L.V CAMPAON'R OK, l-'IANDIiR ET I.A CAI'TIVITK
d'Orange, l'arcliiduc Matliias le nommait « mareschal général de nostro camp », et mettait sous SOS ordres lî.OOO hommes do troupes françaises et écossaises (1).
Il semblait quo la Noue fi\t enfin arrivé au but île ses rêves. Il allait [)ouvoir réaliser le projet de Coligny. Mais il était dans sa destinée de tenter de grandes entreprises pour être, au moment de l'exécution, trahi par les hommes et par les choses, et de voir une ù une s'évanouir ses espérances. Cette fois, si la joie fut entière, elle fut de courte durée.
Les ennuis lui vinrent de tous côtés, de son armée d'abord. Les bandes qu'il commandait, composées de soldats de toute nation, mal payées, mal disciplinées, vivaient sur le paysan. Dans ses lettres aux Etats, comme dans ses lettres à des Pruneaulx, la Noue ne tarit pas en plaintes contre les pilleries et la picorée. Dès les premiers jours, il est obligé de demander aux Etats que la solde soit payée régulièrement, « qui seroit une grande mesnagerie, espargne et proufiSct au pays (2) ». L'ivrognerie fait de tels ravages qu'il prie les villes de ne plus laisser sortir leur vin. Après une de ces scènes de désordre qui soulevaient son indignation et son dégoût, il menace d'abandonner son commandement : « Quel courage et volonté, s'écrie-t-il en son rude langage, pensez- vous que j'aye à voir continuellement parmy
(1) Ces deux pièces sont citées par K. de Volskaerbeke. A ce recueil il faut ajouter, pour cette période, neuf lettres de la Noue à des Pruneaulx, conservées en original à la B. N. ; quelques-unes ont déjà été signalées et citées en partie par MM. de la Ferrière et J. Delaborde.
(2) K. de V., p. 48.
nous ung haras de p..., les chemins cou vers d'ivrognes et l'air retentir de blasphèmes? o Et il appelle sur de telles armées les malédictions du ciel.
C'était tenter l'impossible que de vouloir ramener ces soldats à l'innocence des troupes huguenotes pendant les premiers troubles de France. Nos compatriotes surtout se distinguaient par leurs goûts de pillage. On ne parle que des « insolences françojses (1) ». Aventuriers au service des Etats, ou soldats recrutés en France par Monsieur, ces picore urs se sont rendus tellement insupportables au peuple (( que depuis Cambray jusqu'à Alons [la Noue le tient d'un témoin oculaire], tant de Françoys que les paysans peuvent attrapper, ils les tuent » . La Noue espérait que cette guerre pourrait refaire l'unité de la race gauloise; c'est juste l'inverse qui se passe : « Voilà les haines anciennes renouvelées contre nostre nation. » Ces Français sont aussi les plus indociles, ils refusent d'obéir aux ordres de leur général, et passent aux ennemis pour piller plus à leur aise (2). Si ce n'avait été par égard pour la Noue, on les aurait tous licenciés ; on lui permit seulement d'en conserver six enseignes (3).
Outré de toutes ces horreurs, la Noue demande avec instance, dans toutes ses lettres aux Quatre membres de Flandre et aux Etats généraux qu'on lui donne peu d'hommes, mais qu'on les paie bien,
(1) Lettres à de>, Pruneaulx.
(2) K. de V., p. 86.
(3) Rossel à Wals. (R. 0. BolL, 10), 28 juill. 1579 : « Le peuple de pardessa apercevant les menées des Françoys sont las de leurs services et entendent qu'ils soycnt licenciés. Toutefois pour complaire à M. de la Noue ils ont consenti qu'il en réserve six enseignes. »