‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 106 sur 142 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

dait le corps principal, et sur un même front marchait l'avant-garde, aux ordres du maréchal de Saint-André ayant sous lui le duc d'Aumale et M. d'Anville. L'infanterie espagnole formait l'aile droite, protégée par quatorze pièces de canon, et appuyée par Saint- André; les Suisses occupaient la gauche, défendue par huit autres pièces, et en arrière de laquelle se tenait le duc de Guise.

Pendant deux heures on s'observa, sans escarmouches des deux côtés, avant d'en venir au combat.

Le prince de Condé, d'après l'avis de Dandelot, qui était allé reconnaîtrel'armée royale, tâchait bien d'éviter la bataille et,appuyant à droite, de se porter au midi, sur Tréon où il espérait pouvoir se retrancher ; mais par cette manœuvre il découvrit son flanc. L'amiral de Coligny, à ce moment, donnait ses ordres pour la retraite, mais il se vit forcé d'accourir au secours de Condé avec tant de précipitation que plusieurs de ses gentilshommes n'eurent pas le temps de revêtir leurs armures, et durent combattre en pourpoint.

Le connétable vit ces hésitations, ces allées et venues dans l'armée ennemie, pendant que ses boulets enlevaient quelques files dans les rangs huguenots ; il jugea, avec sa présomption accoutumée, qu'une seule charge culbuterait des gens déjà troublés et mal en ordre. Dans sa hâte d'en finir avant l'approche du duc de Guise, il fit cesser le feu, et partit au galop avec

toute sa cavalerie ; derrière lui les Suisses doublèrent le pas et le suivirent en rangs serrés.

La canonnade commence ; l'avant-garde de Condé, commandée par Coligny, fond sur le centre, qui s'avance sous la direction de Montmorency. Le prince lui-même, qui fait face avec son corps de bataille à Saint-André et à l'avant-garde, néglige de les attaquer, les laisse sur sa gauche, porte tous ses efforts sur le corps principal des catholiques, engage imprudemment ainsi toute sa cavalerie, et pénètre jusqu'aux enseignes suisses, inébranlables devant ce terrible choc.

Malgré le conseil du duc de Guise, qui recommande de laisser passer cette furie, d'Anville accourt contre Condé, avec trois compagnies d'hommes d'armes et les chevau-légers ; bientôt entouré par la cavalerie allemande, il est contraint de se replier sur l'aile droite. Le connétable, de son côté, oppose une énergique résistance à l'attaque de son neveu Coligny.

Au milieu de cette effroyable mêlée, malheureux comme à Saint-Quentin, le connétable de Montmorency sent tomber son cheval tué sous lui ; il en monte un autre aussitôt, mais lui-même, blessé d'un coup de pistolet à la mâchoire, demeure bientôt prisonnier.

Autour de lui ont succombé M. de Montberon, son quatrième fils, MM. de Beauvais et de Givry. Le duc d'Aumale, frère de Guise, combattant avec la plus vive ardeur, renversé à terre par les fuyards, rudement

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