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Cime 55 piquiers, « tous ayaiis corceletz (1) », 20 moiisquotaircs et IK) arquebusiers. Parmi ces troupes, il avait soin de glisser le plus possible de gentilshommes (2), chargés d'exciter et de diriger le courage des bourgeois. 11 les soumettait à des revues fréquentes. Enfin, pour que l'armée conservât son caractère huguenot, et qu'elle s'abstînt de la picorée, la Noue ordonna que les trois ministres de la ville et les cinquante-quatre ministres réfugiés à la Rochelle fissent la prière dans les compagnies.
A peine Biron avait-il recommencé les opérations du siège, aux premiers jours de décembre, les assiégeants purent s'apercevoir que la Noue était dans la place. On croyait communément que les Rochelois étaient « au bout de leur rollet (3) ». L'armée royale s'était emparée de Marans et se préparait à un assaut en règle (4). Mais la situation changea rapidement. Plus de ces sorties en masse et au hasard qui ruinaient et effrayaient la milice urbaine. Ni son humanité ni son habileté ne permettaient à la Noue de prolonger ces boucheries inutiles. Tous les jours il faisait quelque sortie, mais avec sa noblesse et un petit corps de bourgeois, afin d'accoutumer ceux-ci au feu et d'empêcher l'investissement de se resserrer. Il dirigeait aussi des expéditions navales contre la Caraque : c'était un vieux navire hors d'usage, au moyen duquel le baron de la Garde,
(1) Amir., p. 79. Barbot, £«241. Sur ces idées chères à la Noue, voy. plus bas V, § 3.
(2)Id., ibid.
(3) Brantôme, d'après la Noue lui-même.
(4) Sur les opérations, voy. l'excellent résumé de Genêt.
devançant le projet de Richelieu, tentait de fermer la haute mer aux Rochelois.
II employa les femmes au service des ambulances. Elles travaillaient même avec courage à la construction de remparts improvisés, simples bastions de terre que la Noue élevait au fur et à mesure des besoins de la défense. L'un d'eux en garda le nom de boulevard des Dames.
Grâce à ces sages dispositions, il put non seulement tenir contre l'ennemi, mais même le battre en plusieurs rencontres. Le propre frère du roi, Henri d'Anjou, vint en grande pompe prendre le commandement des troupes royales, et s'établir à Mauzé. Il amenait avec lui la première noblesse de France, son frère d'Alençon, les deux jeunes princes de Navarre et de Condé, les ducs de Guise, d'Aumale, de Longueville, de Bouillon, de Nevers, de la Rochefoucauld, une immense armée contre 3,000 hommes (1). Tous ces eiForts restèrent vains. D'Aumale fut tué, Henri blessé, et la ville ne fut pas prise. 20,000 hommes, si l'on en croit un catholique (2), trouvèrent la mort dans ses fossés. L'impulsion nouvelle donnée par la Noue à la défense était si énergique que, même après son départ, la ville tint encore trois mois. Elle continuait à résister quand on lui olïrit la paix.
Ainsi la Noue avait complètement réussi dans la première partie de la tâche qu'il s'était imposée : défendre la Rochelle. 11 n'en fut pas de même de la
(1) 3,100, d'après les calculs de Geuet.
(2) Brantôme.
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seconde : conclure la paix entre la ville et le Roi. Dos (lilïlcultés sans noinhro lui furent siiscitôos, au dedans comme au dohors do la jdace. Il sentit ))ientôt criellemcnt l'éiuivoiiue de sa situation. On comprend qu'il ait dit un jour ii un catholii^ue prisonnier, aprt>s lui avoir fait confidence do ses tortures morales : K J'aimerais mieux recevoir une balle dans la bataille, puisque je ne puis échapper autrement au soupçon de perfidie » (1). Plus d'une fois on le vit s'exposer aux coups de l'ennemi comme s'il cherciiaii dans la mort le seul remède à ses maux. Mais les balles frappaient ses voisins, et le laissaient avec les scrupules de sa conscience délicate (2).
Il était bien malaisé de ne pas faillir dans la position étrange et glissante où il s'était laissé mettre. La cour le pressait sans cesse de ramener les Rochelois à l'obéissance. Mais les embarras que lui suscitaient ses ennemis n'étaient rien auprès de ceux qu'il rencontrait dans la Rochelle. Il n'oubliait pas la promesse qu'il avait faite au Roi de s'employer loyalement k ramener ses coreligionnaires à l'obéissance, si bien que sa conduite excitait le dépit des étrangers protestants, et passait aux yeux des catholiques pour une œuvre de profonde astuce (3). Il faisait bravement la guerre, mais toujours avec l'espoir d'arriver à la paix .
Or il y avait à la Rochelle un parti de la guerre à outrance. Il se composait surtout des gens du peu- Ci) Cavriana rapporte une conversation entre la Noue et Sainte- Colombe.
(2) Tous les témoins rapportent ce détail significatif.
(3) Cal., dec. 17, 667, Occurrents from France. — Tosc., même date.
pie, jaloux des gentilshommes établis dans la ville, et des ministres, surtout des ministres réfugiés, qui excitaient les bourgeois par leurs prêches. Ce parti sacrifiait volontiers à ses passions religieuses ses devoirs envers la patrie. Ses yeux étaient tournés vers la grande reine protestante ; à vrai dire, c'était un parti anglais (1). Son chef occulte était Montgommery, envoyé en Angleterre pour demander des secours à Elisabeth, et qu'on avait essayé d'opposer à la Noue en janvier
Le 12 novembre 1572, c'est-à-dire peu de temps avant l'entrée de la Noue à la Rochelle, ce parti était déjà devenu si puissant dans la ville que les échevins avaient écrit à la reine d'Angleterre une lettre où ils s'intitulaient ses « très humbles, très obeissans fidelles subjects et serviteurs ». Ils la suppliaient de ne pas « tenir la ligue à ceux qui veulent exterminer vostre j^euple de la Guyenne^ qui de toute éternité vous appartient et vous est subject; de quoy vostre dite Majesté luy faict encore cest honneur d'en porter les armes ». Poussant plus loin encore leur fureur sectaire et séparatiste (songeons que cette glorieuse cité s'était, pendant la guerre de Cent Ans, librement donnée à la France), ils allaient jusqu'à prononcer ces paroles : « Ils consacreront [les habitants] et exposeront librement leurs vies et biens pour vous recognoistre leur Roy ne
(1) Peut-être est-ce alors que la ville emprunta de l'argent à « la très fameuse et renommée cité de Londres », dette dont elle demande à être déchargée par une lettre du 26 déc. 1579. — Calig., E. VII f° 135 v°. — Le Br. M. et le P. R. 0. possèdent d'ailleurs de nombreuses lettres rocheloises.
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souveraine et Princesse nalurella » (1). Ils étaient, on le voit, sur une pouto clan^oreuso, qui avait déjà comUiit Coligny et Coiulé au coupable ti'aité de 15()2. LaiNouc résolut de ne s'y pas aventurer. 11 refusa a au péril de sa vie » de consentir à ces négociations criminelles (2).
Malgré l'ouverture des hostilités, la cour cherchait sans cesse à renouer les relations avec les rebelles. C'est surtout dans ces circonstances que la Noue était à la gêne : chaque fois qu'il avait eu une conférence avec les chefs catholiques, il revenait plus persuadé de l'imminence de la prise de la ville, et de la nécessité de faire la paix, si l'on ne voulait la subir. Mais chaque fois les Rochelois se montraient plus ardents à continuer la lutte.
Dès le mois de janvier 1573, le Roi envoie des lettres à la Noue et aux Rochelois par l'entremise de Gadagne. Mais le Conseil, qui se défiait de toute négociation^ voulut bien recevoir les lettres, non l'envoyé. Plusieurs autres lettres, tant de Biron que de Gadagne, restèrent sans réponse (3). Plus tard, lorsque Monsieur s'approche de la ville, on se décide à lui envoyer une députation. La Noue exprime le désir d'en faire partie. Mais on craint son humeur conciliante, et on donne cette charge à un autre. Le 3 février, le duc écrit lui-même à la Noue ; ses lettres, portées par un roi d'armes, sommaient la Noue
(1) Cal., 1572, 682. Cette lettre est citée en entier par la Ferrière, XVI' siècle.
(2) Tosc, m, 865, 29 déc. « Non ci voile acconsentire, con pericolo délia vita. » A la suite de ce refus, il aurait, d'après ce même texte, été tenu comme en prison.
(3) Bar bot, f 230.
de rentrer au service du Roi, à peine de trahison, « sur lesquelles lettres ny luy ny la ville ne font aucune responce » (1). Est-ce de son plein gré qu'il se décida à laisser sans réponse la missive du lieutenant général ? Ou en reçut-il l'ordre du Maire ? Nous l'ignorons. Le 23, bien que chaque jour le blocus se resserrât, Biron prie encore une fois la Noue de venir « conférer sur les mémoires et instructions du roy, dont estoit porteur le susd. abbé de Gadagne » (2). Mais tandis que l'abbé voulait entrer dans la ville, le Conseil refusait de négocier autrement que par écrit. On finit par imaginer un moyen terme, une conférence « par abouchement et par escript ». Les députés des deux parts devaient se réunir au Moulin d'Amboise ; ceux de la ville avaient seulement mission de prendre connaissance des instructions de Gadagne et d'en référer au Conseil, qui en délibérerait avant d'y répondre. Malgré toutes ces précautions, le peuple récriminait contre cette conférence, et disait que « c'estoit contre l'ordre de l'association ;> (3). La Noue était cette fois l'un des délégués. Il était
(1) Id. 235.
(2) Le texte est dans Barbot, f° 2.36. — Les Esp. semblent croire que c'est de son gré. Ils le considèrent comme un personnage redoutable. K 1531, n» 58, D. de Çaniga à Philippe II, 24 fév. 1573. Il tient ses nouvelles de Gondi lui-môme : « Dixô me tambien que Mos. de Anju aviaembiado â anRs^y de armas â notificar â la Nua que stava en la Rocliela, que dentrode uucve dias se viniesse al servicio del Rey , y sino le declararian por trayior, y que élse reijb mur.ho d'ello, y que estos estan bien congoxados, por que le tienen por hombre de guerra y por de muy buen entendimiento. Pregantole que cabeça ayen en la Rochela mâs que este, dixôme ningun otro ay, pero yo os asegnro que estebaala. »
(3) Barbot. 245.
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do co;ix qui « troiivoient bon (|uo l'on conlinuasl de traic'tor pour ossayor do parvonii';\ la paix, craignant que l'on no succombast on ceste guorro et siôgo, par défault de secours demandé dont on ne recevoit aulcune nouvelle». Mais les pasteurs et le parti delà guerre, c'est-à-dire « le menu peuple et le tiers estât » , l'emportèrent dans la grande assemblée tenue à Saint-Yon le 26 février. Dès ce moment toute paix paraissait impossible. Car la cour ne voulait accorder la liberté du culte qu'à cette ville opiniâtre qui tenait ses armées en échec. Les Rochelois, au contraire, et encore plus les ministres réfugiés, ne voulaient pas accepter une paix qui ne s'étendrait point à tous leurs frères de France. Désespérés, les partisans de la paix firent appel à la Noue. Ils auraient voulu (1) le persuader de sortir de la ville, afin d'avoir un prétexte pour en sortir eux-mêmes. Mais leurs entretiens avec le général éveillèrent des soupçons. Le Maire, les échevins se rendirent à sa maison pour épier ce qui s'y passait, et dès lors il fut soumis à une sorte de surveillance.
L'ennemi s'approchait de plus en plus. Il venait de recevoir des renforts du Languedoc. Le 29 février, un trompette du duc vint sommer la ville de se rendre, « et de plus pour semondre led. sieur delà Noue de venir dans son camp pour parlementer derechef ensemble ». Strozzi devait lui servir d'otage.
Le lendemain, au village de la Font, commencèrent ces importantes négociations qui devaient décider de la signature de la paix, ou de la prolonga-
(1) Barbot 246.
tion de la guerre. Monsieur refusait d'accorder aux Rochelois autre chose qu'une paix particulière. Le 4 mars, les pasteurs firent échouer la négociation. — A la Font, le comte de Retz avait pressé la Noue d'accomplir enfin sa promesse. Les Rochelois semblaient irrémédiablement engagés dans la voie de la résistance. La Noue fit un dernier effort pour les en retirer.
Le lendemain de la rupture des conférences, il parla dans le Conseil de ville. Il leur remontra que toute ville assiégée est une ville prise. Ils ne pouvaient, avec vingt compagnies, lutter contre toute une armée qui se grossissait sans cesse des troupes venues de l'intérieur. Ils n'avaient à espérer aucun secours d'Allemagne, puisque le roi avait fait marché pour avoir des reîtres, ni d'Angleterre, puisqu'Elisabeth parlait d'épouser un prince de France (1). Les conditions qu'on leur offrait étaient honorables. Monsieur leur promettait l'exercice de la religion dans la ville, et liberté de conscience par tout le royaume. Si ces conditions leur semblaient insuffisantes, la Noue était disposé à s'entremettre pour en obtenir de meilleures.
A ce discours sensé les ministres répondirent par un véritable prêche, digne d'un puritain anglais du temps de Cromwell (2). Les Rochelois, dirent-ils,
(1) Dans Barbot, f* 252, c'est le duc d'Anjou qui dit aux envoyés « qu'ils ne debvoient espérer aulcun secours d'Angleterre selon les lettres interceptes qui en estoient tombées en ses mains du sr de Languillier, leur agent et négotiateur pour led. secours ».
(2) Ce prêche original (rapporté par Goulart et Amir.), Cavriana le remplace par une phrase élégante : « ministri popularium animes inclinantes... » On saisit là sur le vif le procédé de l'Italien.