‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 16 sur 46 · LA NOUIO ET LES CHASTILLON · texte numérisé non relu

LA NOUIO ET LES CHASTILLON

avait épousé Madeleine de Chasteaiibriant. Il maria son fils François, g-entillioinnio de la chambre de l'^rançois 1"", à Bonavonture l'Espervier, fille de François l'Espervier, seigneur de Briord, et d'Anne de Matignon. De ce mariage naquirent un fils et une lille (I). Le fils était François, troisième du nom, quatorzième seigneur de la Noue, tige de la maison de la Noue Briord, et dont nous voudrions raconter la vie.

11 portait « d'argent fretté de sable au chef de gueules, chargé de trois têtes de loup arrachées d'or ». Il était, sinon riche, du moins en possession d'un assez joli patrimoine. Outre la terre de la Noueen-Fresnay et celle de Briord en Port-Saint-Père, il avait encore de nombreux biens en Bretagne. Un expert en ces matières ne compte pas, pour cette seule province, moins de quarante-troislocalités dans lesquelles la famille de la Noue avait des tiefs. François possédait également des biens en Touraine (2/, en Anjou, en Perche, où il avait notamment les domaines de BretoncelleSjdeSaulzay, de la Beuvrière, de Verrières, pour lesquels le 13 mars 1561 ilrendit hommage au Roi comme comte de Perche et seigneur de Belesme (3). 11 avait aussi des biens en

(\] Marguerite épousa le sire de Vezins. Celui-ci, remarié après la mort de sa femme, abandonna ses enfants du premier lit, qui vécurent obscurément en Angleterre. Le fils exerçait le métier de cordonnier lorsqu'il fut reconnu à Génère par son oncle François et recueilli par lui.

(2) En 1580, son fils Odet(D. Fonteneau, XL, p. 478) est désigné comme « demeurant en la maison noble du Chastellier en Touraine, paroisse de Xuilli-le-Noble ». Poli place ce bien en Poitou.

(3) Arch. nat., P. 351, CXI. « Nostre amé et féal gentilhomme ordinaire de nostre chambre Françoys de la NoUe, chevalier, seigneur

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l'oitoii, môme avant que son mariag-e avec l'héritière des Vernon eût fait passer dans ses mains le manoir de Montreuil-Bonnin. Le 13 novembre 1551, son père (ou son aïeul) s'était fait rendre, à titre de seigneur de Chavannes, aveu d'une maison sise à Thouars (1). Nous possédons des aveux rendus, à ce même titre, à François lui-même. Le savant bénédictin qui a recueilli ces actes nous avertit que « le seigneur de Chavannes possédoit... un tiers au moins de la ville de Thouars, par des droits sur des maisons et héritages, à cause de la seigneurie de Chavannes, qui est, en fait de simple seigneurie, une des plus belles du royaume par l'étendue des hommages ». Tous ces détails permettent d'établir que les la Noue formaient une famille aisée de gentilshommes campagnards.

Les jeunes nobles qui naissaient dans cette brillante époque étaient d'ordinaire élevés dans le goût et dans la fréquentation des auteurs de l'antiquité et des sciences de la Renaissance. Mais le pore de la

dud. lieu, Beuvrière, Chevane et la Rochebernard, nous a ce jourdhuy faict au bureau de nostre chambre des comptes les foi et hommaigc qu'il nous estoit tenu faire... tant pour luy que pour Claude de la Noiie. » Nous n'avons pu retrouver qui est ce Claude. — Id. cxii Antoine du Prat, garde de la prévôté de Paris, déclare que devant deux notaires du Chàtelct s'est présenté la Noue, o seigneur des terres et seigneuries de la Rochebernard, de la Noiie, Berthoncelles, Saulzay, de la Grandbeuviière et Verrières, etc. »

(1) U. Fonteneau, XL, p. 478. — Id. 620, aveu du 15 oct. 15G5. — Id. 825, aveu à « messire François de la Nouhe (s/r), chevalier de l'ordre du Roi, seigneur dud. lieu de la Noiie (sic) et de la Rochebernard, Berthoncelles, Saulzai, la Gaschière, le Lorroux (Lorroux-Bottereau d'ap. de Poli), Lonnay, Rason, la Bouvordière, l'Espine Gaudin, la Chapelle-sur-Andrc (sur Erdre), ^i de Charannes en Poitou j>. O. de Poli place Chavannes en Anjou. U est vrai que nous avons vainement cherché, sur la carte au 80.000°, une localité de ce nom aux eii\ irons de Thouars.

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Noue paraît être resté lidèlo aux anciennes maximes. François u n'eut {^uôres d'autre éducation que celle qu'on donnoit auparavant aux gentilsliomnies de bonne maison, qui estoit ({u'aprôs leur avoir fiit apprendre à lire et ù oscrire, et quelques exercices du corps, on les mettoit incontinent à ceux des armes et des chevaux (1) ». De bonne heure il regretta d'avoir reçu une éducation si incomplète, si peu en rapport avec les besoins de son temps, et il eut le rare courage de la refaire.

Peut-être fut-ce pour lui un précieux avantage de n'avoir point passé par les mains des humanistes. Il employa toute sa vie à s'instruire dans des livres, qu'il sut lire au travers d'une rédexion personnelle (2), il apprit plus encore au contact des choses et des hommes. Il acquit ainsi ce sens des réalités que les maîtres ne donnent pas. Au lieu d'un noble pédant, d'un chevalier d'Université, d'un Pic de la Mirandole, ce fut un soldat et un gentilhomme à l'esprit hauiement pratique. Cela ne l'empêcha pas de connaître les histoires anciennes et modernes, de lire tout ce qui s'imprimait alors, d'avoir l'esprit ouvert aux sciences de son temps, et d'être un véritable écrivain.

Comme on faisait des jeunes gentdshommes qu'on voulait façonner aux belles manières, son père l'envovaà la cour. Il fut page d'Henri II et fit ses pre-

(1) Amir. — Se. de Sainte-Marthe [Elogia, p. 171-17-t Fr. Xorius) vante son habileté dans les exercices du corps, et « formœ honestatem ».

(2) Sur les livres que lisait la Noue, et la façon dont il les lisait, voy. le chap. V.

miôres armes en Picardie. Il lui resta de ces années de jeunesse un souvenir inaltérable; il ressentit une vive admiration pour la grandeur de la France et la puissance de la royauté. Il regrettera toujours ce temps de « Henry le bien-aimé », temps de la « dernière beauté et splendeur de la France », et « la belle concorde qui estoit entre les François (1) ». 11 n'oubliera pas non plus ces premières leçons d'art militaire données en Picardie par les braves et habiles chefs qui maintenaient encore la forte discipline des armées de François P''(2). Il alla se perfectionner en Piémont (3), dans l'armée du maréchal d'Anville, et devint même guidon de sa compagnie. L'Italie, loin de l'attirer, semble avoir effrayé plutôt le jeune chevalier, dont l'âme était quelque peu austère. Peut-être pensait-il déjà que, si la France avait apporté biendes maux à l'Italie (4), celle-ci les lui avait largement rendus, et qu'elle était la grande école de corruption. Sans doute aussi sa foi pieuse et naïve fut-elle scandalisée dès lors par l'immoralité du catholicisme italien.

Quand il revint à Paris, son père était mort (5). La fortune de la maison était compromise par les folies de la veuve, qui avait une passion malheureuse pour le jeu. Henri II s'intéressait beaucoup aux fils de gentilshommes. Il eut soin de faire retirer à Bona-

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