CHAPITRE CINQUIÈME
Cette lettre de Pasquier constate le véritable état de l'opinion. Des fêtes populaires accueillirent le duc de Guise ; il n'y eut dans les rues que les cris de « Vive le duc !» Il s'était fait chef des catholiques ; on le saluait comme une espérance. Le sang qui avait coulé était le prélude de la guerre à laquelle tous les partis aspiraient, le duc de Guise assistait à une procession, et le prince de Condé allait aux prêches. Les nuances se dessinaient ainsi parfaitement (r).
Le chef du parti catholique fut donc reçu à Paris avec enthousiasme, tandis que le prince de Condé, venu pour essayer de contre-balancer son influence, fut obligé de se retirer devant les huées et les imprécations du peuple.
La reine s'était réfugiée, avec son fils Charles IX, à Fontainebleau, hésitant encore sur le parti qu'elle devait prendre. Les triumvirs comprirent qu'il fallait agir avec promptitude, et avant tout s'assurer de la personne du jeune roi. Ils se dirigèrent donc en toute hâte vers Fontainebleau, o-agnèrent de vitesse le prince de Condé, qui s'y rendait dans le même but; et, étant arrivés les premiers, forcèrent la reine-mère à remettre son fils entre leurs mains. Devenus ainsi maîtres du gouvernement, les chefs catholiques n'en
l. Capefigue, La Réforme et la Ligue.
abusèrent pas, et maintinrent l'édit de janvier dans son entier, ce qui montre bien, que ce n'était pas la teneur de l'édit, mais le caractère des personnes chargées de son exécution qui avait excité leurs alarmes. Les protestants ne voulurent tenir aucun compte de ces bonnes dispositions ; il ne leur suffisait pas
Château de Fontainebleau.
d'avoir la liberté ; malgré leur petit nombre, ils prétendaient à la domination ; dès qu'ils sévirent évincés du gouvernement, ils firent appel aux armes, et la première guerre civile fut résolue.
Cette guerre commencée en 1562, ne devait finir qu'en 1598. La responsabilité tout entière, on le voit,