‹ François de la Noue, 1531-1591Chapitre 34 sur 46 · SEDAN KT JAMETZ · texte numérisé non relu

SEDAN KT JAMETZ

s;i llli^o eu liberté, les diverses obligations de la Noue peuvent doue se réduire à trois principales, inéj^'ales eu valeur :

1" Vis-à-vis du Roi C-atholique, il a contracté, en sortant de prison, un engagement illimité dans son objet (1), mais d'une npplication restreinte : il a juré u de jamais ne porter les armes, servir ou faire acte d'hostilité contre S. M. C. ou ses successeurs », et cela a sous quelque prétexte ou pour quelque occasion que ce soit, ny même par commandement de Koy, prince ou autre qui luy pourroit estre fait ». Mais cette interdiction n'est valable que pour certains lieux «léterminés : « sçavoir est, en Espagne, Italie, Bourgogne, èsd. Pais Bas ou autres pais appartenans à sad. Majesté ».

2'^ L'engagement qu'il a contracté plus tard, viscà-vis du roi de France, est absolu et ne comporte aucune exception.

3" Au contraire, le troisième en date, celui qui concerne le duc de Lorraine, a un caractère nettement conditionnel. La Noue affirme (et son affirmation, parue en imprimé dès 1588, ne reçut pas de démenti) (2) avoir accepté cette dernière obligation, (( en cas que cela ne contrevînt à ce que je devois d'obéissance, de servitude et de fidélité à la couronne de France, et au Roy mon souverain seigneur ». C'est là une obligation primordiale pour tout Fran-

(1) C'est par erreur que d'Aubigné, II, p. 71, dit que cet engagement était limité par la clause : « en cas que cela ne coatreviendroit point à ce qu'il de voit d'obéissance et de fidélité à la couronne. » II a confondu avec l'engagement envers les Guises.

^2) Déclaration, p. 6.

çais, et cette exception, « ores qu'elle ne fust faite, doit tousj ours avoir lieu(l) ». Mais la Noue a tenu à la formuler nettement.

De ces trois engagements, il a tenu le premier. 11 l'a tenu non seulement en 1588, mais encore de 1589 à 1591. — A-t-il tenu le troisième ?

La question se ramène à établir si la clause résolutoire que la Noue avait eu soin d'y insérer s'est, oui ou non, trouvée réalisée. Or les Lorrains ont attaqué Sedan et Jametz. Ces places, qui sont situées sur les frontières de la France, ont toujours été, malgré leur titre de terres souveraines, sous la protection du Roi. Les Lorrains sont des princes étrangers, ils veulent s'emparer de ces villes pour aider à la révolte des ligueurs contre le Roi. La Noue, comme Français, ne peut se désintéresser du sort de Sedan et de Jametz. Comme tuteur (ou à peu près) delà duchesse, il est plus qu'un autre tenu de s'employer à leur défense (2).

11 faut choisir entre ces devoirs en apparence contradictoires. Il faut, entre eux, établir une hiérarchie. La Noue commence par distinguer les obligations naturelles des obligations acquises : celles-ci doivent passer après celles-là. Or, parmi les devoirs naturels, « le premier après Dieu est celuy qui regarde la patrie, qui comprend en soy tous les

(1) Id., p. 23.

(2) Id. ibid. « Mais qu'est-ce donc d'assaillir Sedan et Jametz, villes de protection, frontières du royaume, fidelles à la couronne et peuplées de François, si ce n'est attaquer la France mesme ». Voyez P. Cornejo, Compcndlo, p. 12, Espagnol et catholique fanatique : «... frontieras de Fraucia, las quales estavan debaxo la protection de aquel Reyno ».

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