‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 17 sur 46 · Diic. II · texte numérisé non relu

Diic. II

(2)Voy. Fr. Décrue, Aime de Monlmorency .

(3) a Apud Insubres, » dit Saiute-Marthe.

(4) Voy. ses notes sur Guichardin, p. 30 a ... on. trouvera que nous sommes quittes ».

(5) M. de Poli le fait mourirdès 1537. Amirault semble, au contraire, placer cette mort pendant les premières campagnes de la Noue.

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vonturo l'IOspervior l'adininisl ration do ses biens. C'était comptoi' sans le dcsintôressemcnt et le bon cœur de son dis. Le jeune laNoueobtint diiRoi qu'il pariionnàt ;\ sa inc>re, et de sa ni(M*e (qu'elle renonçât à sa passion.

Il était revenu en Bretagne, et sa vie semblait devoir se passer aussi calme qu'avait pu l'ôtre celle de son père. Les controverses religieuses qui commençaient à passionner la France n'avaient pas encore profondément agile la Bretagne. Il y avait bien eu déjà un martyr breton en 1535. Dès 1555, la Réforme avait fait des adeptes, même parmi les membres du Parlement de Rennes. Elle était favorisée par la tolérance du gouverneur, le duc d'Estampes, et dès lors ses progrès excitaient les plaintes du clergé. Mais il n'y avait pas encore d'églises organisées (1).

Tout changea lorsque d'Andelot vint visiter, en avril 1558, quelques mois après la bataille de Saint- Quentin, les terres que lui apportait en dot Claude de Rieux (2). Dans son ardeur de prosélytisme, il eut soin de se faire accompagner par l'un des plus éloquents docteurs de la nouvelle secte, « Gaspard Carmel, dit Fleury, qui avoit esté envoyé de Neufchastel en Suisse à Paris, pour aider à l'œuvre du Seigneur. » Il le fit prêcher à « huis ouvers », d'abord dans sa maison de la Bretesche^ et « le jour de Pasques, dans la maison de Lormais où fut aussi administrée la S. Cène, estant ledit sieur d'Andelot

(1) Vaurigaud, Illst. des Egl. réf. de Bret. (d'ap. le s'^ de Crevain), et de Bèze.

(2) De Bèze, I, 166 (141), 168 i,U3), 177 (151), indique cette date avec la dernière précision. Amir. donne celle de 1557.

assisté de plusieurs gentilshommes ». Puis s'ouvrit une sorte de campagne pour l'évangélisation de la province. Des prêches eurent lieu au Croisic, à Nantes, à Angers, enfin « par tout le païs de Bretagne et le long de la rivière de Loyre ». Carmel et son confrère Pierre Loiseleur eurent un grand succès; les nobles répondirent en foule à l'appel d'un aussi haut seigneur, si bien que cinq ans après la Bretagne comptait douze églises.

Parmi les conversions dont le parti eut à s'enorgueillir, on compte celle de François de la Noue. C'est sans doute à Nantes qu'il entendit prêcher la nouvelle doctrine. Il ne dut pas se résigner, sans de longs combats intérieurs, à quitter la religion de son enfance. Ce n'était point un de ces esprits frivoles, prêts à changer de foi « comme on change d'habillement » (1). La religion tiendra toujours une très grande place, la première, dans sa vie. Il pensait qu'en changer est chose grave, « puis qu'il est question de l'honneur de Dieu et du salut de l'âme ». Avant de s'y résoudre il dut, pour « contenter sa conscience », écouter les prédicateurs, méditer les Ecritures, et attendre du Saint-Esprit « l'illumination requise » en pareille occurrence. L'élévation morale du calvinisme séduisit cet homme dont la vie entière fut un modèle de pureté. La sévérité même, affectée par la secte, et qui répugnait à tant déjeunes seigneurs, fut précisément, j'imagine, ce qui l'attira. Il la préférait à « l'ancienne caballe de la cour, qui

(1) Voy. la Lettre svr la conrenion, qui nous donne les idées que la Noue professait en 1591 sur le respect dû aux choses de la conscience. Il semble bien que ces idées aient toujours été les siennes.

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est bien plus propre pour faire rire et ijififler et pour s'enrichir (1) ».

Voilà donc la Noue lié à d'Andelot d'une amitié indissoluble que la diderence de rang- ne rendra pas moins étroite, et qui va faire de lui un client des Chastillon. Le voilà converti à la Réforme. Comme il n'est venu à la foi nouvelle qu'après avoir sérieusement consulté avec soi-même, il y restera fidèle jusqu'à la mort, sans faiblir jamais devant les dangers. Ses amis de l'autre parti savaient bien que sa tolérance n'était pas du scepticisme (2). Brantôme remarque, non sans quelque dépit, que a le grand zèle qu'il portoit à sa religion luy avoit tellement atteint l'âme qu'il eust oublié toutes choses pour la servir et maintenir ». Il est bien vrai que la Noue faisait passer avant tout la religion, mais c'était une religion humaine et douce, et, au rang des articles de foi, il plaçait la loyauté, l'humanité, le patriotisme.

Les événements ne mirent pas tout de suite à l'épreuve le zèle du nouveau converti. Pour être entré dans le parti réformé, la Noue n'avait pas rompu avec ses anciennes amitiés. Il était même protégé par les Guise, qui en 1560 le chargèrent, avec quelques autres jeunes seigneurs, d'accompagner la reine d'Ecosse jusque dans son royaume (3). Nous savons peu de chose sur ce vo3'age. La Noue

(1) Obs. sur les ir.,Y>. 6iO.

(2) Biantôme, M. de la Nuile. — Voy. aussi Cavriana : « Noasus suae religioni ^quam omniuo integrain cupiebat) addictus uimis videbatur ; eam coufiimare studebat. ut cui ue quod velUt seiitire liberum esset. »

^3) Castelnau, p. 141

y remarqua que « la messe avoit esté chassée du pays ^) , mais que la reine avait obtenu pour elle-même l'exercice de sa religion (1).

Lorsqu'il revint à Paris, il fut frappé de la gravité de la situation et de l'imminence de la guerre civile (2). Le prince de Condé avait vainement essayé « de planter dans Paris la prédication de l'Evangile » . Mais malgré ces prêches où il se trouva telle fois jusqu'à. 30.000 personnes, les réformés n'avaient guère pour eux qu'un petit noyau de gentilshommes et de soldats, quelques bourgeois et quatre cents écoliers. — 11 semble qu'il y ait une contradiction entre le passage où la Noue parle de ces prêches populeux, et celui où il dépeint la faiblesse du parti réformé. Cette contradiction, notonsle en passant, se retrouve au fond de tous les auteurs qui nous ont parlé des débuts et de la propagation de la Réforme en France. On mentionne des conversions nombreuses, et dans toutes les classes de la nation : vienne le moindre péril, ces forces fondent comme par miracle. — Contre eux étaient le Parlement, le clergé, la maison de Ville, presque toute l'Université, et surtout le menu peuple. La formation du triumvirat, « le désordre de Vassy, » l'arrivée des triumvirs et du roi de Navarre, forcent le prince à quitter Paris, à prévenir toutes les Eglises de France et à se retirera Meaux « avec une bonne suite de noblesse ». Dans cette « suite » se trouvait la Noue.

(1) Lettre sur la convers.

(2) Voy. Obs. sur les tr.

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Pour la première fois, il so voyait contraint, de prendre les armes contre ses concitoyens, pour la défense do sa foi. Il ne les posera plus, pour ainsi dire. Sauf pendant les courtes trôves que s'accorderont les partis épuisés, et durant les deux périodes oit il ira hors de France lutter contre l'Espagnol, la Noue ne sortira plus de cette voie sanglante de la guerre civile où il vient d'entrer. Pourtant la guerre civile lui faisait horreur. Il emploiera ses constants etForts à rétablir l'union entre les Français. Mais sa conscience le forçait à prendre parti entre son Dieu et son roi. Cette date de 1562 est donc l'époque décisive de sa vie, comme de la vie môme de la France au XVI'' siècle.

Nous négligerons la tâche facile de raconter les événements militaires auxquels assista notre héros. Contentons-nous de les rappeler brièvement. Sorti de Paris avec les princes, il prend part à cette folle équipée d'Orléans, qu'il nous a narrée d'un style si alerte et si gai. Après la bataille de Dreux, il accompagne l'Amiral dans sa retraite de Normandie. La paix d'Amboise lui permet de rentrer en Bretagne. Mais pendant toute la durée de ces premiers troubles, il n'est encore qu'un petit personnage, et nous ne voulons pas, à son propos, écrire l'histoire de ces guerres. Il serait plus intéressant de tracer, d'après les propres souvenirs de la Noue, un tableau des deux armées. Mais c'est aussi une œuvre qui n'est plus à faire (1). Nous voudrions seulement démêler

fl) voy. surtout duc d'Aumale, Ilist. des pr. de Condé, I, et A. de Euble, Ant. de Bourbon et J . d'A.

l'impression que ces événements et ces hommes firent sur son esprit, et en quoi ces premières guerres civiles furent pour lui une « école ».

Il partageait les généreuses illusions, les sentiments de naïve confiance qu'éprouvaient alors presque tous les combattants. Personne ne croyait à la continuation de la guerre. La haine ne s'était pas encore glissée entre les Français. Le signal donné, chacun faisait bravement son devoir; mais à chaque entrevue, frères, parents, amis sortaient des rangs opposés et causaient librement. Cette aimable légèreté de nos compatriotes était chose étrange pour les reîtres des deux armées. Ils se jugeaient trahis par les deux partis à la fois, et ne pouvaient croire que ces mêmes hommes qui s'embrassaient aujourd'hui allaient s'entre-tuer demain. On faisait la guerre, mais sans jamais désespérer de la paix. On acceptait parfois les traités un peu vite ; à peine signés, on allait de château en château renouer connaissance avec ceux que la lutte avait épargnés. Ces batailles sans haine, ces visites et ces réconciliations, restes peu durables de l'ancienne concorde, la Noue aurait voulu les voir subsister au milieu de ces luttes de jour en jour plus acharnées (1).

Il n'admirait pas moins la belle discipline de l'armée huguenote (2). Pas un blasphème dans tout le camp. « Les femmes en estoient bannies. On n'y eût trouvé ni une paire de dez ni un jeu de cartes. » C'était bien vraiment une armée combattant pour la

(1) Voy. Disc. II, p. G9

(2) Obs., p. 61)5 : « De la bonne discipline qui fut observée parmi les bandes de M. le prince de Condé. »

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rolif^ioi». Matin et soir los pasteurs disaient los prières et les soldats chantaient les psaumes. Enfin, ce qui touche notre bon la Noue, « ils ne pilloient point ni ne battoicnt leurs hôtes » : deux vertus rares dans une armée du xvi'' siècle, et que celle-ci no conserva pas longtemps.

La Noue compléta dans ces guerres son éducation militaire. Il apprit comment on peut dissimuler à reunemi le petit nombre de ses propres troupes, l'elTrayer de nuit par une camisade, le tromper par une marche rapide, en un mot tous les secrets de la stratégie moins rationnelle qu'empirique d'alors (1). Il apprit aussi à faire quelque chose de peu, à fortifier les villes sans grande dépense et, comme il disait, « à la huguenote », c'est-à-dire en remplaçant les murailles par des levées de terre. Mais il se rend bien compte que les guerres civiles ne laissent pas le champ libre au génie d'un grand capitaine. Un chef de parti n'est pas maître de ses mouvements, il est obhgé (à Jarnac, à Moncontour) de livrer bataille dans des conditions qu'il juge défavorables. Il se sait vaincu d'avance, mais mieux vaut pour lui perdre la bataille que son armée. Les gentilshommes qui sont venus volontairement se ranger à ses côtés veulent bien lui fournir, quelques mois durant, une sorte de service féodal. Mais bientôt ils se trouvent loin de leurs provinces, de leurs châteaux qu'on brûle, de

(l)Voy. ducd'Aumale, I. Rien ne nous paraît aujourd'hui plus enfantin que la stratégie de ces guerres. Voy. a la belle occasion perdue par l'armée de M. le duc d'Anjou, de desfaire M. l'Admirai et d'Andelot )), suivie, au bout d'une heure, d'une non moins belle « occasion perdue par l'armée de M. le Prince de desfaire l'avautgarde de l'armée contraire ». Oàs. sur les tr.

leurs familles qui sont exposées à toutes les persécutions (1). Autre embarras avec ces mercenaires étrangers que l'un et l'autre parti emploient sans le moindre scrupule. Pour étourdir la soif de ces genslà, il faudrait le trésor royal. Pour les faire taire, on n'a d'autre ressource que de les mener à l'ennemi. Car le parti huguenot est communément atteint du mal de Panurge. Au célèbre voyage de Lorraine, on vit les reîtres refuser de joindre les troupes de Condé, faute d'une avance de cent mille écus. Il fallut que l'une des deux armées se saignât pour payer l'autre. Les chefs donnèrent l'exemple et chacun y mit du sien ; la Noue y sacrifia sa vaisselle d'argent.

Cette pauvreté a d'autres inconvénients. Il faut faire vivre ces multitudes, et les faire vivre sur pays ami. Pour ne point trop pressurer les paysans, on disperse les compagnies, l'infanterie loge au centre, la cavalerie dans les villages voisins. Aussi est-on toujours à la veille d'une surprise. Plus d'une fois une armée est sur le point d'en prendre une autre comme au filet ; mais toujours l'entreprise manque, et par les mêmes causes qui ont failli la faire réussir (2). Les chefs ne savent jamais bien où sont leurs différentes troupes, encore moins où est l'ennemi. Leurs guides les trompent, les deux armées se côtoient parfois plusieurs jours de suite sans se rencontrer, ni se douter qu'elles sont voisines. C'est merveille si elles se touchent, car elles marchent à l'aventure et àl'aveu-

(1) Obs., notamment, p. 801 : Coligny est forcé, contre son gré, d'assiéger Poitiers : « mais les principaux seigneurs et gentilshommes du l'oitou insistèrent fort et ferme ».

(2) Obs., p. 659.

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glette. Mal payées, ces armées ne peuvent garder longtemps, comme dit la Noue, leur « pucelage «. Les gens du Midi, Gascons et Provençaux, vieux restes des bandes d'infanterie qui avaient lait la guerre au del;\ des monts, avaient rapporté d'Italie le goût du pillage. A peine sont-ils entrés dans l'armée huguenote, ils s'empressent démontrer l'exemple de ne ménager ami ni ennemi. Ainsi naît « Madamoisello la Picorée », dont la Noue déplore les ravages, etqui ruine les campagnes (1). La France s'affaiblit do jour en jour, et nos voisins, « frétillant » d'aise, épient le moment d'y entrer.

Voilà, dans ces premières guerres, ce que les choses apprirent à la Noue. A cette même époque, quelques hommes exercèrent sur lui une profonde action. Au premier rang de ces hommes il faut placer l'Amiral. La Noue se proclamait hautement son élève, et il en parle toujours sur un ton d'admiration affectueuse. Il loue son talent militaire, son habileté à réparer les échecs, à « se démesler d'une adversité », comme il fit, après Moncontour, dans ce fameux voyage où il « tournoya le royaume de France ». C'est de lui qu'il apprend à porter son attention sur les détails de l'intendance. « Commençons, disait l'Amiral, à former ce monstre par le ventre. » C'était le plus sûr moyen d'empêcher la picorée. L'Amiral en avait d'autres : « fort propre médecin pour guérir ceste maladie, » il faisait pendre

(1) Obs., p. 667. Voy. le siège de Beaugencj, où les Gascons pillèrent amis et ennemis. Comment l'auteur d'un livre justement estimé dans nos classes a-t-il pu écrire que la Noue « se vantait d'y avoir fait la picorée b ?

les pillards en leur attachant aux pieds le produit do leurs vols. Il communiqua à la Noue son horreur do la picorée. Il lui disait, dans les derniers temps de sa vie, « qu'il desircroit plus tnst mourir que de retomber en ces confusions et voir devant ses yeux commettre tant de maux ». Aussi ce grand capitaine « détestoit» la guerre civile. Lorsque les protestants, poussés à bout, se décidaient à prendre les armes, c'était lui qui priait ses amis d'avoir patience, et leur remontrait « qu'en affaires si graves comme cellescy, qui amenoient beaucoup de maux, ondevoit plus tost s'y laisser entraîner par la nécessité qu'y courir parla promptitude de la volonté ». Peu de temps avant la Saint-Barthélémy, il repoussait plus vivement encore l'idée d'une guerre civile, et disait que a jamais plus il n'y retourneroit que par force ». Il souhaitait de tourner ses vertus militaires et l'ardeur des deux partis contre l'ennemi de la France. — La Noue sera l'héritier de cette grande pensée. Il regrettera amèrement la mort de son maître. Il lui consacre, à la fin de ses mémoires, un véritable éloge funèbre, qui se termine par ces mots: « Somme, c'estoit un personnage très digne de restituer cest Estât affiiibli et corrompu. » A lire ces louanges, on comprend l'iniluence que l'exemple et les idées de Coligny exercèrent sur la Noue, et comment il fut toute sa vie, pour ainsi dire, le disciple de l'Amiral. Af)rès ses premiers maîtres, après ses premiers chefs, après Gaspard Carmel, Coligny fut un nouvel éducateur, et non celui qui agit le moins puissamment sur cet esprit.

Si Coligny devint son maître, d'Andelot resta son

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ami. Il parle avec complaisance de ce « chevalier sans poiii- », qui était comme un Coli^-ny plus jeune et moins sage. Il a subi beaui;oup moins l'inlluonce du prince do Condé. Il a beau mettre dans le portrait qu'il on lait un ion d'apologie, il nous laisse voir, chemin faisant, que l'Amiral fut parfois gêné d'avoir i\ compter avec ce brillant supérieur, et souvent forcé de lui rappeler l'importance de son rôle (1).

A mesure que les événements avançaient, grandissait la situation de la Noue. En 1567 il tente et réussit un hardi coup de main sur Orléans (2). L'année suivante, après la rupture de la paix, il amène à d'Andelotle contingent des réformés de Bretagne, et prend part au fameux combat de la levée de Loire. A Jarnac(3), il est placé à l'arrière-garde avec mission de soutenir la charge des chevau-légers de Martigues. Mais il est abandonné par ses gens, et fait prisonnier (4). Un échange le rendit aux siens.

Les protestants s'étaient retranchés dans la France de l'Ouest. Leurs églises y étaient nombreuses. Ils avaient établi leur quartier général à la Rochelle, dont le havre leur ouvrait la mer et leur permettait de recevoir les secours d'Elisabeth. Jeanne d'Albret y amena son dis, et cette petite république à demi indépendante devint la capitale des huguenots.

La situation de la Noue dans le parti était dès lors si bien assise, il avait déjà rendu de tels ser-

(1) Dans l'ouvrage de M. le duc d'Aumale, la grande figure de l'Amiral est systématiquement sacrifiée à Henri de Bourbon.

(2) « Y estant entré habillé en demoiselle », dit Barbet (d'Aussy, p. 2-16). — La Popelin., Hist. des troubles, p. 53.

(3) Davila, p. 209. La Popel , 128.

(4) Entre autres : K. 1514, n" 55. Castelnau, p. 536.

vices que Condé et l'Amiral, partant à la rencontre du duc Casimir, n'hésitèrent pas à lui confier le gouvernement de la Rochelle (1) et des provinces de Poitou, Aunis, Saintonge et pays Blayois. Il prit possession de ces charges le 20 février 1569, aux appointements de cinq cents livres par mois. Les lettres des princes qui lui donnaient cette commission spécifiaient qu'elle ne devait porter atteinte aux privilèges du Maire et de la ville, mais qu'ils avaient fait cet établissement « pour certaines considérations d'ung ordre en la nécessité du tems et pour les grandes expériances et capacités dud. sieur de la Noue » (2). En juin, après la mort de son ami d'Andelot, il hérita du commandement général de l'infanterie (3).

Il justifia la confiance qu'on mettait en lui par de rares qualités militaires. Il fit une entreprise pour secourir Niort, et s'il ne réussit pas complètement, ce fut pour avoir eu trop de prudence (4). A Moncontour il faisait partie de l'avant-garde de l'Amiral. Il eut la douleur d'être encore une fois pris par ses adversaires, après avoir vu Colignj blessé si grièvement qu'il le croyait mort (5). Lui-même eût été tué par

(1) Barbot, II (d'Aussy), p. 335.

(2) Id. 337.

(3) Calendars, 1569, n° 296, june 10, Norris to Cecil.

(4) Popelin., p. 207.

• (5) Esp., 1627, 31. Relation de la bataille de Moncontour, 4 cet. a Plus a ditleti. s' conte [de Retz] avoir entendu de Lanoue qui a eatéencores reprins prisonnier qu'il avoyt veu porter l'Amiral à quatre hommes, blessé à mort d'une arquebuzade à travers le corps, qui a esté cause de radoubler la joie de leursd. M'" et à tous les princes et seigneurs de la cour. » On fit habilement répandre ce bruit ; voy. Cal., 456.

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les ennemis, au dire de Hrantôine, sans Martigues, son vainqueur de Jarnac, (|ui dcniaiida la grâce de (t son Hreton ». Il avoua plus tard n'avoir échappé à la mort que grâce à la bonté du duc d'Anjou.

On put voir alors combien la Noue avait grandi en réputation depuis quelques mois. Les deux partis le regardaient déjà comme un grand capitaine. Les Rochelois lui firent l'honneur d'offrir pour sa rançon le célèbre Strozzi. colonel de l'infanterie royale, que le régiment de- la Noue avait fait prisonnier au combat de la Rochelabeille (1). Le cardinal de Lorraine tenta de s'opposer à cet échange en disant « qu'il y avoit en France plusieurs Strossy, mais qu'il n'y avoit qu'un la Noiie ». Pourtant, grâce aux amis du premier, l'échange se fit, et la Noue alla reprendre son poste à la Rochelle, non sans avoir voulu, par un sentiment de délicatesse, attendre, pour jouir de sa liberté, que Strozzi, atteint d'une maladie grave, pût aussi reprendre la sienne (2).

Pendant que l'Amiral essaie, par une marche hardie, de gagner Paris en faisant le tour de la France et en ramassant sur son passage toutes les forces protestantes du Midi et de l'Est (3), la Noue est

(1) Toso., III, 604.

(2) Les Tosc. prétendent que si l'échange tardait à se faire, c'est parce que la reine de Navarre voulait obtenir contre Strozzi, non pas la Noue, mais M. d'Acier. — Davila est le seul à prétendre que la Noue, mal gardé, put s'enfuir I3 lendemain de la bataille : « che per negligenza di qvelli, che lo tenerano prigione, era II giorno seguenti alla rotta fuggito occultamente da loro ». — L'échange contre Strozzi est encore confirmé par jK!.;/;.,1513,n° 137 : a Lanùyel Mos. d'Essi, générales queerande la armada, fueron presos el dia de la batalha, â Lanû han acabado d'embiar ya libre â la Rochela en trucque del coronel ^£strocio ».

(3) Obs., p. 823, « la pelote de neige ».

chargé de veiller sur « l'antique nid » (l)des réformés. Il occupe à la Rochelle une position prépondérante. Il fait partie du conseil établi par la reine de Navarre, et il signe le second, immédiatement après le comte de la Rochefoucauld, sur le registre de l'Amirauté de Guyenne (2).

Son objet est de tenir toujours l'ennemi à distance, de faire sans cesse des sorties, de recouvrer les positions perdues, et de courir le pays pour ne pas se laisser enfermer dans la place. C'est sur lui que repose le dernier espoir des réformés. Car si Coligny ne peut réussir à atteindre les environs de Paris et à obtenir une paix avantageuse, son dessein est de repasser la Loire et de se retirer en Saintonge (3).

La Noue use donc de tous les moyens ; tantôt il s'empare d'une galère royale dans le havre de Brouage ; tantôt il se rend à Rochefort par un canal de marais avec de l'eau jusqu'à la ceinture ; tantôt il marche contre Soubise. Surprise^ force ouverte, tout lui est bon pour fatiguer et écarter l'ennemi. On lui oppose Puygaillard, qui a sous ses ordres des troupes considérables, composées des meilleurs corps du royaume, « les régiments des gardes, les vieilles bandes du Piémont et six cornettes de gendarmes » (4). La Noue apprend qu'un fort voisin de Luçon est presque vide (5), il l'attaque avec 200 hommes de cavalerie et 800 fantassins. Il rencontre l'armée

(1) Davila, p. 251.

(2) Arch. hist. du Poitou, VI, p. 224.

(3) Davila, p. 251.

(4) Cal., 1570, june 20, 1023. M. de la Noue to the card. of Chastillon.

(5) Popelin., p. 384, et la lettre citée ci-deesus.

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de Piiygaillard dans la plaine de Sainte-Gemme. C'est l'heure où les destinées de la g:rande armée de Coligny se jouent en Bourgogne; si le malheur veut qu'elle soit vaincue, il faut qu'elle puisse venir se reformer en Aunis. La Noue, aussi prudent que hardi, craint de compromettre par un combat hasardeux la défense de la Kochelle; même heureux, ce combat aura pour résultat certain d'affaiblir son armée. Il vent se retirer, mais un chef huguenot est obligé de se rendre à l'avis de son conseil ; excités par Puyviault, les chefs décident qu'on se battra. La Noue exécute de son mieux une résolution qui n'était pas sienne, donne sur l'ennemi « avant qu'il n'ait pu mettre ses hommes en ordre, et le défait entièrement, lui tuant ou lui prenant presque tous les capitaines des deux régiments. De plus, il tue 500 arquebusiers et fait 500 prisonniers ». Mais toujours (( humain après la victoire » (1), il empêche les lansquenets de massacrer les prisonniers (2); et dans une lettre qu'il écrivait au cardinal de Chastillon, il se lamentait « sur la mort de tant de braves soldats, gentilshommes et capitaines, et espérai', que le Roi serait amené à accorder une bonne et sûre pacification » (3).

Après cette victoire, il se dirigea sur Fontenay, qui était le principal centre de ravitaillement de l'armée royale (4). Soldat aussi téméraire qu'il était

(1) Cal,, cité plus liant, i^iir cette humanité, voy. Villegomblain, p. 20ii.

(2) Barbot, II, p. 375 et suiv. (d'Aussy). Amir., d'Aubigné et Popelin. (3; Cal.

(4) Esp. 1516, n° 2. Fr. de Alava au duc d'Albe, 3 juill. 1570. «Los de la Rochela, Lanù que es la cabeça d'ellos, ha tomado una villa que

sage général, le siège ne va pas assez vite à son gré. Sous les balles, il cherche un endroit convenable à y asseoir ses batteries. 11 reçoit dans le bras gauche 1) une arquebusade qui brise l'os. Les chirurgiens déclarèrent bientôt que la gangrène s'y était mise et que la vie du blessé était en péril. Le peuple de la Rochelle (2) fut consterné, et c'est Jeanne d'Albret ellemême « qui luy voulut tenir le bras alors qu'on le luy coupoit ». La Noue s'était d'abord refusé à cette opération, non par crainte de la douleur, mais pour ne pas vivre inutile à la cause. Un habile ouvrier lui fit un bras de fer avec lequel il pouvait manier son cheval. De là vint le surnom qui ne le quittera plus.

Grâce à cette opération, il peut remporter de nouveaux succès, il s'empare de Niort, de Marennes, de Soubise, de Brouage, de Saintes. L'Aunis, la Saintonge, le Bas-Poitou sont placés sous son commandement. Le baron de la Garde est forcé de se retirer avec ses galères de Brouage sur Bordeaux, et Puygaillard de s'enfermer dans Saint-Jean-d'Angély (3).

Lorsque se conclut la paix de Saint-Germain, François de la Noue était devenu un grand personnage. On savait qu'il était l'ami et le second de Coligny, le favori de la reine de Navarre, le conseiller des deux jeunes princes de la maison de Bourbon. Aussi le président de Thou lui avait-il écrit pour le

Be Uamma Fontane, donde tenîa este Rey todas las municiones del Santonge. »

(1) Amir. 63, Popel.,384. Cal., 1571, n- 1107, july 22, Norris to Cecil.

(2) Barbot (d'Aussy), II, 376.

(3) Castelnau, 551 et suiv.

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prier d'usor de son inlluence en favenr de la paix (1). Au mois do mars, il est député par ceux de la RelijjHon pour aller, conjointement avec Cavagnos et Téligny, solliciter en cour l'exécution de l'édit. Le Roi, alors à Angers, vint au-devant de la députation, qui était conduite par le sieur de Biron. Tout souriait aux protestants. A ce moment unique, l'influence de Coligny était toute-puissante, on ne parlait que de « jetter la guerre du dedans au dehors (2). » Les futurs exécuteurs du patriotique projet de l'Amiral furent, à la grande indignation de l'ambassadeur espagnol, nommés par le roi chevaliers de son ordre, et parmi eux la Noue (3).

Après avoir reçu cette précieuse distinction, il retourna à la Rochelle, auprès de Jeanne d'Albret. Il y conféra, en 1571, non plus seulement avec le comte Ludovic de Nassau, mais avec Gian Galeazzo Fregoso, émissaire du grand-duc de Toscane (4). Le prince florentin, en négociation à la fois avec le Roi et Catherine d'une part, avec les huguenots et en particulier avec Téligny de l'autre, voulait entraîner les Françaisà servir ses projets contre l'Espagne (5).

(1) Il semble mêlé à des négociations de paix dès janvier 1569. Voy. Arch. hist. du Poitou, lettre publiée par M. Ledain.

(2) £sjf., K. 1517. Fr. de Alava au duc d'Albe. Angers, 26 mars 1570 (V. st.) « Virôn ha llegado de la Eochella,y Teligni y Beaovoe8(Amir. dit Cavagnes) y Lanoue que son los diputados. Este Eey va siete 6 ocho léguas de aqui à esperarlos, y seran dentro de seis dias con él... »

(3) Brantôme, VAdmiral de Chastillon : « Je sçay bien aussi ce que m'en a dit M. de la Nolie. »

(4) Esp., 1520, n» 31. Paris, 30 juin 1571 :a Siete gentileshombres hugonotes de los mâs particulares hereticos y rebeldes ha hecho este Rey chr™° de su orden, y entre ellos Lanû, Chanlis... ».

(5) Tosc, III, 648, 665 et 669, La Huguerye (liv. T') prétend que

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La guerre ne devait pas être limitée aux Pays-Bas. Des alliances devaient être conclues contre l'Espagne et l'Empire avecl'Angleterre, les princes allemands, Venise, même avec le pape et aussi le Turc. A en croire l'ambassadeur toscan, les Rochelois auraient approuvé de tout point le plan du grand-duc, et c'est la Noue qu'ils auraient chargé d'aller y convertir le Roi.

Ce n'est pas tout à fait de cette façon que l'ambassadeur espagnol, qui semble pourtant tenir ses renseignements de très bonne source (1), expose le rôle joué par la Noue dans ces conjonctures.

La Noue poursuivait à la fois deux négociations fort délicates. L'une avait pour objet le mariage de Henri de Béarn avec Marguerite, l'autre la guerre de Flandre. En juillet, Briquemaut, Téligny et lui furent reçus par le Roi, eu grand mystère, à un rendez-vous de chasse. Dans cette entrevue, nous savons qu'il fut question du mariage. Le roi notam-

Coligny se défiait de Frégose, mais celui-ci « persuade les s""' de Téligny et de la Noiie, jeunes et désireux d'honneurs. »

(1) Egp., 1529, n» 17. Villetes del renegado â D. Diego de Çuniga. 19 juillet 1571 : a Que eamedy dernier le Roy se trouvant avecques bien petite compagnie (devant midi) en un chasteau appartenant à M™«de Moy, nommé Lumigni, où ayant esté bien longtemps, au sortir avant monter en coche il dict aux laquays et ceux de sa suytte qu'ils dissent tous qu'il avoit esté au vol des perdreaux, et si quelqu'un disoit aultrement qu'il le feroyt pendre... Aincy ce gentilhomme nous fist premier promettre de ne sonner mot à personne, puys nous dict qu'il y avoit lors auxdits lieux entre aultrcs le s' de Biron, de Briquemon, Teligny, la Noiie et surtout uug qui n'at pas esté en cour et n'a pas retenu le nom, lequel estoit envoyé de la Rochelle avec ample commission de la reine de Navarre et le prince son fils. En vertu de laquelle et en présence de ceux que dessus il fust traycté des articles secrets du mariage de Madame seurre du Roy avecques led. prince de Navarre. » M°>"= de Moiiy, c'est-à-dire Marie de .Juré.

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mont consentit ;\ ce que sa S(eiir se fit hiigiienoto après le mariage (1). Il promit do ne pas s'opposer « au recouvrement du royaume de Navarre, en cas que le roy d'Espagne ne veuille se submettre à débattre ». Peut-être aussi (mais plus secrètement encore, puisque le renégat qui tient au courant de tout les Espagnols n'en a pas eu vent) s'entretint-on dès lors du grand projet de guerre contre Philippe II. Ce projet fut mis en délibération quelques jours plus tard, le 7 août, dans une réunion extraordinaire tenue entre Biron, Téligny, Briquemaut, la Noue, Chièvres, membre du conseil privé, Gian Galeazzo et l'ambassadeur florentin (2). Téligny, gagné aux

(1) Lettre ci-dessus. La Hugucrye, I, p. 25, parle aussi de cette conférence de Lumignyet affirme que le comte Ludovic s'y trouva. Le renégat le nie : « car l'ung disoit que c'estoit l'Amiral quoyqu'il soit à la Rochelle, l'autre le compte Loidevick, mais j'estois asseuré qu'il s'embarqua le quatrième de ce moys >>. Il est vrai que cet embarquement était une feinte (Barbot, II, 191). Mais la Huguerye, qui fait venir aussi à Lumigny la Reine mère et Montmorency, paraît avoir confondu les dates de plusieurs conférences. Il place celle-ci avant Pâques (p. 26) ; or elle est de juillet.

(2) Cette conférence nous est rapportée dans une pièce d'un intérêt capital. £sp., 1520, n» 49, Fr. de Alava au duc d'Albe, 8 août 1571. Le titre de cette pièce mentionne la présence à cette réunion des sept personnes nommées ci-dessus. D'où vint l'indiscrétion ? Voici les passages essentiels : a Ayer muy demanana se jontaron Virôn, Lenue y Telini, y Briquemon, y despues de haver estado quatre horas platicando encerrados en una câmara, embiaron â Uaraar â Juan Galeazzo . — Aqui [après le discours de Téligny] bravearon los otros quatro hereticos, pero Lanœ dixô que la verdad era que la Reyna no estava para emprender nada este aùo ; que por el venidero aun se podria tramar algo ; que era guerraque se havia de hazer con mucho fondamento, la de los Paysses baxos, e yr poco ateutos (^sic) â la indignacion de aquel pueblo, que era todo de massa y las cabtças de la noblezatodas acabadas, la mayor parte de los presidios muy bien encastilladoq, de manera que quiça de toda la infanteria spanola se podria servir V» Ex", y las espaldas paestas en Alemannia, donde con la reputacion de Su M** y de V' Ex" tendria toda la cavalleria ; que

projets du grand-duc de Toscane, parla avec chaleur pour la guerre générale. Les huguenots applaudirent, mais la Noue leur fit entendre les conseils de la sagesse. Il y avait, d'après lui, de fortes raisons pour ne pas commencer la guerre cette année même. La Reine-Mère n'y semblait guère disposée. Dans ces Pays-Bas où devait se porter l'effort des armes françaises, le peuple était privé de ses chefs, décapités ou en exil, les places bien fortifiées et occupées par des garnisons; le duc d'Albe avait à sa disposition presque toute l'infanterie espagnole et les reltres d'Allemagne. Le roi de France, les huguenots, le prince d'Orange manquaient d'argent. Le grand-duc promettait un million ; mais c'étaient promesses en l'air, et fussent-elles vraies, il n'y aurait pas là pour deux jours de campagne. Il ne fallait pas compter sur la reine d'Angleterre, trop occupée à maintenir son Etat pour entrer dans une guerre contre l'Espagne. Enfin, on était au mois d'août, l'année était déjà si avancée que « c'était perdre

este Rey y la parte hugonota tenîan poco dinero, y menos cl Pe de Oranges ; que lo que cl Duque de Florencia prometla, aunque lo mantuviesse (questo mas que se podia dubdar) no era para dos dias ; que el million que offrescia ténia todo del vano ; que la Reyna de Inglaterra harto haria en conservarse como hasta aqui sin ayudar contra el Roy catholico, que no podria ser secreto ; que enfin ya este afio estava tan adelanteque nohavia que perdertempo en pensar que en él se pudiesse hazer cosa alguna ; y el Almirante séria de tel paresçer . . . » Il est étrange que l'ambassadeur de Toscane, présent (si nous en croyons l'en-tête de cette lettre) à la conférence, n'ait pas jugé à propos d'aviser son souverain de ce qui s'y était passé. Il semble pourtant bien (T'ose, III, p. 760) que la Noue s'était opposé aux projets du grand-duc, puisque, en avril 1572, il jugea nécessaire de s'en excuser auprès de l'ambassadeur, en alléguant le peu de confiance que lui avaient inspiré les paroles de la reine-mère. ,

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temps que penser y faire quoique chose ». Il ajoutait que l'Amiral serait tlo son avis (1).

Cet avis l'emporta. La Noue n'avait pas voulu mettre le royaume en danger pour servir les intérêts de son parti et se couvrir d'une nouvelle gloire. Mais la guerre de Flandre n'était qu'ajournée, et l'on préparait déjà une expédition pour l'année suivante. Le comte Ludovic était, presque à la môme date, secrètement reçu par le Roi et laReine-Môre (2) et établissait avec eux un plan de partage des Pays- Bas. D'après d'Aubigné, la Noue fut admis à cette conférence, qui se tint « aux jardins de Blois (3) ». Le Roi, gagné par eux, « remit tout à l'Amiral, lui mandant qu'il estoit temps d'envoyer à la recognoissance des Indes (4) ».

Tout semblait sourire au Bras de Fer. Il avait épousé Marguerite de Téligny, qui lui avait apporté en dot, outre plusieurs terres situées en Rouergue et en Languedoc, l'antique et riche fief de Montreuil- Bonnin, le château de Mélusine et de du Guesclin, qu'elle tenait de sa mère Aréthuse, dernière descendante de l'illustre famille écossaise des Vernon. Un autre mariage contracté entre Charles deTéligny (5),

(1) La Noue se trompait, à en croire Popelin. Ilist. de Fr., II, p. 44,

(2) Cal., 1571, n" 1920, aug. 12, Fr. Walsingham to Burghley.

(3) D'Aubigné, Hisl. univ., II, p. 5. « Le Roy fit venir a luy desguisés et en secret... »

(4) Cal., li)21, sur le pouvoir de l'Amiral.

(5) Le Bict. de la noblesse, Poli, op. cit., ont confondu les deux Téligny. Louis (Arcli. nat. Ri n° 212) avait épousé en 1554 Aréthuse de Vernon, veuve de Claude de Villeblanche, qui lui apporta en dot Montreuil-Bonnin. Son fils Charles, mort à la Saint-Barthélémy, était le beau-frère de la Noue. Jd. : « feu messire Charles de Thelligny, oncle dvd. «r» (Odet), et « feu messire C. de T., leur oncle ». D. Fonteneaa, LXVI, p. 473, « mo7i frère de faictet d'armes le s' de Téliguy ».

frère de Marguerite, et Louise de Coligny, la propre fille de l'Amiral, devait encore sceller l'amitié qui rattachait la Noue à la maison de Chastillon (1). Le Roi lui témoignait sa faveur en le nommant gentilhomme ordinaire de la chambre. Il était l'un des quatre personnages chargés par la reine de Navarre de régler définitivement, de concert avec quatre délégués du Roi, les points relatifs au mariage de son fils (2). Un prince de la maison d'Orange le réclamait pour son second. Il allait avoir l'honneur de chasser l'Espagnol des Pays-Bas et la guerre civile de France (3) .

Eclaircissement sur le domaine de Montreuil Bonnin.

Voy. sur Montreuil-Bonnin.D. Fonteneau,t. LXII,'p. 915 : « Mémoire instructif... pour Mme de Courtomer » (M. de Saint-Simon-Courtomer épousa une de la Noue en lCi6), et F. Dupuis, Notice historique sur le château de M.-li. (Poitiers, 1837), écrit dans le style du temps.

Ce château, dont la légende attribue la fondation à Mélusine, et qui appartint successivement à Aliénor d'Aquitaine,

(1) Voy. le contrat. (^Arch. hist. Saint, et Aimis, t. VIII.)

(2) Toge, III, 759, 30 avril 1572.

(3) Ces belles espérances ne tardèrent pas à être gâtées par de nouvelles tentatives des catlioliques contre les protestants. Le Roi luimême semble avoir vu d'un mauvais œil les préparatifs de guerre. A'sp., 1521 , n» 7. Précis des nourelles qti ifaisoiejit croire à vne guerre sur la frontière de Picardie [1572]. « Le Roy estant venu à Paris par la poste fist venir le 23* de juing lemareschal de Montmorency de l'Ille Adam, où il estoit, affin qu'il s'informast diligemment d'où procédoient les bruitz de guerre qui estoient semés partout, principalement vers la Picardie, et qu'il avoit à ces fins mandé ceux de la Religion qui en dévoient savoir quelque chose, comme les s" de Briquemon, Coligni, la Noue, Genly, Eonni et aultres, lesquelz estant prié par led. mareschal comme ayant commandement du Roy qu'ils dissent à

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ù RiclKird, à Alphonse tlo l'oiticrs, au lîoi, h Vernoii, aux Télii^ny et au l:i Noue, s'élève sur un petit nïontioulo, situé un pou au N. tlo la Uoivro, à 18 k. à l'O. de roiliers, à W k. au N. de Lusi<^n.in. Les ruines en sont encore intéressantes. Le mur d'enceinte et le fossé existent presque entiers, do mémo que la poterne. Près de l'entréo se trouve un corps de loj;i3 do la lin du xv" siècle, à deux ailes, dont l'une a été détruite; mais l'aile orientale et le principal corps sont encore habités ; ilsont conservé leurs baiessculptées (1). Cotte partie du château a du être construite parles Téligny, et servir de résidence à la Noue. Plus à l'O. existent les restes d'un autre corps de logis, plus ancien, encadré de deux tours, et dont il reste, entre les deux tours, une élégante fenêtre à double baie, à colonnettes. C'est un peu plus loin encore que se trouvent les ruines du célèbre donjon où fut enfermé, au xiii® siècle, d'après une inscription hébraïque encore lisible, le pauvre juif Simon de Basle. Il reste encore quelques arceaux de la voûte, des cheminées, les pierres d'attache des planchers des deux étages supérieurs ; tous ces débris attestent que le donjon fut restauré au xv» siècle.

Au N. s'ouvre sur le plateau une grande porte fortifiée, en parfait état de conservation. Dans la tour de l'Ouest s'est incrusté un boulet de pierre qui a fait rayonner la pierre du mur en éclats. C'est sans doute un des fils de la Noue qui

la vérité ce qu'il estoit de tel faict » — répondirent « que s'ensouit ') : ils se plaignent que les catholiques violent ledit, témoin les massacres de Rouen et d'Orange. — Ces mouvements a sur la frontière de Picardie » étaient sans doute les préparatifs de la guerre de Flandre. Il est étrange que le Roi s'en soit ému. Peut-être voulait-il donner le change à l'ambassadeur espagnol ; c'est ce qu'on peut conclure de la lettre écrite par le Florentin le 28 mai 1572 (^Tosc., III, 778j. Le Roi sait tout, « potendosi sempre saltare con dire, corne fà all'ambasciatore di Spagua, che questi hanno preso Parmi contro di lui ». Au besoin il déclarera rebelles i ou 5 chefs « como M. de la Noue, genero delPAmmiraglio {sio). bravissimo uomo, M. de Montgomery e Genlis ». — Ce qui fortifie cette hypothèse, c'est que Montmorency, qui figure plus haut, était spécialement chargé, d'après la Huguerye, I, p. 27, de négocier PafEaire de Flandre avec Briquemaut, la Noue et Téligny.

(1) L'une d'entre elles refaite au xvili* siècle.

après avoir repris sur les ligueurs le cliâteau de son père (nous savons, en effet, que les ligueurs s'en emparèrent à trois reprises), lit retravailler avec soin les éclats de pierre, et graver au-dessous cette inscription : VLTIMA : RATIO : REGUM : 1593. — Nous avons vainement cherché, dans le château et dans le cimetière de Montreuil, les sépultures de la famille.

En face du château, sur la rive gauche de la Boivre, s'étend une vaste étendue boisée, qu'on appelle encore le Parc de Montreuil-Bonnin. C'est l'ancien fief pour lequel la Noue devait prêter au Roi le serment d'hommage. Ce fief relevait de la Tour Maubergeon, à Poitiers.

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