‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 27 sur 46 · LA CAMPAQNK DH FLANDRE ET LA CAPTIVITI · texte numérisé non relu

LA CAMPAQNK DH FLANDRE ET LA CAPTIVITI

afin qu'il puisse les soumettre ;\ une exacte discipline. Il n'aimera jamais les grosses uuiititudes armées, car il sait ce que ces rassemblements d'hommes coûtent au peuple qu'ils sont censés défendre (l). « Il ne Ailloyt amener tant de gens, ains peu et les bien payer et les bien faire vivre. »

Ce n'était pas non plus une tâche aisée que de maintenir la paix entre les Etats et le duc d'Anjou. On avait fait au prince les plus belles promesses, on lui offrait le titre de protecteur des Flandres, même celui de comte, et, comme garantie, des places de sûreté. Mais Monsieur, et surtout ses compagnons, étaient suspects aux Flamands. Ceux-ci tâchèrent d'éluder leurs engagements, et dès janvier 1579 Monsieur était prêt à s'en retourner, parce qu'on ne lui avait pas offert « demeure suffizante » . La Noue part immédiatement pour calmer sa colère (2). Mon-

(!) Les mêmes plaintes sont formulées, presque dans le même langage, par le prince d'Orange, dans une lettre française aux Quatre membres (d'Anvers, 4 cet. 1578. — R. O. Hcll., 6, copie), traduction assez exacte d'une lettre flamande du même aux Etats (d'Anvers, 27 sept.), imprimée, d'après une copie conservée à Bruges, dans Gachard, Corj'fs/j., IV, p. 172. — « Vous ne pouvez ignorer, Messieurs, quelle est nostre armée, et de quelles gens de guerre elle est composée, et desja plusieurs fois je vous ay adverti du temps que nous avons inutilement perdu à faulte de moiens et de deniers », et plus loin : « Car le Brabant a esté jusqu'à présent tellement vexé qu'il ne reste en plusieurs endroicts aulcuns habitans par le plat païs, tellement que, l'argent venant à faillira l'armée, failliront aussi les vivandiers, et les vivandiers venans à faillir, seront contre leur volonté et par nécessité les gens de guerre contraincts cercher des vivres es païs qu'ils penseront estre les moins pillez, comme, etc.. »

(2) Lettres à des Pr. de Gand, 7 janvier. La nouvelle de cette entrevue arriva à l'Espagnol Juan de Vargas, qui écrit à Philippe II (15Ô2, 39), le 20 janvier : « ... Que Mos. de la Nua avia ydo â hablar al duque de Alanson de parte de les Estados générales y dél de Orange, pidiendole que no se viniesse â este reyno, y que él le avia vuelto â

sieur déclare positivement qu'il ne laissera pas de rentrer en France, à moins d'avoir quatre places de sûreté ; encore voulait-il des places d'une certaine importance stratégique. Le prince d'Orange, à qui le départ des Français aurait été fatal, insista auprès des Etats pour lui faire donner Atli comme résidence. Mais Monsieur reste indécis, et toujours disposé à subir les influences étrangères. La Noue , sans cesse aux aguets, unissant ses efforts à ceux de des Pruneaulx (1), est obligé de livrer une lutte de tous les jours aux mauvais conseillers du prince. Deux amis le prient de venir, parce que a Liancourt arrive de France et qu'il pourra esbranler S. A. à retourner ». Si Monsieur écoute son entourage seulement une heure, la Noue n'est plus sûr du lendemain, car demain il sera peut-être trop tard pour changer les résolutions d'un prince indécis et entêté. « Avant que cella soyt faict, aucuns pourront avoir tant gaigné sur S.A., que il sera esbranlé. » A sa cour affluent les seigneurs catholiques de Flandre, qui voudraient le pousser à se déclarer contre la Réforme, des intrigants vendus à l'Espagne, des agents du Roi et de la Reine-mère. Je vois, écrivait-il, « en France de grandes menées pour le

despachar, diziendo que en ninguiia mancra dexaria de hazerlo, sino le davan 3 6 4 villas principales, donde se pudiesse recipcr y poner guarnicion suya por su seguridad y lo que pudiesse suceder. »

(1) Lettres citées, passim. — Ces détails sont confirmés par deux lettres de M, deToisayà M. de Turenne. L'une est du II, l'autre du 19 août 1578 (Arch. nat. R2 53). « M. de la Noiie estoit nécessaire pour empescher la pratique du comte de Lalain et aultres catholiques, par laquelle ils vouloieut faire desclarer mondit seigneur protecteur de la religion catholique contre la réformée. » La Noue avait écrit à Toisay d'Anvers le 10 août.

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divertir A no so point accroistre par dossa. » Aussi apprond-il avec plaisir que dos négociations sont entamées pour le mariage du duc avec Elisabeth, et qu'il s'est dôcidé à aller en Angleterre. Il compte sur cet événement pour tirer Monsieur de son apathie, et en faire décidément un protecteur des huguenots, u Si le prince espousoit une femme de la religion, il seroit tousjours plus favorable à ceux qui en sont (1). »

Pour combattre les donneurs d'avis, accompagner le duc à Londres et le décider au mariage, il eût fallu que la Noue fût libre de ses mouvements. Mais on le surveillait étroitement. Sa double situation de général au service des Etats et de domestique de Monsieur lui crée mille difficultés. A plusieurs reprises nous le voyons renoncer à un voyage en France, de peur que son absence n'éveille les méfiances. « Je suis en charge de dessa, il fault donc que je me comporte sans donner soupçon. » Là aussi la calomnie allait s'attaquer à lui. Il le prévoyait, lorsqu'il demandait à avoir « auprès de sa personne quelques personnaiges députez des quatre membres, qui soyent tesmoings de ses actions et desportemens [2) ».

Mais les ennemis ne lui manquaient pas chez ces Flamands qu'il était venu défendre. Il avait contre lui les deux partis extrêmes : quelques seigneurs catholiques des provinces wallonnes, connus sous le nom de Malcontens, blâmaient l'alliance avec le prince d'Orange et les hérétiques des provinces sep-

Cl) Lettres à des Pr.

(2) K. de V., p. J8, et passim.

tentrionales, et parlaient de se remettre, sous conditions, en l'obéissance du roi d'Espagne. D'un autre côté, la faction des démagogues et des iconoclastes (1), conduite par le Gantois Embize, traitait de lâcheté et de trahison la modérai ion et la tolérance des amis de la Noue. C'est à peine si ce dernier osait correspondre avec son maître, car l'agitateur populaire ne respectait pas toujours le secret des lettres. 11 s'était opposé à ce qu'on donnât à Guillaume le titre de lieutenant général. Excitant les passions mauvaises de cette populace, où vivaient peut-être encore les souvenirs mal éteints et le regret des révolutions d'autrefois, répandant lacalomnie sur t ous les hommes en place [2], il cherqhaità se créer, dans la vieille cité des Arteveld, une sorte de royauté. Le 9 mars 1579, il suscita une émeute contre Rjhove, le chef des partisans du prince, et resta maître de la ville.

Le 6 juillet au soir, la Noue alla le trouver, suivi d'une petite troupe de quinze ou seize chevaux, « pour luy faire entendre l'advis de S. Exe. [le prince d'Orange] sur le règlement des affaires de Flandres. » Le démagogue résolut immédiatement de faire partir ce conseiller importun. La chose était malaisée, car la Noue était très populaire parmi les Gantois. Comme l'un des principaux parmi les Malcontens, le comte d'Egmont, tenait la campagne, Embize feignit de

(Ij Déjà, en oct. 1578, Guillaume dénonçait <i ceulx qui, se couvran, du manteau de vostre authorité, pensent rien ne leur estre impossible, abbatans partout cloifltres, imaiges, pillans les monastères... »

(2) Id. « Que de nom je porte le tiltre de lieutenant général, mais en efifect que je ne sers que de butte, contre laquelle chascun vient descrocher ses traits de mesdisance, comme chascun est transporté par sa propre passion. »

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craindre une attaque soudaine pour le lendemain matin, et lit armer les bourgeois, « sans battre la diane ». Ces braves gens crurent tout naïvement (( avoir esté armez pour honorer les"" de la Noue (1) ». A quatre heures du matin, Embize entra chez la Noue c< pour le prier bien aflectueusement de vouloir partir de bon matin de ceste ville », c'est-à-dire qu'il lui et signifia qu'il eust à monter incontinent à cheval..., àquoy aussi led. s'' de la Noue ne contredit pas beaucoup, congnoissant l'humeur de l'homme à qui il avait à faire ». S'il avait tenu bon, il est probable qu'il eût été assassiné. Le lendemain, Embize eut l'audace d'envoyer au prince d'Orange, sous le nom des échevins, un singulier mémoire apologétique, où il racontait les événements à sa façon, et où, non content d'accuser la Noue de s'entendre avec les Malcontensetles Espagnols, il lançait cette calomnie contre Guillaume lui-même. La Noue répondit à ce factum. Point par point, il réfuta les inventions d'Embize. Dans un langage plein de noblesse, il rappela avec un légitime orgueil les longs services qu'il avait rendus à la religion, tant en France qu'aux Pays-Bas ; il exerça sa verve à la fois gouailleuse et indignée aux dépens de ces néophytes qui ne trouvaient personne d'assez pur et d'assez saint ; il peignit, en traits énergiques, cette poHtique éternelle

(1) Copie d'une lettre... (R. G. Holl., 10). — Le témoignage de la Noue est confirmé par une lettre de Jacques de Saint-Omer à Davison (ibid. d'Anvers, 12 juillet) : « ... là où au contraire le pauvre peuple n'en a rien sceu, ains a esté persuadé qu'on le fist assembler pour faire honneur aud. s' de la Noiie ». Voy. aussi flossel à Wals. i,lbid , 28 juillet.)

du démagogue qui fait du peuple son instrument en calomniant ses meilleurs amis et en flattant ses vices. Mais, en dépit de sa sérénité, il soulFrait cruellement du traitement qu'on lui avait infligé. II y avait dans* son cœur autre chose que la rancune du gentilhomme contre ces échevins qui l'avaient forcé à déloger si brusquement, a II a quitté sa patrie et son repos, disait-il avec amertume en faisant un retour sur lui-même, pour venir employer sa vie et son bien à la deffense de ce pays, et chacun sait s'il s'y est espargné. Il en a encouru la haine de plusieurs grans dont la faveur luy pouvoitestre utile. C'est pauvre récompense maintenant qu'une calomnie. »

Aussi lui arrivait-il de « se desgouster fort des affaires de Flandres (1) », et seul le sentiment du devoir l'empêchaitderentrerenFrance. Sa situation devenait impossible à tenir entre Monsieur et lesEtats. S'il était complètement innocent, la maladresse des serviteurs de François d'Alençon donnait des armes à ses ennemis. Embize avait intercepté « quelques lettres d'ung nommé d'Arengier secrétaire et négociateur de M. d'Alençon, qui escripvoit à M. de la Noue qu'il conviendroit par nécessité trouver moyen de s'emparer de Gant pour faciliter la réception de Monsieur par dessa , et que l'on s'assureroit des autres villes (2) ». Heureusement le prince d'Orange et les Etats généraux connaissaient trop bien la sincérité et la loyauté de la Noue pour le croire capable de tremper dans ces perfidies.

(1) J. de Saint-Omer, loc. cit. « ... Je pense qu'il les quittera du tout, avec grand regret de tous les gens de bien. »

(2) Rosscl àWals., 28 juill. 1579.

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Au milieu de tous ces ol>stacles, il ne s'en montra pas moins un j:!:rand capitaine, digne de la mission qu'il avait reçue. Il (brma une « armée volante », et chercha à remplir de tout point le plan qu'il avait, deux ans plus tôt, tracé i)our les Etats (1). Cette armée, disait-il alors, « ne se présenteroit jamais à la teste de ronnemi plus forte et plus grande, mais les harasseroit continuellement, soit qu'elle assaillis! ou non, tantost levant logis, rompant les vivres, tantostdonnantdes alarmes, et par grandes cavaldes(s^c") diligemment prévenir les ennemis, estre quelquefois en gros et quelque/ois séparez (2) » . Cette habile stratégie lui permit, avec ses faibles troupes, de faire bonne figure contre l'infanterie espagnole.

Don Juan était mort découragé. Il avait été remplacé par l'un des plus grands capitaines du temps, Alexandre Farnèse. Victorieux devant Anvers, le nouveau gouverneur alla mettre le siège devant Maestricht, afin de commander la ligne de la Meuse. Les assiégés ne pouvaient plus communiquer avec les Flamands que par la route d'Herentals. Parme résolut de leur enlever cette place. La Noue, averti par Guillaume d'Orange, partit d'Anvers en toute hâte, avec une troupe de Français. Malheureusement, des espions révélèrent ce mouvement à l'ennemi. Leduc de Parme, « n'ignorant pas tout ce que l'esprit et l'ex-

(1) ïosc.,iy, p. 249. — Lettre avx Estats.

(2) Esp., 1556, n" 7i. NouveUes envoyées d'Anvers à Paris, 25 fév. 1579 : « Que Mos. de la Noa era partido por la posta de Anveres por orden del de Orange para meterse dentro de Herentals, entendiendo que el P° de Parma vendria sobre ella para quitar â los de Mastrigue la ultima sperança de socorro y apretallos mâs. »

péricnce d'un tel homme apporteroientàla ville (1) », ordonna à un de ses lieutenants d'occuper avec de la cavalerie toutes les routes qui menaient à Herentals.

Obligé d'abandonner Maestricht, la Noue se dirigea bientôt vers l'autre frontière des Flandres. Les seigneurs catholiques, surtout dans le sud-ouest du pays, étaient presque tous entrés dans Je parti des Malcontcns^ qui s'était donné à l'Espagne. Deux d'entre eux, le comte de Montigny et le sire de la Motte, s'étaient établis dans l'Artois. L'armée des Etats se trouvait donc prise entre deux feux. Au mois d'avril 1579(2), la Noue, en grand secret, avec peu de gens Français et Ecossais, marche contre les plus fortes de leurs positions, Gravelines et Saint-Omer. Cette manœuvre hardie avait un double avantage : il se rapprochait de l'Angleterre, qui était en négociations avec le duc d'Anjou, et de la France d'où le prince de Condé s'employait à lui faire passer des renforts. Le seul inconvénient de cette opération, c'est qu'on allait par là définitivement jeter dans les bras de l'Espagnol tous les catholiques du sud. Un peu plus tard, avant d'attaquer Boesinghen, la Noue écrivit aux quatre membres pour les prier de réfléchir que cette attaque équivalait à une déclaration de guerre aux Wallons, et pour leur demander une

(1) Strada (Dec. 11, 1. Il, p. 73 qui, après n&wo\v pas vncfois cité le nom de la Noue dans sa première décade, le nomme ici pour la première fois.

(2) Davison to Browne, apr. 6 (K. O, Uoll., 9). « La Noiie is gone to makehtad against la Motte. » Voy. Groen, VI, p. 607, une lettre de Guillaume, du 9 mai, que Gachard (IV, p. 149) croit être adressée à la Noue, au sujet de Montigny.

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pièce qui dégageât sa responsabilité. Ou lui envoya une décharge en r^glo (l), ot dôs lors la Noue fit rude guerre aux Malcontens (2).

Ses premières démarches réussirent. Après avoir suivi le rivage jusqu'à Mardyck, il battit les troupes de la Motte entre Dunkerque et Bergues Saint- Winoi (3), puis s'empara do l'abbaye de Waten (4), d'où il coupait les défenseurs de Saint-Omer de toute communication avec Gra vélines, occupant les passages des rivières et des canaux qui sillonnaient le pays. Il força la Motte à s'enfermer dans Gravelines.

Ses plans faillirent encore une fois être déjoués par la délation. Non seulement Juan de Vargas recevait des lettres d'un seigneur du pays; mais un jour un secrétaire du duc de Guise vint le mettre au courant de tous les projets de la Noue, du duc d'Alençon et du prince de Condé. Le duc de Guise s'acquit-

(1) Groen, VI, p. G09, de Poperinghe, 10 mai.

(2) Sur le parti des malcontens, voy. Arch. aflf. étr. Hollande, I, f 180, la « letti'e de divorce de ceux d'Artois aux Estats généraux des Pays-Bas », D'Arras, 6 janvier 1579. — Ibid., 206. « Responce des Estats généraux à la lettre des Estats de Haynault du 23» de mars 1579. »

(3) Mémoires anonymes, IV, p. 62.

(4) Id., 71. — Esp., 1551, n' 11, avis anonyme d'Anvers, 10 avril : « El de la Mota ha sido repulsaiio por Mos. de la Noa con perdida de su gente... » Id., n° 22. M. de Moucheaulx à J. de Vargas, Miraumont, 18 avril. « Les' de la Noue s'est emparé de Waten, qui est un bourg et abbaye près de Saint-Aumer, avec infanterye françoyse du nombre de laquelle se parle diversement, qui en disent le moings parlent de 45 enseignes, mais je crois que leurs enseignes sont de peu d'hommes. » Le même écrit, le 23 avril (id. 26) : a On me mande aussi, mais non point avec tant de certitude, que deux des compaignies du s' de la Noue ont esté pareillement defaictes et le s' Mouy blessé. Led. s^ de la Noue a abandonné à Waten, aiant bruslé l'abbaye du lieu... » Cette dernière nouvelle était fausse.

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tait ainsi de la dette qu'il avait contractée vis-à-vis de Philippell en devenant son pensionnaire (1). Il ne se contente pas de communiquer à Vargas ces précieuses nouvelles. Il va jusqu'à lui donner des conseils et le presse d'écrire au duc de Parme pour le prier d'envoyer des renforts en toute hâte. Il faut, dii-il, atteindre la Noue avant qu'il ait pu joindre ses troupes de secours, le battre et, s'il est possible, le prendre ou le tuer. La chose paraît à Vargas de telle importance que, par deux fois, en toute hâte, il fait descendre de cheval un courrier prêt à partir, il décacheté presque ses dépêches pour écrire longuement au Roi. Il remercie chaleureusement l'émissaire du duc de Guise, et le prie de lui continuer ses services. Il met au courant de tout le prince de Parme. 11 adresse à la Motte une lettre d'encouragement (2).

(1) Esp., 1554, n° .SO, Vargas à Philippe II, 25 avril : « Quiriendo cerar este pliego, ha venido â hablarme un secretaio de Mos. de Gnisa y â dezirme que es avisado que Mos. de la Nua andava por los contornos de Saactomer y Gravelingas con poca gente, y que convenia mucho, antes que le juntasse, darle una mano y desbaratarle, matandole o prendiendole si se pudiesse, o hechandole de alli, porque sabe que trae malos disegnos y de hazer efEectos en desservicio de V. M'' por aquella parte, dandome a entender sea con inteligencia del de Alançon, al quai querian tornar a encavillar ; y que si para el efEecto el P' de Parme quisiesse embiar cosa de 300 ô 400 cavallos desde el campo â Gravelingas, que no aviendo otro passo mâs brève y comodo que él le daria por su govierno; yo dey quenta de todo al V^ de Paima y â Mos. de la Mota... » Et, deux jours plus tard, n» ;^1 : « Estando Alonzo de Curiel â cavallo vuelto â hablarme el secretario de M. de Guisa y me ha dicho de su parte que no dexe de avisar luego el F' de Parma y â M. delà Mota delo que me embiô â dezir. . .. por. que acava de rescevir nuevos avisos que la Nua procura haver golpe de gente deste Reyno (id., n° 30, deste Reyno y del de Inglaterra), pretendiendo hazer empressa por la parte de Gravelingas, y que podria ser que la llevasse y fuesse con ello el P« de Conde. . . »

(2) Etp., 1Ô54, n» 32, Vargas à la Motte, 25 avril : « Conviene que

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Lo voisinage do la Franco roiul la situalion particuliôrement critique. « Si cette nation, écrit Vargas, prônait pied dans ces ([uartiers, soyez assuré que ce serait la porte du pays. » (Quatre jours plus tard, la Motte, qui s'était réfugié à Gravolinos, remerciait l'ambassadeur (1). Mais vaincre la Noue n'était pas cliose aisée ; Montigny ne paraissait pas trop disposé à aider son allié (2), qui se borne à annoncer qu'il fera merveille. La Noue n'en prit guère de souci, et mit une garnison à Waten et à Linque. C'est à cette date que le prince d'Orange et les Etats (3), dans une réunion tenue à Anvers, arrêtaient détinitivement le conduite à tenir vis-à-vis des Malcontens et que, pour épargner le temps, on décida délaissera la Noue pleins pouvoirs pour agir contre eux suivant l'occasion, sans avoir besoin de demander de nouveaux ordres à Anvers.

Il profita aussitôt de cette liberté pour assiéger le château de Boesinghen, et, après un premier assaut

V. S' viva con cuydado de su persona y que se procura, si fuesse possible al momento, de dar una bueua mano d M . de la Nua desbaratandole y hechaiidole de estes contornos, por que piensa andare en ellos, y tiene disegnos de mala intencion, etc. Si esta nacion affirmasse el pié en estas partes, V. S' se assegura que séria la total ruyna de essos payses. . . »

(1) Id., 37, deGravelines, 29 avril.

(2) C'est du moins ce qu'on peut démêler de plus clair dans le singulier français espagnolisé qu'emploie la Motte (ou le scribe chargé défaire la copie) dans sa lettre du 6 mai (id., 49) : « ... que si nous fussions unis comme suyent led. s"" de la Noue et les siens, ne fussent sortis sans estre batuz y). Le 8, il promet de lui faire « un tour duquel subviendra ».

(3) Méni. anon., IV, p. 105, 9 mai. — Esp., id. 52. Avis anonymes d'Anvers et Calais, 9 et 10 mai : « La Nua se retiré... dexando in Waten y otros lugaresjs buena guarnicion. » Le 10, il écrit aux Etats, de Poperinghe.

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resté sans résultat (1), il s'en empara le 21 mai (2). Malheureusement, quelques jours plus tôt, quatre de ses compagnies, envoyées vers Ypres, s'étaient laissé battre « à platte couture, à Thielt », ce qui le força de se retirer devant Montigny (3). Malgré de nouveaux renforts, composés d'Ecossais et d'Anglais, qui vinrent le rejoindre pour l'aider, suivant l'expression des Espagnols, « à endommager ces provinces réconciliées», il dut évacuer Boesinghen après l'avoir rasé (4).

Pour se relever de cet échec et fortifier sa position dans le pays, il chercha, à en croire les avis adressés à Vargas-Mexia, à lier partie avec le gouverneur de Calais, M. de Gordon, qu'il connaissait. 11 tenta à trois reprises d'entrer en conférence avec lui. Mais tel était le désarroi de la politique française, que les serviteurs du Roi ne se croyaient pas tenus d'aider aux projets du duc d'Alençon. Gordon, qui était, au témoignage de Vargas, «. bon cavalier et tenu pour catholique », refusa délaisser entrer la Noue dans la ville, sinon avec un seul homme de suite (5).Montigny d'ailleurs marchait sur Bruges, que la Noue se hâta de couvrir (6). Pendant que les deux armées s'obser-

(1) Esjj., 66, Vargas au Roi, 18 mai :.i Avisan assimismo que M. de la Nua havia ydo a cercar un castillejo que se llama Bosingen, cerca de Sanctomer, y dadôle un asalto, y que los de dentro se havian defendido tambien que havian.. forzado de retirarse cou perdida de su gente, y que quedava todavia en aquellog coiitornos. «

(2) JUém. anoji., loc. cit.

{3) Eup., 68, le baron de liez e au marquis de Richebourg, 18 mai, et id., 87, Vargas au Roi, 26 mai.

(4) La Motte à Vargas, 89, 10 mai. — Id., 91, Anonyme, 31 mai.

(5) Id., 110, Vargas au Roi, 16 juin. Sur Gordon, voy.lcB documents conservés au P. R. 0.

(6) Esp., 1557, 43. Anon. de Calais, 10 juillet. « La Noa intrô in

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vaioiiL,il so rendit à Anvers, où, dans une nouvelle assemblée, on résolut de faire une suprême tentative pour décider le duc d'Anjou à reprendre la protection des rebelles. Cette fois les Flamands ne lui marchandaient plus les concessions. On lui promettait (1) de lui donner letitre, qu'il rôvaitdepuis si longtemps, de « comte de Flandres, et de le reconnaître comme seigneur souverain, en la forme où ils reconnaissaient leurs anciens comtes ». On implorait son pardon pour les traitements, indignes d'un grand prince, qu'on lui avait fait subir après son entrée à Mons. On s'adressait à lui non par faiblesse (car la perte de Maestriclit n'était pas un malheur irréparable), mais par désir de conserver son amitié. Comme gage de ces sentiments, on lui offrait les deux citadelles de Cambrai et de Valenciennes.

Brugia con X gentiluomini. Le sue 'genti sono ancora a Tuarrù [Thourout] e quelle di Montigui a Rôle [Roulers], due leghe vicine l'une e l'altre. »

(1) Id.,52, Vavgas au Roi, 16 juillet : « Continua la voz de haver de venir aqui Mos. de la Nuade parte del de Orange y Estados de Flandes con grandes capitulaciones al de Alanson, para que vaya alla ; y es cierto estar aqui un secretaio suyo, que vinô de su parte y trata dello... Y que, en estando alla, le daran titulo de Conde de Flan'es y le recouosceraa por senor soberano en la forma que reconoscian â los condes antiguos. » — Ll., 53. Un homme de créance lui a dit « que este manana â caso fue Uamado del duque de Alanson .. y que le metieron en consejo, donde se leyô la carta que scriviô la Nua al duque â los 6 de présente, para consultar sobre ella y responderle. En laquai, despues de grandes préambules, dize que el de Orange y los Estados conoscen su herror y se hallan arrepentidos dél, y dessean ameudar y recompenser lo passado ; y que assegura que esta no es por que se conoscan tan débiles (aunque les ayan tomado â Mastricht), que piensen que V. M<* les pueda daniflcar, por que quedan por ganar otros que 6 Mastrigues ; sino solo por que dessean conservar su amistad y valerse délia y hazer con él lo que conoscen que avian de aver hecho,.. »

La Noue fut chargé de rédiger, le (> juillet, la lettre qu'on lui adressait ; nul n'était mieux placé pour le persuader. Mais il était trop utile en Flandre pour qu'on l'autorisât à porter cette lettre luimême, et c'est Marnix de Sainte- Aldegonde qui alla signer le traité de Plessis-lez-Tours (1).

La Noue reprit la campagne et tourna ses efforts contre la place de Malines, qui coupait les communications entre Anvers et Bruxelles. On était au mois de septembre, et, dans ce pays couvert de canaux, la saison était déjà rude. « Les eaux, dit-il, nous font la guerre. » Il fallait réparer les digues percées, et camper dans des plaines inondées, tantôt près de Deremonde, tantôt à Boomzele. Mais cette rigueur même delà température endormait l'ennemi. De nuit, par eau et par terre, la Noue marcha sur la citadelle de Wylbourg et s'en empara sans combat (2).

L'hiver le força d'interrompre les opérations. Il en profita pour demander aux Etats généraux l'autorisation d'aller en France (3). Il avait besoin d'y régler

(1) Voy. sur cette mission, Arch. aff. étr. Hollande, I, p. 160 et 8uiv.

(2) Sur cette campagne contre Malines, voy. ses lettres des 7 sept, et 6 cet. etEsp., 1555, 54, Anvers, 6 oct. Nouvelles anonymes reçueg à Paris. « LesEspaignols ont quitté le fort de Wylbourg et tout le canal jeudi dernier, de nuit, par un effroy, ayant entendu qu'il debvoit estre assaylly des François et Anglois par eau et terre soubz la conduite de M. de la Noue... Le s' de la Noue arrivera ce jourdhuy audit fort avec les Anglois et François afin de rendre le passage libre de Bruxelles en Anvers. » La même nouvelle arrive de Douai, le 8 oct. (id. 57, M. de Selles àVargas).

(3) Le 2 déc. 1579 (K. deV, lettres àdes Pr. 6 oct. 15*9 et 26 janvier 1580). Mp., 1557, 84, de Calais, 3 août 1579. D. de Bides relate à Vargas la mutinerie des gens de la Noue. Vargas résume son récit dans

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de nombreuses adaires personnelles. 11 y était attiré aussi par la gravite des évônoments politiques ; le désordre y était toujours au comble.

Il avait, comme Duplossis-Mornay, désapprouvé la prise d'armes appelée guerre des amoureux. Henri III était malade et l'on disait tout haut « qu'il n'estoit pas pour la faire longue ». Ainsi d'un jour à l'autre, Monsieur pouvait devenir roi de France. Il s'agissait de profiter de cette crise décisive et de la dénouer au mieux des intérêts du parti réformé. Enfin la Noue, depuis plusieurs nriois, se sentait profondément écœuré par tout ce qui se passait en Flandre. Lorsqu'il avait, après une maladie qui le retint à Anvers, mené ses troupes contre Malines, elles s'étaient révoltées, et voulaient aller à Bruges pour réclamer les onze mois de paie qu'on leur devait.

La Noue partit, et il avait presque l'intention de ne plus revenir. Il promettait, il est vrai, aux Etats de rentrer en Flandre en février ; mais il comptait bien, dans le cas où le duc d'Anjou

une lettre au Roi (89, 6 août) : « que la gente de la Nua estava amotinado, porque les deven onze p:igas, y que querian yr â Brusas para abiar (sic) las de les de aqnella villa... » 1555, 82, Anvers, 1*' nov. 1579 : « M. de la Noue se retire en France . » Id. 90, 23 nov. — 1558, n° 52, Vargas au Roi, 1-t janv. 1580 . « Mos. de la Nua es cierto haverse venido mal contento del ?« de Orange y de los estados, y que al présente se halla en este reyno en su casa al parescer con animo de no volver por alla », et id. 35, le 19 : « Mos. de la Xua es vuelto à donde esta el P" de Conde ; dize se que dubdando que por aca ne hiziessen alguna burla, y no teniendose por seguro en su casa. Pero yo creo cierto que anda la negociacion caliente contra Flandes... d. — Tose., IV, p. 272 : JUém. anon., IV, p. 352; V, p. 7, 31, 92, 103 et 161. — Villiers à Davison, 19 déc. 1579 (R. O. Holl. 10) : a M. de la Noue, nonobstant toutes les remonstrances qu'on lui a faites, est passé en France : Dieu veuille le bien garder. »

voudrait le retenir en France, ne faire que passer à Anvers pour se dégager de sa parole. 11 se rendit de Cambrai à la Fère pour surveiller l'entrevue que le prince de Condé devait avoir dans celte ville avec la Reine-mère (1).

11 amenait avec lui trois compagnies, de façon à protéger contre toute surprise la personne du chef protestant. La défiance était partout, et de nouveaux bruits d'assassinat l'empêchèrent de se rendre dans sa maison. Pendant son séjour à la Fère, il apprit les horreurs commises par les troupes de Chastillon à la prise de Mende. Il en fut honteux pour son parti et, ce qui était grave, l'évêque de Mende était l'un des conseillers de Monsieur. La Noue obtint de Condé qu'il envoyât l'ordre de cesser les pillages, et lui-même écrivit à l'évêque (2). — Bref « les affaires de France, tant du plus grand que du plus petit, sçavoir du Koj, son Altesse, des papistes et huguenots », lui parurent « aller si de travers » qu'il désespéra d'y servir.

11 rentra bientôt en Flandre, où il allait se couvrir d'une gloire nouvelle. — Pendant les conférences de la Fère, Monsieur lui avait donné, à lui et, au prince de Condé, « pleine autorité de traiter pour lui et en son nom avec ceux de Flandre. » Ils obtinrent du magistrat de Cambrai que Monsieur serait substitué au roi d'Espagne comme souverain de

(1) 31 janv. 1580 (R. 0. Holl. 11) : « M. de la Noue ia departed f rom Cambray towarde la Fere, where the P. of Condé lieth , whose security there is muchfeared, by reasonthat soaie practises aredoubted may be brought against him by the Qucen mother. »

(2) Voy. cette lettre, du 31 jauv. 1580, dans les mémoires de la Société des arts, sciences et lettres delà Lozère, 1851, t. II.

LA CAMl'AONK DR FLANDRE KT L\ CAPTIVITl'; 117

la ville , avec Condé comme lieutenant gênéml (1).

Vms h\ Noue alla reprendre la direction des opérations. 11 se rendit par mor à Dunken^ue, après avoir laissé à Boulogne son fils Odet et t< le reste de son train «. 11 s'aperçut vite que le duc de Parme et les ))ial('0)itens faisaient chaque jour des progrès et gagnaient du pays (2). Reçu à Gand au milieu de l'allégresse populaire, il en sortit dans la nuit du 29 mars. Il était accompagné d'Odet, dont le retard l'avait un instant inquiété. Il marcha dans la direction du sud vers la place de Ninove. Un vigoureux assaut le rendit maître de la ville ; lui-même monta à l'échelle sur les remparts, et il fut assez heureux pour faire prisonnier le chef des malcontens, le comte d'Egmont. Il retourna à Anvers pour y célébrer la cène et refusa noblement de remettre son prisonnier aux Gantois, qui voulaient lui faire un mauvais parti.

Cette victoire, l'une des plus fameuses de toute sa vie, ne fut pas la dernière qu'il remporta en Flandre. Parti de Bruxelles le 6 avril « avec huit ou neuf compagnies d'infanterie et quelques chevaux », il marche sur Vilvorde et en sort à minuit pour aller se mettre en embuscade à un quart de lieue de Malines, qui résistait toujours. Avant l'aube, il envoie cent hommes se saisir du guet, et en une heure la ville

(1) Cobham to Wals., 21 fév. (R. 0. Fr., «7). — Du même à Burghley, 7 mars (ibid.).

^2) Lettres à des /'r., écrites de Gand, 18 et 22 mars. — 31ém. anon., V, 161 et 176. — Strada, p. 185.

lis FRANÇOIS DE LA NOUE

est prise. Ce beau fait d'armes lui valut le titre de gouverneur de Bruxelles (1),

Là s'arrêtèrent ses succès (2). Il s'avança à la rencontre du vicomte de Gand qui, à la tête de troupes wallonnes et d'estradiots, occupait les environs de Tournai. Mais il fut très mal servi par ses lieutenants; l'un d'eux, d'Argenlieu, se laissa mettre en déroute ; ses propres troupes se battirent mollement (8). 11 se retira vers Tiiielt pour remettre de l'ordre dans son armée, puis il alla assiéger Ingelmonster, entre Bruges et Courtray. Laissant Marquette devant la place, il tenta, par une marche auàacieuse, de surprendre Lille. Mais il fut rappelé à Ingelmonster par la nouvelle de l'arrivée du vicomte. Marquette ne sut pas exécuter l'ordre qu'il avait reçu de couper le pont de la rivièi'e, les Wal-

(1) Esp., 1558, 98. Avis de Cambray, 12 avril, et id., 118, Vargas au Roi, 7 mai.

(2) Sur la capture de la Noue, voy. (K. de Volskaerbeke, p. 196) la lettre qu'il écrit dès le lendemain à M. de Villeneuve (10 mai), et la lettre (en flamand) des députés d'Ypres, contenant (en français) les derniers mots de la Noue. Strada, 187. — Méni, anon., V, p. 226. — R. G. Holl., 10, i)asiim, ces campagnes y sont racontées jour par jour.

(3) Esp., 1558, 124. Avis de Calais, 12 mai : « Sabbato passato la Nua et Mes. d'Argentlieu con dieci comète de cavalleria et cinquecento fanti aiidaron a trovare il visconte di Guante presso Tornay, dove era con cinque cornete d'Albancsi et sette di Borgognoni, ripartiti in due squadroni, sicomè ani'hè haveva fatto la Nua. Ebbero riscontra e furno rotte le 5 compagnie cbe erano guidate da Argentlieu 0 altro gentilhomo de Lanua, e quello da luy guidato non combatte, ne tan poco la infanteria... Il che visto la Nua si retiré verso ïil per reacozar le sue genti. Il visconte, lunedi prossimo, l'audù trovare con lutta la sua cavalleria e lo trovô rinforzato di 15 compagnie d'infanteria francese, le qiiali tutte furono disfatc, e la più gran parte tagliate a pezzi. La Nua vi rcstô preso et è di présente in Courtray .. »

LA CAMrAON'K DK FLANDHK KT LA ("AI'TIVITK 1 10

Ions l;v franchii'ent ot alta(|iii)i'oiit lo camp avant (lu'(Vlot eût ou le temps do ramoner à son p(')ro les renforts (^u'il était allé chercher . Abandonné de ses olliciers et do sa cavalerie, voyant son camp forcé, attendant son tlls, la Noue était en avant de ses troupes, à pied, sans armure, en pourpoint, une épée à la main, et criait : « Sus, mes enlans, prions Dieu; ô Dieu ! quelle escorte, mourons, mourons ; c'est cy le jour que Je veuil mourir les armes au poing ». Oubliant toute prudence, il se battit comme un soldat, et, pour la troisième fois de sa vie, il fut fait prisonnier.

La tristesse fut grande dans le camp huguenot, en apprenant qu'une escarmouche de si peu d'importance privait les Etats de ce grand capitaine (1). La défaite d'Ingelmonster était peu de chose, mais la perte de la Noue était irréparable, et valait pour l'Espagne autant qu'une brillante victoire.

11 se rendit au chef même de ses ennemis, le vicomte de Gand, marquis de Roubaix. Dans une lettre aux Etats, il protesta par avance contre les accusations de cruauté que l'on devait porter contre ce seigneur, et assura qu'il en avait reçu « beaucoup de faveur et courtoisie (2). » Le marquis se borna à mener à Courtray, puis de là à Mons, et comme en

(1) Le prince d'Orange aux 4 membres, 12 mai(Gachard,IV, p. 230). Villiers à Davison, L5 mai (R. O. Holl. Il) : « Par autre voie vous avez entendu comment Dieu nous a visités, balançant nos victoires parla prise de M. de la Noue. Sa)is la personne, la perte serait peu de chose. »

\2) K. de Volsk.. p. 213. Confirmé par le témoignage d'un protestant. Rossel à Wals., 15 mai : <' led. seigneur est bien traicté, voyre luy est libre lad. ville de Cortrech sur la parolle et foy qu'il a donné. »

triomphe, son illustre captif, et ù le remettre entre les mains du duc de Parme.

Alexandre Fainôse savaitque Philippe II haïssait particulièrement la Noue. C'était un hérétique, un chef de rebelles, et de plus il avait manqué au serment qu'il avait prêté au duc d'Albe,à la suite de la capitulation deMons, en 1572, de ne jamais porter les armes contre l'Espagne. 11 n'osa cependant prendre sur lui de le mettre à mort. Il écrivit à son roi une longue lettre (1), dans laquelle il feignait d'avoir voulu tout d'abord le faire périr de sa propre autorité, afin que l'odieux de cette exécution ne resjaillît pas sur le roi. — On a vivement blâmé le duc de Parme d'avoir écrit cette page, sans voir qu'il n'y avait là qu'un artifice. Il flattait les secrets penchants du roi, qui aimait à rejeter sur ses ministres la responsabilité de ses cruautés. — Mais il laissait entendre qu'il s'était ravisé, dans la crainte que les Etats n'infligeassent au comte d'Egmont et aux autres malcontcns pris àNinove le môme traitement que les Espagnols feraient subir à la Noue. Lier le sort du captif de Monsàceluidu comte d'Egmont, c'était — du moins Farnèse pouvait l'espérer — ouvrir les voies à une négociation d'échange.

Qu'allait-on faire de la Noue? Vargas (2) s'était fort réjoui de le savoir prisonnier. 11 regrettait seulement que la nouvelle de sa mort se fût trouvée fausse. 11 fai-

(1) Strada, p. 189, donne le texte de la lettre du duc de Parme.

(2) Esp., 1558, 126, 16 mai. « Conveaia que la Nua y Mos. de Argentlieu en particular no pudiessen hazer màs guerra, porque son grandes hombres délia y cabecias deimportancia ». — 127, même date : <i Oj se ha dicho que la Nua es muerto; pero nolo teugo por cierto, aunquc séria de arta xnbstaiicta que lo fuisse y aqui andan haziendo grandis-

L\ c.\\i\'\(\si: ])v. l'LAMUii', i:t [-a cattivith 121

sait semblant d'acciioillir les pi-ciniôres dôiuarchcs faites auprès lie lui eu sa laveur; mais il écrivait à Farnôsequo surtout il le fallait mettre hors d'étatde faire la guerre. (Juant au roi, il se décidait A sortir de son mutisme habituel pour ordonner qu'on le traitAtavec la dernière rigueur. Cet ordre se rattachait à un plan vraiment machiavélique, et dont Farnèse n'avait pu par avance mesurer la profondeur : Philippe II espérait ainsi provoquer des représailles de la part de ceux qui détenaient le comte d'Eg-mont, afin de se débarra~;ser à la fois de son ennemi la Noue, et de son trop peu docile allié le chef des mécontents (1).

Aussi la Noue fut-il transporté dans une forteresse. On choisit le château de Limbourg-, soit qu'on voulût se servir de lui à l'occasion dans les affaires d'Allemagne, soit pour l'éloigner simplement de la frontière française (2). Contrairement à toutes les lois de la guerre, le glorieux soldat fut enfermé « dans une tour profonde et non carrelée, et ouverte par le haut au milieu de la couverture» . Par là venaient à la fois la lumière et la pluie. Au fond de cette lassefosse, la Noue ne tarda pas à tomber malade. Après les ûèvres vinrent les ophtalmies, puis un abcès dans le dos qui l'empêchait de se mouvoir. Le gouverneur, qui était compatissant, et qui l'eût été bien davantage s'il eût été libre de l'être, lui procura un chirurgien

simas diligencias por su libertad, y â mi han venido â hablar sobre clla. He dado buenas palabras, pero esciivo al P' de l'arma lo que paiesce convenir. » Le duc de Parme ne paraît pas avoir été cruel de son propre mouvement, voy. (Kervyn de Volsk., p. 213) lettre de la Noue aux Etats, 13 mai.

(1) 2'osc., IV, p 313.

(2) Id., p. 339., Amir., p. 2(37 et suiv.

et prit sur lui de le laisser sortir, deux fois par mois, dans les jardins et sur les esplanades de la forteresse. Il alla jusqu'à faire boucher l'ouverture qui était au toit de la tour, et pratiquer une fenêtre dans le mur. La Noue gagna plus encore son amitié par quelques présents qu'il lui fit. Ce seigneur finit par obtenir du duc de Parme l'autorisation de prendre le captif à sa table.

Mais on eut bientôt peur qu'il ne profitât de cette liaison pours'évader. Ses gardes furent doublés. Les insultes et les dangers auxquels d'Egmont était en butte rendaient dejourenjourla vie de la Noue moins précieuse aux Espagnols. Les brillants succès de son fils Odet, connu depuis la mort de son oncle sous le nom deTéligny, ne faisaient qu'exaspérer la haine qu'ils portaient au père.

Conduit un instant à Namur, puis transporté à Charlemont, il y vit le duc de Parme, qui s'entretint familièrement avec lui. On le ramena bientôt à Limbourg où, malgré les quelques améliorations réalisées, « il avoit une mesme habitation avec les poux et les crapaux ».

Il cherchait à se procurer une rançon. Le domaine des la Noue, déjà fort appauvri par les dépenses faites pour la guerre civile, se réduisit encore considérablement. Le 25 mars 1580, c'est-à-dire avant même que son père eût été pris, Odet avait dû céder à Claude de la Trémoille ses droits sur la ville de Thouars, ne se réservant que les domaines situés hors des murs. Puis il s'endetta auprès de ses amis, particulièrement auprès de sa tante, la princesse

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