DERNIÈRES ANNÉES DE FRANÇOIS DK LA NOUE
Bataille de Senlis. — La chartreuse du Montdieu. — Avènement de Henri IV. — La Noue a-t-il conseillé la conversion? — Récits de Davila. — Lettre sur la conversion, hak Noue a rêvé la réunion des Eglises chrétiennes. — Attaque des faubourgs de Paris. — La Noue blessé à Belleville. — Lagny. — Délivrance d'Odet. — Révolte de Bretagne. — La Noue eut-il tort d'allercombattre Mercœur ? — Siège de Lamballe. Mort de la Noue.
Bien avant la mort du Balafré, on avait tente d'employer la Noue à quelque mission plus glorieuse que la défense de deux petites forteresses. Le 29 juin 1588, on s'en souvient, l'ambassadeur du Roi de Navarre en Allemagne lui avait écrit pour lui conseiller d'abandonner Sedan, — « car Dieu, lui disait-il, sans vous lésa délivrez et gardez, et les gardera encore » — et pour lui démontrer qu'il servirait plus utilement la cause en se rendant en Angleterre.
La Noue avait jusqu'alors résisté à toutes ces sollicitations ; il ne songeait qu'à s'acquitter de ses devoirs envers sa pupille. Mais les destinées de la mai-
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son de Bouillon ne se jouent plus seulement alors sur les bords de la Meuse. Sa cause est plus étroitement que jamais lice à celle de la royauté, et le meilleur moyen de sauver Jametz, c'est, par une diversion puissante, de battre l'armée de la Ligue et de forcer les Lorrainsà lâcher prise. Dès janvier, la Noue était entré en correspondance avec le jeune duc de Longueville, le fils de celui qui l'avait accueilli en France après la Saint- Barthélémy. Leduc, (jui venait de recevoir du Roi l'ordre de sauver à tout prix les places de Picardie, écrivit à la Noue, le 7 mars, une lettre des plus pressantes, où il lui demandait de venir se joindre à lui.
La Noue représenta loyalement à la jeune duchesse que la partie n'était plus engagée autour de Sedan, mais en France; qu'il était impossible de sauver le château de Jametz avec le peu de forces dont on disposait; qu'enfin la victoire ou la défaite de l'armée royale amènerait le triomphe ou la ruine de ses espérances particulières. Il ne faut donc pas s'étonner si, au printemps de 1589, la Noue, après avoir recommandé à Schelandre de garder le château de Jametz le plus longtemps possible, sortit de Sedan et s'en alla vivement joindre l'armée de Longueville à Saint-Quentin (1).
Le Roi envoya à l'un et à l'autre — car il avait appris, et vraisemblablement approuvé leur réunion —
(1) Amir. — Guerre et siège... Les sujets de Charlotte ne prirent nullement ce départ pour une défection. La preuve qu'assiégés et assiégeants considéraient bien la marche sur Senlis comme une man- (Euvre pour dégager Jametz, c'est que, le 21 mai, dans une attaque de nuit contre le château, les Lorrains, pour décourager les défenseurs, criaient « que le s' de la Noue estoit défait ».
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— l'ordre de se diriger vers la Bourgogne pour frayer un passage ;\ l'armée ({u'auionait Saulx-Tavannes. La Noue avait été mêlé aux uégociatious laborieuses ([ui avaient abouti à la levée de cette armée. Il était en correspondance avec un envoyé spécial du roi de France on Suisse, qui avait charge de demander aux cantons des hommes et de l'argent, et qui, le 31 mars, lui avait écrit une longue lettre (1), débutant par ces paroles flatteuses : « Monsieur, je receuz hier celle qu'il vous a pieu m'escripre du xx mars. J'ay grand regret que nous ne pouvons vous voire icy. Mais je considère le besoing que vous faites delà ; et seroit à propos, en Testât qu'est la France, que feussiez en une dosaine d'endroits tout à la fois. »
Longueville et la Noue n'eurent pas le temps d'aller à la rencontre de l'armée des Suisses, car ils apprirent que Montmorency-Thoré était assiégé dans Senlis par le duc d'Aumale et les troupes parisiennes. Longueville obligea le vieux capitaine, malgré sa modestie, à prendre le commandement. Dépourvu de tout, la Noue se souvint du fameux voyage de Lorraine ; il engagea ses biens et ceux de sa femme pour acheter des munitions. Puis il dit à ses gentilshommes quelques belles paroles, et les lança contre les « boutiquiers » de la capitale et les Espagnols leurs alliés. Après la victoire, qui eut pour résultats la mort du duc d'Aumale et la levée du siège, il refusa les félicitations de ses soldats et
(1) Arch. nat. K. 1570, n° 161. Voy. Instr. à M. de Sancy... ap Recueil de Mém. et imtr, (Jeaa Maurice), Paris, 1626, in-é".
de son chef, « vu que, disait-il, l'honneur de la journée doit revenir au g'énéral (1) ».
Le lendemain , les vainqueurs marchèrent audevant de l'armée de secours. La Noue espérait se servir de ces reîtres et de ces Suisses pour aller débloquer Jametz (2). Mais le danger pressant où se trouvait le Roi les força de se diriger en toute hâte vers Paris. Henri III, qui avait uni ses forces à celles du roi de Navarre, assiégeait alors Pontoise. La Noue allait donc pouvoir, pour la première fois de sa vie, servir à la fois le clief de son parti et son Roi (3).
Il reçut d'Henri III l'accueil que méritait ce bon sujet et ce brave capitaine. Pour le récompenser de ses services et le dédommager de ses pertes, le Roi lui accorda le brevet de la première place vacante de maréchal de France, des bois, et, suivant l'usage bizarre qui permettait de donner des bénéfices à des huguenots, une abbaye. — Son biographe constate
(1) Amir. p. 350. — P. Cayet {Chron. noven.), qui était pasteur de Montreuil-Bonnin, et entré, grâce à la Noue, au service de Jeanne d'Albret. Amir., p. 348, raconte, en 1661. « qu'à la procession qui se fait tous les ans à Senlis, au jour que la ville fut délivrée, après qu'on a fait les prières pour le Roi, on les fait pour le s' de la Noue et pour sa postérité ».
(2) Nouvelle preuve qu'il n'abandonnait pas, comme on l'en a accusé, la cause de sa pupille. — Voy. Guerre et siège : Après une furieuse attaque, Schelandre signa, le 24 juillet, une capitulation des plus honorables, dont le texte est ibid., p. 664.
(3) L'Assemblée de la Rochelle avait donné en 1588 au roi de Navarre, le commandement supérieur des armées, avec l'assistance d'un conseil élu, auquel étaient adjoints quelques conseillers pris parmi les princes, pairs de France et gentilshommes favorables aux réformés : Montmorency, la Noue, Turenne, la Trémouille, Chastillon, Lesdiguières (nommés dans cet ordre). — Anquez, et Msc. Brienne, f 128 v°.
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avec tristosso « (lu'il no rotir.i ancnn fruit de ces gratilications ■> .
Cette assertion n'est que trop exacte. Avant que la donation qui attribuait ù la Noue les revenus de la chartreuse du Montdieu, près de Kaucourt, eût reçu môino un commenceuicut d'exécution, Henri 111 était mort assassiné (1-2 aoiH). C'est seulement le 8 octobre 1589 (1) que les commissaires royaux ordonnent de saisir les revenus dos chartreux, qui se défendent en appelant chez eux des ligueurs. Dans cette lutte héroïcomique, il est, tout d'abord, à peine question de la Noue (2). La querelle est surtout ardente entre le prieur et la Vieux ille, gouverneur do Mézières, qui avait contre les chartreux une rancune toute personnelle. C'est lui, semble-t-il, qui rappela sur l'abbaye l'attention du nouveau bénéficiaire. Si nous démêlons bien sa politique tortueuse, il cherche à se faire habilement valoir auprès des deux parties à la fois : il suggère à la Noue d'accepter une compensation pécuniaire, et il représente aux chartreux cette solution comme un grand service rendu par lui à l'abbaye.
La Noue accepta cette proposition. Il donna pleins pouvoirs pour traiter à la dame de Laval (3) . Alors
(1) Voy. Gillet, op. cit., qui a utilisé les Archives de Mézières dans un livre partial, sympathique à la Ligue, et qui, même après 1589, n'appelle jamais Henri IV que « le Roi de Navarre ».
(2) Son nom ne se trouve dans aucun des actes rédigés dans les trois derniers mois de l'année et cités par le P. Gillet.
(3) P. Gillet, p. 301, dit qu'elle « paraît avoir exercé certaines fonctions d'intendante dans la maisoîi de la Noue ». Il oublie que c'est une noble dame, Anne d'Alègre, veuve de Guy, XIX^ comte de Laval, fils ded'Andelot. C'est une amie et non une intendante. Parmi lesdettes que Marie de Juré consentit à prendre à sa charge (Arch. nat. Ri 212), on trouve a trois cens escus d'une part deus à M™8 la comtesse de Laval ».
commence un interminable marchandage. Les chartreux, avec une obstination amusante, tâchent à s'en tirer au plus bas prix possible (1). Pendant ce temps, la guerre désole le pays, et l'abbaye est mise au pillage.
Doit-on rendre la Noue responsable de ces pillages ? Le sévère huguenot aurait-il, sur le tard, pris goût à la picorée ? Nous ferons à ce sujet quelques remarques: 1° La Noue n'a jamais lui-même pillé l'abbaye. — 2" Il est accusé de l'avoir fait piller par ses lieutenants. En effet, une lettre des religieux à leur prieur du 13 janvier Lo90 annonce que M. de Roussy, lieutenant delà Noue, est venu les menacer de pillage, mais tout s'est borné à des menaces. La Noue, à qui ils se plaignirent, répondit qu'il les avait toujours protégés, mais que maintenant il était trop loin d'eux, et que le prieur s'était attiré ces malheurs en quittant son abbaye. Il est vrai que, le 31 décembre, l'abbaye est dévastée par une bande de picoreurs dont le chef, des Merlières, « déclare qu'il vient au nom de la Noue, dont il est l'agent ». Mais rien ne prouve que cette assertion soit exacte (2). Toujours resterait-il que les chartreux étaient, à cette date, des ligueurs en révolte ouverte contre le Roi. — 3° Ce qui semble in-
(1) Ils cherchent (Gillet, p. 309) à faire réduire la somme « dans VintérH de la Ligne comme dans le leur ».
(2) Id. p. 33G. Le procureur va se plaindre à la Noue, qui « parut étonné et voulut se disculper d'avoir donné de pareils ordres. Dagonneau repartit que Desmerlières avait montré aux religieux Vordre signé par la Noue, Celui-ci alors se plaignit de ce que les Chartreux avaient embrassé le parti des ligueurs. » L'auteur n'indique pas les sources d'où lui viennent ces détails.
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diqiici' qiio la Noue n'apporta dans cette alïaire aucune îlpretô, c'est la facilité avec la({uolle il abaissa SOS prétonlions de IG.OOO écus à 2.000, puis finalemont à 1.200(1). C'est ;\ cotte faible somme que se réduisit tout le « fruit » qu'il retira des « gratifications » du feu Roi.
Cette négociation n'était qu'un intermède dans le grand drame qui se jouait alors sur un autre théâtre, et dont il était l'un des acteurs. Lorsqu'elle se termina, la Noue était déjà devenu le sujet du Roi de son cœur, de celui dont il suivait les progrès depuis le temps où la reine Jeanne commandait à la Rochelle. Le nouveau Roi demanda conseil à ses vieux serviteurs, car l'heure était solennelle, pour lui, pour les huguenots, pour la France.
Quelle fut, dans ces circonstances décisives, l'attitude de la Noue ? Avec Mornay, c'était un des hommes que le Roi consultait le plus volontiers. Le moment semblait venu d'appliquer les généreuses idées de fraternité nationale et de réconciliation religieuse qui sont au fond des Discours. Il fallait d'abord calmer l'inquiétude des catholiques royalistes, qui voyaient, ou prétendaient voir, dans Lavènement d'un roi huguenot, la menace d'une revanche san-
(1) En lui remettant cette somme, Dagonneau «lui prédit qu'elle lui porterait malheur ». Ou ne voit pas bien en quoi la Noue était criminel d'avoir cédé pour si peu de chose les droits que Henri III lui avait conférés. L'auteur ajoute charitablement : « le chef huguenot survécut peu à ces démêlés ». Il reconnaît cependant que la Noue tint loyalement la promesse qu'il avait faite aux religieux. Le 3 fév. 1591, un édit du Eoi les rétablit en possession de leur maison, a en faveur, à la supplication et requeste de nostre amé et féal le s' de la Novie ».
glante,et qui exigeaient une conversion immédiate (1). Inspiré par la Noue et Mornay, Henri leur adressa, le 8 août, une déclaration aussi habile que fiére : il promettait à ses sujets de respecter leurs croyances, il repoussait hautement la prétention qu'ils afïichaient de lui dicter les siennes ; il remettait la question religieuse à la décision d'un libre concile, auquel il s'engageait à se soumettre, et donnait congé aux mécontents. C'était à la fois sauver la dignité de la couronne et laisser la porte ouverte à toutes les concessions (2).
LaNouene voyait-il dans ces paroles qu'un moyen de retarder la conversion du Roi au catholicisme ? Voulait-il simplement, croyant cette conversion inévitable, lui enlever ce qu'elle aurait eu d'humiliant pour la royauté, si elle avait paru arrachée par les menaces des ligueurs, de déshonorant pour le Roi, s'il avait semblé acheter sa couronne au prix d'une messe, de dangereux pour le parti huguenot, si l'on pouvait croire que ce parti n'avait été, entre les mains d'Henri, autre chose qu'un instrument pour monter au trône ? C'est sous cet aspect que Davila présente les choses et, d'après lui, la Noue serait, par avance, le véritable auteur de l'abjuration de 1593.
Le grand historien catholique a consacré aux sentiments de la Noue deux passages dont on ne cite guère à l'ordinaire que le premier (3). — Nous sommes au lendemain de la mort de Henri 111, La
(1) Davila, p. 589. — Ernst Stahelin ïlurtrltt Ikinrichs dex Vierten.
(2) Jlém. de la Lig., IV, p. iU. Voy. I.ett. vtiss , III, p. 71, La Xouc est l'un des chefs protestants (lui ont conseillé au Roi la dt'claration du 8 août.
(3) Davila, p. 592.
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Nouo, combattant l'opinion do du Plessis Mornay (1), aurait dit au Roi « qu'il n(^ |)cnsA,t pas d'ôtre roi do France s'il ne se faisait catli()li({uo ; mais qu'il avisât de le fîiirc avec ménag-emont, et sans dommage pour ceux qui si longuement l'avaient servi et maintenu ». Le Roi, ajoute le narrateur, se rangea à cette opinion. — Remarquons seulement ici l'étrange ressemblance de ces paroles de la Noue : che non pensasse mai di essere Rè di Francia, se non si faeesse catlolico, avec celles que le môme historien met dans la bouche de Henri III mourant : Voi non sarete mai Rè di Francia, se non vi faie catiolico. Ressemblance d'autant plus suspecte que, si Cheverny et le duc d'Angoulême, dans leurs récits des derniers moments du Roi, parlent comme Davila, d'après de Thou, au contraire, Henri III aurait conseillé à son successeur d'abandonner aux Etats le règlement de cette question (2).
Le second passage se rapporte à Tannée 1591 (3). La continuation de la guerre, la publication des monitoires de Grégoire XIV ont amené la formation d'un liers parti. Le cardinal de Vendôme cherche à attirer à lui les catholiques royalistes, et se plaint que le Roi, en tardant à se convertir, prive non seu-
(1) Stahelin, p. 39, traite d'invention cette dispute entre Ja Noue et du Plessis, « qui à cette époque était malade à Saumur ». Il fait, avec beaucoup de sens, ressortir les variations nombreuses des contemporains sur ces premiers jours du règne. Cf. de Thou, Cayet, l'Estoile, Mim. de la Lig., etc.
(2) Le certificat de plusieurs seignews (Cimber, XII, p. 37-1) signé. Cependant, de l'aumônier d'Henri III, ne dit rien de ces dernières paroles du Roi.
(3) Davila, p. 717-720.
lement soi-môme, mais la maison de Bourbon tout entière de ses droits à la couronne. Menacé d'une véritable sécession, le Roi tient conseil. Cheverny est d'avis qu'on cède immédiatement aux injonctions du tiers parti (1). La Noue déclare rester fidèle à l'opinion qu'il émettait deux ans auparavant; mais, dans un long discours, il montre que l'heure est mal choisie pour opérer un changement aussi grave. Le Roi est en lutte avec l'Espagne et le Pape, il n'a d'alliés que l'Angleterre et les princes allemands. S'il se convertit maintenant, ces alliés l'abandonneront, les huguenots du royaume s'éloigneront de lui, et il sera sans forces pour résister au prince de Parme, dont l'armée est déjà en route. Les conjonctures ne permettent pas d'user des grands moyens ; il faut diviser les seigneurs trop tièdes, les éloigner les uns des autres, les surveiller, les apaiser, et faire durer les choses jusqu'à l'issue de la lutte entre le Roi et les Espagnols.
Ce n'est pas sans quelque étonnement qu'on voit l'auteur des Discours conseiller à son Roi une véritable hypocrisie, lui enseigner une politique imitée des petits tyrans italiens, assez semblable à celle qu'avait tenté d'implanter en France Catherine de Médicis. — N'oublions pas que Davila est un littérateur, qu'il compose ses discours à la façon des historiens de l'antiquité. Imitateur de Tacite, il n'est pas incapable de prêter à ses personnages des idées qui sont les siennes, pourvu qu'elles s'accordent à la situation. Ce discours a précisément les qualités d'un
(1) Il est au moins curieux que Chevemy, dans ses Mémoire», n'ait pas rapporté cette scène.
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beau morceau do rhétorique. Ce qui traiiit la préoccupation littéraire, le souci de transformer les personnages do l'histoire on héros de tragédie, de réduire leur complexité vivante à cette unité de ton qui est requise par llorace, c'est que ce discours est évidemment composé avec des lambeaux de la Noue. Davila avait lu les Discours^ et s'en est souvenu. Doversi al présente applicarvi rimedii non molto risohUi, ne moUo potenti,ma tali che mitigassero e differissero il maie, sinchè s'havesse commodiià di purgarlo, cette phrase n'est-elle pas le résumé du quatrième Discours, l'apologie de ces « médecines douces et faciles », qu'il faut d'abord mettre en usage, « en attendant l'occasion plus opportune » pour user de sévérité ? — Si le projet de la Noue est bien profond pour son âme honnête et presque naïve, ne serait-ce pas que Davila, qui aime, lui aussi, à creuser dans le noir, et à faire de ses personnages de petits Machiavel s, lui a prêté un peu de son esprit subtil et de son goût pour l'intrigue ? — L'insistance avec laquelle la Noue, au début de sa harangue, rappelle sa déclaration antérieure, nous rendrait suspecte cette déclaration même: il se donne vraiment trop de peine pour nous prouver qu'il est « simple et un ». En outre, comment expliquer que la Noue, dans un écrit dont nous allons parler et où il exprime des idées sur certains points voisines, sur d'autres ditférentes de celles que lui prête ici Davila, n'ait pas songé à rappeler qu'en 1589 il avait conseillé au Roi de se faire de la religion de ses sujets ?
Les affirmations de Davila étaient déjà combattues
par Mézeray, et par Amirault, dont le livre a au moins la valeur d'une tradition de famille. Nous pouvons invoquer aujourd'hui le témoignage de la Noue lui-même, qui prit la peine d'écrire, dans les derniers temps de sa vie, tout un petit traité sur cette question qui lui tenait à cœur (1). Nous voulons parler de sa Lettre su?^ la conversion du Roi.
On a contesté l'attribution à la Noue de cette pièce importante (2). Il est bien vrai « qu'elle n'est ni datée ni signée », que « l'on ne sait à qui elle est adressée », « qu'elle n'est pas autographe », que le nom du Ikas de Fer y a été ajouté « par une autre main que celle qui l'a copiée ».
A ces raisons nous en opposerons d'autres, qui ne nous semblent pas sans valeur. Les allusions cons-
(1) Voy. la Lettre de M. de la Noue, (lue nous avons publiée dans la Rev. Mit., 1888, p. 311-323, et les articles déjà cités de MJI. Weiss et d'Aussy. — Une nouvelle lecture de cette copie, assez difficile à déchiffrer, nous a permis d'apporter au texte publié en 1888 quelques corrections, dont voici les plus importantes : p. 312, ligne 17, « vous circonviendriez. »; — p. 314, 1. 21, « leurs âmes, en les privant du bien sans lequel Bile croit » ; 1. 29, « la poursuit et assaut ? »; 315, 1. 36, a la seigneurie ». — 316, 1. 42, « Dieu couronnera ses dons qu'il a mis en vous, qui ne laissera » ; 317, 1. 1, « les Roi/s »; 1. 18, « vérité ». — 318, 1.36, « nos vieux capitaines »; 1. 38, « disoient-ils »; 1. 44, et ensecclie., casser les médians cdits ». — 321, 1. 4, « piqués ». — 323, 1. l,a qui vous est aufsi nécessaire et utile qu'à nous ». — Quant aux deux variantes proposées par M. d'Aussy, la première (à luy incogneu), conforme au msc, doit être acceptée. Pour la seconde {qu'elle a esté l'Eglise primitive), il est bien vrai que le msc. porte qu'elle, mais comme, dans les autographes de la Noue, l'apostrophe n'apparaît pour ainsi dire jamais, on a le droit de l'attribuer ici à une fantaisie du copiste. Admettre cette variante, ce serait faire dire à la Noue que l'Eglise catholique, dans son état actuel, est conforme à l'Eglise primitive, ce qu'il a toujours nié, et nie encore dans cette même lettre.
(2) L'authenticité en a été contestée dans Rev. quest. hist., 1888, p. 624.
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taiilos aux ^iiorros do Flandre, au iirince d'Orange, au duc d'Alcnçon, feraient déjà penser que c'est la Noue qui l'a écrite, môme si personne n'avait pris soin de nous en avertir. — Les idées, ce sont celles que la Noue a toujours soutenues, non plus répétées, coninie chez Davila, avec une servile fidélité, mais reprises sous une forme nouvelle et quelquefois plus heureuse, accommodée aux circonstances. L'amour de la paix, le sentiment national, monarchique et unitaire, celui de l'identité essentielle des 1-Cglises, et l'espoir d'une réconciliation de tous les chrétiens, le désir de voir convoquer des Etats et un concilC; la crainte que les guerres religieuses n'accroissent le nombre des impies, ne reconnaît-on pas à tous ces traits le captif de Limbourg? Le style, quoique un peu traînant par endroits (l'ouvrage n'a pas reçu la dernière main), rappelle d'une manière frappante le faire de la Noue. C'est la même bonhomie oratoire, la môme vivacité d'accent, les mêmes habitudes de langage, et parfois jusqu'aux mêmes expressions favorites (1). — On a dit, il est vrai, que la lettre pouvait être d'un ami de la Noue, désireux de placer ses idées sous l'autorité d'un nom illustre, et qui aurait su faire habilement un pastiche des Discours. Mais le faus-
(1) .A.U double point de vue des idées et du style, indiquons quelques rapprochements entre : « que pour en avoir abusé, Dieu ne leur oste la semence d'icelle [la religion] des cœurs » et « ce sont nos guerres pour la Religion qui nous ont enlevé la Religion *, entre K Rendez à César », et le discours « de trois fausses opinions », entre « resonner ce mot d'hérétiques », et c( si vous leur ostez ceste parole de la bouche », et la fin de la Déclarât, de 1588, etc. L'Eglise t reparée de cette splendeur », les Evoques qui « ont reluy au monde », sont des expressions familières à la Noue.
saire se serait empressé, dès la mort du grand capitaine, de tirer parti de sa supercherie, de publier cette œuvre, et d'ajouter un pamphlet de plus à ia violente polémique que tous les partis avaient engagée sur cette question (1). La lettre attribuée à la Noue n'aurait point passé inaperçue, et nous ne serions pas aujourd'hui à épiloguer sur l'unique copie qui nous en soit parvenue.
Nous pouvons donc tenir cette lettre pour authentique. Est-elle contemporaine du premier ou du second récit de Davila ? — Les deux dates extrêmes entre lesquelles elle peut avoir été écrite nous sont fournies par la bataille d'Ivry (14 mars 1590), qui y est rappelée, et par la mort de la Noue (4 août 1591). Mais serrons le texte de plus près. Une allusion à la publication des monitoires et à la formation d'un tiers parti [2) ne nous permettent pas de la croire antérieure au mois de mars 1591. D'autre part la Noue, qui cite la Déclaration royale du 8 août 1589, n'aurait pas manqué d'invoquer à l'appui de sa thèse les lettres patentes du 4 juillet 1591, si celles-ci n'étaient postérieures à la rédaction de sa lettre, et peutêtre inspirées par cette lettre même (3). Ajoutons que le l^juin il partit pour la Bretagne, et que la lettre semble avoir été écrite dans le voisinage du Roi.
(1) Voir ces pani[ihlet8(Stahelin en cite un grand nombre) dans les Mém. (le la Lig., le F. fr. de la B. N., et les Esp. des Arcii. nat.
(2) P. 319 : a les injustes foudres spirituelles... » et plus haut : « La France n'est-elle pas assez divisée... ? »
(3) Mém. (le la Lig. ÏV, p. 3G1, .JGl). Certains passages semblent empruntés à la Noue : « Ces violens labeurs que nous avons depuis notre premier âge supportés sans intermistsicn... la convocation d'un saint et libre concile... Et si par icelle Diea nous faisoit la grâce de reconnaître si nous sommes en erreur, de nous en départir... Les pre-