cru qu'il valait la peine de faire revivre, dans la mesure de nos forces, cette physionomie originale et attirante ( I). Pour cette tâche, les sources ne nous ont point manqué. Les écrits de la Noue forment naturellement le fond de notre travail. Nous avons tâché d'y démêler ses qualités et ses faiblesses, d'en tirer un jugement sur l'homme et sur Técrivain. Aux écrits déjà publiés, nous avons été assez heureux pour joindre une lettre aux Etats de Flandre, trois correspondances suivies (2) et des lettres à diverses personnes, en tout une trentaine de lettres inédites, enfin une sorte de petit traité sur la conversion du roi Henri IV.
Pour contrôler la valeur du témoignage que la Noue portait ainsi sur soi-même, nous avons fait appel à ses contemporains. Dans le camp des protestants, nous avons rencontré des amis partiaux, comme la Popelinière, l'auteur de VEstat
(1) L'idée première de ce travail nous a été suggérée, dès l'École normale, par le maître à qui cette thèse est dédiée en témoignage de reconnaissance et de respectueuse affection.
(2) Avec des Fruneaulx, 1579-80, Montpensier, 1588-89, Walsingham et les envoyés anglais, 1585-89. — Ajoutez-y des lettres de sa femme et de son fils.