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laqucllo (lt\j;\ auparavant leurs ennemis faisaient courir quelque bruit ». Ils crurent naïvement que, puisque le principal auteur de la guerre n'était plus, le duc de Lorraine ne s'acharnerait pas contre une jeune fille; que, imitant l'exemple donné par les gouverneurs royaux des Evècliés et de la Ciiampagne, il consentirait à une trêve, et attendrait l'arrivée de la duchesse et de son conseil pour réclamer une indemnité pécuniaire.
Tout au contraire, les hostilités redoublèrent de fureur sous la conduite de Rosne et d'Haussonville. Une attaque fut dirigée contre Sedan, et des négociations ouvertes avec le prince de Parme pour faire venir des troupes espagnoles (1). 11 était dès lors évident que les Guises ne cherchaient pas seulement, comme ils le prétendaient, à se venger des dommages éprouvés par la Lorraine en 1587, mais qu'ils avaient le dessein de s'emparer des places de Charlotte de la Marck, et de se servir de cette conquête pour la lutte qu'ils allaient soutenir contre le roi de France (2). C'est à cette date, le 8 ou 9 janvier, qu'il faut placer le conseil dont parle Davila : la guerre languissait ; on décidaalors que le duc attaquerait les places con lutte le sue forze e con gli aiuU di Fiandra, et que, pour profiter de la faiblesse de Charlotte, cette attaque aurait lieu senza 'perdere momento di tempo. C'est aussi ce qu'avance la Noue. Encore une fois, il ne dit pas : a Cette charge m'a esté déférée auparavant que M. de Lorraine assail-
(1) (Jornejo, l. e. «Y con la asistencia del Rcy de Espafia. »
(2) Ll. ibid. « Y porque ganandolas ne se engrandiesce la casa de Lorena. î>
list le duché de Bouillon », ce qui serait contraire à la vérité, mais bien : avant qu'il assaillît « Madamoy selle de Bouillon ». C'est-à-dire que, dans sa pensée, la mort du duc transformait les conditions de la querelle : la Noue espérait que ses liaisons avec les Lorrains lui permettraient, à lui mieux qu'à personne, d'arriver à une solution pacifique, et c'est dans cette espérance qu'il accepta d'être gouverneur de Sedan. Il était bien résolu à n'agir qu'à la dernière extrémité, et dans le cas de légitime défense. Ce qui prouve que telles étaient effectivement ses intentions, c'est la modération de sa conduite, et les ménagements infinis dont il usa avant de prendre les armes ( J). Comme il se rendait à Sedan par terre allemande, il apprit que Jamelz était bloquée. Une voulut pas s'engager dans les hostilités. Sur leconseil du duc de Deux-Ponts et de Casimir, il revint à Genève, et résolut de suivre « la voye de négociation plustost que celle de la force ». Son premier soin fut d'écrire au Roi, pour le prier d'user de son droit de protection sur les places attaquées. On lui répondit que le sieur de Rieux irait trouver le duc de Lorraine, que le duc de Montpensier se rendrait à Sedan : il était donc inutile que la Noue y allât. 11 obéit, et temporisa près de trois mois. Mais les Lorrains, loin de tenir les promesses faites à de Rieux, firent subir à Jametz « un furieux assaut ». Un nouveau prétendant, le duc de Maulévrier, contestait les droits de Charlotte. Montpensier restait à Paris. On commençait à reprocher à la Noue une inaction
fl) Déclaration et Mém. de la Lig. passim, Tosc, Corresp. avec Montpensier.
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qui allait dovenir coupable. Pourtant, avant de se résoudre à la guerre, il essaya do nouvelles négociations en Allemagne (1). Il aurait voulu trouver un moyen de secourir la duchesse sans prendre lui-mAme les armes, c'est-à-dire pousser les seigneurs allemands ;\ faire la guerre aux Lorrains. Il était déjà à Heidelberg au début de juin. 11 s'aperçut bientôt que, si Casimir était dévoué à la religion, il n'aimait à o(!rir son dévouement que contre facture : il semblait à ce prince « que si on ne sème beaucoup, qu'on ne recueillira beaucoup, et que les grandes choses se font avecques grands moyens ». Cette semence précieuse qu'il fallait répandre sur la terre allemande pour y faire lever des reîtres, ce sont les tiorins, et la Noue en est pauvre. Outré de la basse cupidité de ces petits princes, il désespère de pouvoir arriver au moindre résultat avant la fin de l'année, car x lorsqu'il faudroyt marcher, le premier escu ne sera pas arrivé en Alemagne (2). »
Pendant qu'il était à Heidelberg, il reçut de Walsingham une proposition des plus flatteuses. Un Italien réformé qui était depuis longtemps au service d'Elisabeth, qui s'était employé, non sans succès, à recruter des soldats pour l'armée de secours et à favoriser la tentative de Leicester (3), Horatio
(1) Jlém. de la Lig., III, Guerre et siège. Le 17 juin, d'Estivaux est envoyé à Heidelberg pour conférer avec la Noue et Casimir,
(2) Cf. Ségur, lettre du 29 juin 1588 : « De ceste année nous ne pouvons rien espérer de ce pays... le secours que ceux de Sedan peu. vent attendre du Falatinat ne vous doit longuement faire demeurer où vous estes. »
(3) R. G. Fr. 73. Plusieurs lettres de lui à Wals. (1582). Galba B. XI, fo 302. Nero, B. YI, f 226. — R. O. Fr. passim.
Pallavicino, lui faisait demander, par l'intermédiaire de Walsingham, la main de sa fille. La lettre par laquelle la Noue répondit à cette offre est l'une des plus charmantes qu'il ait écrites, celle où la délicatesse infinie des sentiments se mêle le mieux à une ironie légère et pleine de grâce (1). Cette proposition l'a surpris, d'autant qu'il n'a pas vu sa fille depuis onze ans. 11 craint que la chose ne soit impossible, car elle a est laide et le s"" Palavicino est beau gentilhomme. Elle est pauvre et il est riche. Elle n'a esté nourrje ôs cours, et il est gentil courtizan. » Après cet aveu dépouillé d'artifice, il a peur d'en avoir trop dit, et il ajoute ingénument : <( Toutefojs j'estime qu'elle a de la piété. Et qui sçait, s'il l'avoit vue, s il en seroyt dégoûté. » Aussi tient-il à ce qu'il la voie. Il n'entend pas marier sa fille par raison d'Etat; il veut que, non seulement les visages se plaisent, mais que les caractères aussi se conviennent, et il écrit cette phrase, presque étrange sous la plume d'un père du seizième siècle : « J'ay tousjours estimé qu'en telles affaires ung peu de conversation estoit bien requise. » — Les négociations furent-elles arrêtées ? Ou les deux jeunes gens ne parvinrent-ils pas à se plaire? En tout cas, le mariage ne se fit point (2), ce qui n'empêcha pas la Noue de rester en relations avec Pallavicino. Quatre jours avant d'écrire cette lettre, il avait appris la déroute de V Armada. Son cœur bondit de joie à cette nouvelle. « J'ay tousjours eu espoir,
(1) La Noue à W., 4 juin.
(2) Anne de la Noue épousa M. de la Moussaye.
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écrivait-il à Walsingliam, quo vous auriez avantage sur vos onnomys par iner... Ils a voient dcsjù en eux-mosmes... déparLy votre royaume suivant le projet du s'I). Juan d'Au.stricho ; mais le prince de Parme a esté frustré de son attente, et a veu à son nez renverser dans les abismes les cliariots d'Egypte. » Il voit dans cet événement plus ({u'une simple victoire des huguenots sur l'inquisition, il y voit le prélude de la ruine qui menace l'empire de Philippe II. Le fondement de sa puissance, c'est la possession des Indes, et on ne peut conserver les Indes que si l'on est maître de la mer. On ne saurait trop admirer, chez un soldat, engagé au milieu de la mêlée du siècle, cette hauteur de vues qui lui permet d'entrevoir l'avenir : « l'Espagnol vouloit prendre la Flandre par l'Angleterre, mais vous pourrez plustost prendre l'Espaigne par les Indes. C'est par là qu'il faut la miner... »
Cette victoire de l'Angleterre ramène invinciblement son esprit au déplorable état de la France. Ecœuré de ces désordres, sans doute révolté par la lâche conduite de son roi, exilé par l'édit de 1586, ne sachant quel parti prendre ni où se réfugier, il sent défaillir son patriotisme, et puisquil ne peut ni rentrer dans son pays ni aller à Sedan (1), puis- (pie même sa retraite à Genève a irrité ses ennemis et les a amenés à redoubler de rigueur envers son fils, il revient avec plus de fermeté à son ancien pro-
(1) Par un édit du 13 mars 1587, Henri ITI déclare que ceux de ses sujets qui, pour sortir du royaume, se sont retirés sur les terres du duc de Bouillon, « ne seront tenuz, censez ni réputez avoir satisfaict à nostre édict. »
jet d'aller en Angleterre. « Et à présent que la France est si méchante et corrompue, il ne me chault d'habiter ailleurs (1 ). » 11 était de tous côtés sollicité de se rendre à la cour d'Elisabeth. Il venait de recevoir une lettre écrite de Hambourg par M. de Ségur, l'envoyé du roi de Navarre, qui lui disait : « Je pense que vous avez plus d'occasion de vous acheminer en Angleterre que jamais: et y servirez davantage... Pensez au voyage d'Angleterre et résolvezvous d'y venir bientost... Si vous pouvez estre icy dans un mois, vous aurez grande commodité pour passer la mer, pour ce qu'on attend icy d'heure à autre la Hotte d'Angleterre (2) ». La Noue était sur le point de céder à cet appel ; et décidé à accepter maintenant ce qu'il avait refusé plus tôt, il demandait aux Anglais d'obtenir, en échange des prisonniers qu'ils venaient de faire, non seulement la liberté de son fils (3), mais « la libération de ses promesses envers le Roy d'Espagne ».
Pensa-t-il quejamaisles Espagnols n'accepteraient cette condition ? se dit-il que laisser là ses obligations envers les Guises et envers Charlotte pour s'en aller en Angleterre, serait un moyen trop simple de résou-
(1) Lettre à StafiEord, 16 av. 1581.
(2) <£ Copie d'une lettre de M. de Ségur à M. de la Noue, escrite de Hambourg, le 29° juin 1588 ». B. N. Colb. Vc 402, f* 295. La Noue se servait de lui pour faire tenir ses correspondances, a J'envoye Toetre lettre présentement à M. de Wals. par un homme eeur... » La Noue était resté longtemps k Heidelberg dans l'espoir de l'y voir ; mais Ségur avait été gravement malade à Francfort (R. 0. Fr. 90, Stafîord à Wals. 11 mai)
(3j Fargcs, Lett. inéd. de Louise de Coligny {B. S. H. P. F., 1888, p. 373 et 105). C'est à tort qu'une note de la Réd. avance que cette dernière est antérieure à 1585.
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(Iro la contradiction en la supprimant ? Toujours est-il qu'au mois do septembre, c'est-ù-dire neuf mois i\\)ràs lu mort de son ami, il se décide à publier son manifeste et ;\ entrer dans Sedan (1). Et qu'y vient-il faire? se mettre à la tôte des troupes? Nullement, mais proposer une trêve, poursuivre les négociations entamées par M'"" d'Arenberg pour marier la jeune duchesse avec le fils du duc de Lorraine (2). 11 ne pouvait témoigner plus clairement qu'il voulait s'acquitter delà dette contractée envers les Guises. Il fait conseiller au duc, en toute sincérité, « et comme personne qui aymoit le repos et qui ne desiroyt employer ses armes contre luy », de cesser une guerre coûteuse et inutile. Si le duc de Lorraine avait été sincère, il aurait saisi avec empressement cette occasion de mettre lin à la guerre et d'obtenir une avantageuse réparation : on ofïrait au prince de Vaudemont, avec une dot considérable, les trois fortes places de Sedan, Rocroi et Jametz. Mais, après quelques négociations dilatoires, le duc d'Haussonville repoussa les avances de la Noue. Force lui fut alors de répondre à la guerre par la guerre, ayant bien le droit de dire qu'il avait
(1) Les assiégés de Jametz apprennent son arrivée le 15 sept. Le gouverneur Schelandre se rend aussitôt à Sedan, où s'engage la négociation du mariage. — Sa première lettre à Montpensier est du 16. — C'est par erreur que Cavriana (Tosc, IV, p. 761) le croit à Sedan dès le H février.
(2) Cavriana (^Tosc, IV, p. 833) écrit de Blois, le 13 oct. : « La Noue, valorosissimo capitano, è a Sedan, dovè traffica, per fare chè la figliuola del d* di Buglione si dia al figliuolo del d* di Loreno per moglie, con dote di trenta mila scudi l'anno di^entrata, e tre piazze fortissime e inespugnabile, Sedan, Jametz e Kocroy. »
tenté « toutes honnestes voyes pour no venir aux armes ».
Si l'on peut avancer qu'il ait manqué h l'un des trois engagements contractés en 1585, en vérité c'est seulement au second, par lequel il promettait au Roi de ne jamais porter les armes sans son ordre. S. M. lui a écrit : « qu'il luy sembloit n'estre de besoing que j'y allasse [à Sedan]... Au reste qu'elle louoit mon intention, et s'asseuroit que j'estois si affectionné à son service et au bien de ma patrie, que je pourchasserois toujours les choses qui regardoient le bien d'icelle » (1).
La Noue semble bien reproduire ici les termes mêmes de la lettre royale. Or ces termes, fort bienveillants, expriment un souhait plutôt qu'une défense formelle^ pour peu qu'on sache lire entre les lignes. N'oublions pas ce qui se passait en France à la date où cette lettre fut écrite. En 1588, dans l'année des barricades, un bon Français avait bien le droit de ne pas considérer le Roi comme absolument libre. La preuve en était qu'au bout de trois mois, rien de ce qu'il annonçait par cette lettre ne s'était exécuté. Dans de pareilles circonstances, tandis qu'il était à Blois prisonnier du duc de Guise, ûiUait-il obéir aveuglément à ses ordres? « Nous devons amour, obéissance, sujettion et fidélité à notre Roi, qui toutefois peut mourir, mais nous devons tout à notre patrie, qui ne meurt point. » Voyant les gouverneurs de Verdun et de Champagne signer et resigner des trêves avec les gens de Sedan, la Noue est bien
(1) Déclaration, p. 9.
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oxciisablo d'en conclure (ju'aii fond lo Roi iio désapprouve pas complètement sa conduite (1). Enfin il correspond rôguliC'rcmont avec le duc de Montpcnsier, catlioli([Uc du parti du Roi, qui est aui)rC!s de Henri 111 ; il le tient au courant des opérations et des négociations, et jamais dans cette correspondance il n'apparaît que ni le duc ni le Roi aient blûnié les délenseurs de Sedan.
Ces lettres nous font connaître les difficultés nombreuses que la Noue rencontra dans sa nouvelle situation. A Sedan, comme autrefois en Flandre, ses principaux eflbrts sont pour secouer la torpeur de ceux pour qui il travaille. 11 remontre au duc de Montpensier que son honneur et son intérêt exigent qu'il défende les droits de sa pupille (2). Il supplie le Roi de repousser des attaques! dirigées en réalité contre la France, et de prendre enfin les places assiégées sous sa protection (3). Les Lorrains ont sur pied des forces considérables. Le duc de Parme leur envoie des secours des Pays-Bas, Jametz va tomber, et sa chute entraînera celle de Sedan. Mais la puissance du Roi est si affaiblie, les gouverneurs
(1) La vérité, c'est qu'Henri JII aurait bien voulu, par l'entremise du s' de Rieux, mettre la main sur les places.
(2) Lettre du 16 sept. Lettre du 7 nov. : « et pareillemant à vous, car prendre Jamez c'est prendre Champigny , etc. »
(3) Correup. passim. — Voy. aussi B. N. Msc. F. fr. 3495,1° 13, une pièce non datée, mais dont les expressions rappellent de trop près celles des lettres de la Noue pour qu'on n'y reconnaisse pas son influence : « Le Conseil de Madamoyselle de Bouillon supplie très humblement Mgr le duc de Montpensier, qui a fait cet honneur à lad. damoyselle d'accepter sa tutelle, de vouloir remonstrer au Roy ce qui s'ensuit : qu'il a pieu à S. M. donner espérance et promettre cy devant de continuer la protection des places souveraines de lad. damoyselle, et ainsi l'a escrit à M. le duc de Lorraine ; sera S. M. très
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sont si bien devenus des vice-rois dans leurs provinces, que tout se réduit à savoir si la ville de Metz et le duc d'Epernon consentiront à se lever contre les ennemis. La Noue n'est même pas certain de n'avoir pas à lutter contre les soldats du Roi. A deux ou trois reprises il est obligé de renouveler la trêve avec la Vieuville.
Il manque d'hommes pour repousser les Lorrains. Le duc de Montpensier lui a bien envoyé des renforts sous le commandement de du Perron, mais ce sont de tristes soldats. Ils se sont laissé surprendre en route et décimer. Leurs prétentions sont intolérables, et ils ont littéralement vidé le trésor de la duchesse. On a dû finir par les licencier pour n'avoir plus à les nourrir. Encore osent-ils se plaindre d'avoir été maltraités par la Noue ; il est obligé de se justifier et d'établir qu'il les a grassement payés. Ses embarras financiers s'en sont accrus. — Le 29 décembre, Schelandre, après avoir pris conseil de la Noue, a dû abandonner par capitulation la ville de Jametz, en conservant seulement le château. Une trêve de six mois a été conclue. Mais les soldats et les habitants arrivent à Sedan, et ce sont bien des bouches à nourrir (1). La Noue demande à Montpensier de lui envoyer des fonds sur les biens de la duchesse ;
humblement suppliée vouloir effectuer sa déclaration ; ce faisant, envoyer au duc de Lorraine pour le faire désister de son entreprise..- S. M. et ses devantiers et prédécesseurs Roja de France ont toujours bien recogneu les places de Sedan et Jametz estre importantes et de grande conséquence à leur estât, et à cette occasion en ont entrepris la protection pour se les rendre dévotieuses ; et il y a apparance que, s'il en fut jamais de besoing, c'est à ceste heure... »
(1) Guerre et iiège et lettre du 20 janv. 1539 : « Nous uvons le peuple et les soldats... »
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mais, au niilicu du désordre universel, ces fonds ne peuvent parvenir à destination.
Le « coup de Blois » vient heureusement modifier l'état des choses. La Noue, loin d'insulter à la mémoire d'un illustre capitaine (1), voit dans sa mort, qui lui a été annoncée par Henri de Navarre et par du Plessis Mornay, un exemple éclatant des jugements de Dieu. Mais cette mort abat les Lorrains et les rend plus traitables. A la faveur de la trêve, on reprend les négociations de mariage avortées en 1588. La Noue prouve encore qu'il n'avait jamais été animé d'intentions hostiles à la maison de Lorraine, qu'il n'avait poursuivi d'autre fin qu'une réconciliation générale. 11 propose que cinq arbitres, deux de chaque parti et un choisi par le Roi, décident des questions pécuniaires. Mais le duc d'Haussonville traîne les choses en longueur. Les Lorrainsse relèvent de leur abattement en voyant que les « reliques de la Ligue » font encore peur au Roi ; ils lèvent des troupes espagnoles et allemandes, ils préparent une formidable attaque contre le château de Jametz. La Noue est obligé d'engager le Roi à n'avoir aucune foi dans leurs promesses : « car les prescheurs par les villes excitent le peuple à le maudire », et les ligueurs sont si irrités qu'ils aimeraient mieux faire la paix avec les huguenots qu'avec le Valois (2).
Cette explosion des passions populaires élargit le théâtre de la guerre. Une partie des troupes du duc de Lorraine, et notamment les reîtres levés par le
(1) Opposez à cet égard la lettre de du Plessis (IV, p. 291, 30 déc. 1588), qui est d'un sectaire, à la gravité de la Noue.
(2) Lettre du 5 février.
comte de Mansfeld, se dirigent vers la Champagne, pour joindre les forces de la Ligue. C'est directement et en plein cœur que la France est attaqu<'ie. Le siège des villes du duché de Bouillon n'est plus qu'un épisode de cette lutte suprême, et tout le monde sent bien que désormais la place de la Noue est ailleurs qu'à Sedan (1).
(1) Lettrci miss., II, p. 421 et 423.