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que nous pourrons, sur pros([uo tous les autres, mettre aisément d'accord — présentent de notables divergences, ou plutôt le récit catholique est totalement difl'érent des deux récits protestants.
Le témoin suivi par S. Goulart s'étend trôs peu sur ces préliminaires. La Noue, dit-il, eut avec les échevins une entrevue à Tasdon ; il s'acquitta loyalement de la promesse qu'il avait faite au Roi ; il remontra aux Rochclois qu'il était dès longtemps leur ami, qu'ils pouvaient croire à sa parole, et il se porta garant de la paix. Puis il leur « donna un salutaire conseil ». Quel conseil? Le chroniqueur ne le dit pas. Pour toute réponse on lui offrit le commandement des troupes rocheloises. Il crut que cette charge le mettrait à même de satisfaire à la fois le Roi et les Rochelois : le Roi, parce qu'il espérait bien ramener la ville à des sentiments pacifiques ; les Rochelois, parce qu'en mettant leur armée sur un meilleur pied, il pourrait leur obtenir une paix plus avantageuse. Mais il ne voulut rien décider sans avoir été rendre compte de son ambassade à Biron, qui était à Saint- Jean-d'Angély. « Ensuite il revint à la Rochelle, où il se porta tellement, quoyque ses ennemis Tayent calomnié, qu'après Dieu il a esté un des premiers instruments pour conserver ceste ville-là (1). »
(1) Ce récit est évidemment trop simple. On trouve dans les Eeg. de l'hôtel de ville de Saint-Maixent (copiés dans D. Fonteneau, LXVI, p. 471), c'est-à-dire d'une ville voisine : « Le 14 novembre nous sçumes que M. de la Koue 7i'avoit entré dans la Rochelle, au moyen de ce que ceux de dedans ne luy vouloient bailler ostages de sa personne. Bien luy mandèrent que s'il vouloit entrer il y seroit le bienvenu, par
Amos Barbot (1) est plus explicite. Il va nous permettre de préciser les indications vag-ues du premier récit. 11 nous montrera surtout le rôle joué en cette affaire par le Conseil de la Rochelle et par les ministres. La Noue, arrivé en Saintonge, charge un pasteur et le nommé de Teilles d'aller en aviser le maire et les gentilshommes réfugiés dans la ville. On lui assigne comme lieu de rendez-vous le bourg de Tasdon. Les pasteurs réfugiés « estimant tellement de sa piété et zèle qu'il avoit à la conservation des églises que quand ils le requerroient de défendre la cause de Dieu et desd. églises en ceste ville, il y de meureroit... », demandent et obtiennent l'autorisation d'aller le trouver, sans doute avec les délégués de la ville.
La rencontre eut lieu le 17 novembre. La Noue « exécuta la charge qui luj estoit imposée du Roy avec toute fidélité, représentant les raisons qui luy estoient mises en mémoire, assura ceste ville de la part de Leurs Maj estez que, recepvant à gouverneur le seigneur de Biron, et se portans bons et loyaux subjects, que la liberté de religion leur seroit continuée en ceste ville, leurs privilèges confermés ». Malgré le silence de Barbot, il est permis de croire que, trop peu confiant lui-même en la parole royale, la Noue ne mit pas dans ses discours une chaleur très persuasive ; le fait est qu'il ne persuada point. Ils le conjurèrent « de leur donner conseil selon ses
quoy l'on disoit qu'il n'y avoit espérer de leur réduction volontaire au Roy ». Exact ou non, ce renseignement atteste qu'à tout le moins il y avait eu dcb difficultés.
{l, Msj. 18.961), £• 222.
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sentimons particuliers. » No pas répondre eût été aider ;\ les faire tomUer dans le pic'^g-e que peut Atrc on leur tendait. Son serment n'allait pas jus(iue-lù ; il avait ni(^inc posé à cet égard des réserves très expresses. Il leuroonseilla « de ne rien faire qu'avec bonnes assurances ». Les Rochclois entendirent à demi-mot, refusèrent Biron et demandèrent au Roi un gouverneur huguenot. C'est la Noue qu'ils désiraient (1), mais celui-ci était tenu par ses engagements envers la cour. Il alla consulter Biron et Gadagne. — Il ne voulait non plus s'engager dans une affaire aussi grave avant d'être complètement éclairé sur ce singulier cas de conscience : le 23 novembre,entre les deux portes Saint-Nicolas, il conféra avec les pasteurs; leurs raisonnements triomphèrent de ses derniers scrupules et il entra en la ville, « dont tous les habitants furent grandement resjoujs ». Le 28 il fut admis au conseil et prêta au Maire le serment accoutumé.
Tout autre et bien plus dramatique est le récit de Cavriana, récit copié par tous les écrivains postérieurs (2). A l'en croire, lorsque la Noue se rencontra au bourg de Tasdon avec les échevins, ils déclarèrent qu'on les avait trompés, qu'ils ne voyaient pas là M. de la Noue. Celui-ci;, étonné, demande ce qu'ils veulent dire. Ils finissent par avouer qu'ils ont bien connu un M. de la Noue, qui les conduisait bra-
(1) Cal, 18 déc. 1572, 669, Walsingham to Burghley « .. S'y , that instead of de Biron they may hâve la Noue as governor ».
(2) De Thou et, d'après lui, d'Aubigné et Amirault. La Popelinière seul reproduit l'autre tradition ; il parle, comme Barbot, de la conférence avec les ministres.
vement à l'ennemi, mais jamais celui-là ne leur aurait conseillé d'abandonner leurs frères et de se livrer aux massacreurs. Il leur témoigna toute sa douleur d'être si mal jugé par d'anciens amis. Ils revinrent le lendemain, après en avoir conféré avec ceux de la ville. Ils consentirent à le reconnaître pour le même la Noue qu'ils avaient vu l'an passé et lui donnèrent le choix entre trois choses : une maison et des biens, s'il voulait vivre dans leur ville en homme privé ; un vaisseau pour le conduire en Angleterre ; le commandement des troupes rocheloises. Après avoir pris l'avis de Biron et de Gadagne, il se décida pour ce dernier parti; il espérait ainsi « mieux obéir à la volonté du Roi (1). »
Si séduisant que soit ce récit, il y a de fortes raisons pour que nous le jugions suspect. — Comme l'a déjà fait remarquer l'éditeur de Cavriana (2), cette tradition ne se rencontre dans aucun écrit antérieur à la publication du de Obsidione Rupellœ commentarius, tandis que tous ceux qui ont paru depuis la reproduisent servilement. Nous ajouterons que les deux autres témoins étaient à la Rochelle, que l'un d'eux rapporte soigneusement les moindres actes du
(1) « Ut régis voluntati commodius inserviret. » — Reg. de Saint- Maixent : « Le lundy 22 M. de la Eicherie me dit céans avoir parlé à un homme qui s'étoit dérobé de la Rochelle, qui lui dit que le maire seul y commandoit. Il y avoit plusieurs gentilshommes au dedans qui en voudroient, ensemble les autres es! rangers, estre hors. Mais néantmoins qu'ils avoient avec ceux de dedans même M. de la Noue, qui y étoit cniié po\tr le Roy, fait serment et signé d'y vivre et mourir, et de ne rendre la ville an lîoy. » Voilà comme les événements étaient jugés à quelques lieues de la Rochelle. Mais peut-être en était-on trop près pour les bien conaître.
(2) Délayant, dans sa préface.
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Conseil de ville : comment une délibération d'un genre aussi ôtrango que celle qui, dans l'hypothôse de Cavriana, dut précéder la première entrevue, comment aurait-elle pu lui échapper ? Enfin la présence de ce morceau dans \q Commentaire n'est pas sans explication : c'est une de ces infidélités brillantes comme s'en permettent les imitateurs de l'antique. Je ne jurerais pas que le médecin de Catherine, grand faiseur de discours historiques, n'a pas arrangé, sinon forgé toute cette petite scène. Le fait qu'Amirauli a suivi cette tradition pourrait, il est vrai, lui donner la valeur d'une tradition de famille. Mais Amirault, ici comme en plus d'un passage, ne fait que traduire de Thou^ et cesse par conséquent d'être une autorité.
En dépit de ces divergences, deux points essentiels ressortent de la comparaison de ces trois sources : 1° la Noue accepte l'offre des Rochelois parce qu'il y voit un moyen de rétablir la paix. La ville refusant de recevoir Biron et demandant un autre gouverneur, il estime qu'il vaut mieux, dans l'intérêt du Roi (1) comme dans celui des huguenots, que ce soit lui qu'un autre ; — 2° ce parti, il ne le prend qu'après en avoir conféré avec les agents du Roi. Et l'historien catholique, pas plus que les deux protestants, ne laisse entendre que Biron et Gadagne aient blâmé sa conduite. 11 semble qu'eux-mêmes l'aient déchargé, en raison des circonstances, de la promesse qu'il avait
(1) La chose est ainsi jugée par les étrangers. Les Anglais, qui avaient des vues sur la Rochelle, s'en affligent. Les Toscans s'en réjouissent et, en vrais Florentins, s'imaginent que la Noue a vendu les siens au Roi.
faite « d'aller et de venir p , Il est donc strictement resté, à cette date, dans les limites de ses engagements.
Entré dans la ville, il prit le commandement des troupes rocheloises. Craignant que le peuple ne conservât encore quelques soupçons contre lui, il prononça, dans la maison commune, une harangue dont un auditeur nous a conservé le début (1). « Venant de la part de notre Roj, dit-il, pour vous porter à tous bonne parolle et nouvelle, je crains grandement, Messieurs mes concitoyens et compagnons, par lesquels j'ay esté reçu en mesme ville avec tous les sieurs de notre alliance aux derniers troubles, que quelqu'un aye conçu quelque mauvaise opinion de moy et pense que je soye ici venu pour destruire la mesme cause que j'ay débatue avec vous. » 11 se défendait en déclarant qu'il se sentait a bien honoré de porter toute sa vie les marques deshazards etinconvéniens de cette guerre. » — 11 me semble qu'en parlant ainsi, la Noue devait les montrer, ces marques glorieuses ; et s'il ne le faisait pas, tout son auditoire voyait ce bras de fer qu'il portait depuis Fontenay . — Il n'y a, continuait-il, que des esprits à courte vue pour croire « que j'aie oublié toute piété, et sans regretter tant de bons chevaliers et capitaines, nos bons sieurs compagnons et amis, meurtris par les
(1) Reg. de Sainl-Maixent (ap. Pontencau, ib., p. 413) : «le mercredi 14 janvier 1573 me fut baillée une copie de la harangue que l'ondisoit avoir été faite par le s' de la Noue sur le contenu de sa légation aux Rochelois, en la maison commune de la Rochelle, le 27 novembre dernier, dont la teneur s'ensuit. » On y retrouve les idées et mê-me l'accent de la Noue. Les incorrections mêmes qui rendent certains passages inintelligibles garantissent encore l'authenticité de ce fragment.