‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 113 sur 142 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

suffisantes, et demandait des renforts. La reine, qui était à Chartres, vint à Blois pour surveiller Guise de plus près, et essayer d'obtenir qu'il abandonnât le siège d'Orléans et se jetât dans la Normandie. A cet effet, elle dépêcha auprès du duc Castelnau, son ambassadeur ordinaire dans ces sortes de missions. Castelnau rejoignit Guise (6 février) au moment où il allait, après son dîner, visiter son infanterie.

Mais d'abord il convient d'esquisser la situation de la place et celle des assiégeants. C'est à M. Charles Cauvin que nous emprunterons ce tableau.

Dandelot, qui commandait la ville en l'absence de son frère, avait avec lui le comte de Duras, Bouchavannes, Georges de Clermont d'Amboise, et une foule d'autres gentilshommes. Bien que souffrant d'une fièvre quarte, il déploya une activité extraordinaire à défendre une place qui allait être attaquée par le premier capitaine de l'époque.

Le dessein de Guise, dès son arrivée, avait été de s'emparer d'un faubourg appelé le Portereatt, entouré d'un fossé, et défendu du côté d'Olivet par les Français, et du côté de Cléry par les Allemands.

Lorsque Castelnau arriva, porteur des instructions de la reine, Guise lui dit qu'il avait besoin de réfléchir. Puis l'entraînant avec lui, il lui parla de son infanterie, forte de quinze cents hommes et soutenue par douze

cents cuirassiers. Ces troupes étaient postées sur deux chemins qui conduisaient au faubourg du Portereau, et à fort peu de distance de la ville. Castelnau croyait qu'il allait assister seulement à une revue. Mais après que Guise eut donné quelques ordres et se fut revêtu de son armure, les troupes s'ébranlèrent en silence. Tout à coup quatre couleuvrines braquées contre le faubourg, font feu contre les gabions, balaient en un clin-d'œil tous les ouvrages de l'ennemi, et toute la colonne s'élance contre le Portereau, qui tombe en peu d'instants au pouvoir de l'armée catholique.

Deux mille hommes tant Gascons qu'Allemands, défendaient le faubourg. Les Gascons soutinrent bravement le choc: mais, attaqués par derrière, ils furent obligés de se retirer du côté de la porte des Tournelles, et de repasser le pont pour se réfugier dans la ville. Les Allemands, embarrassés dans leurs bagages, s'étaient déjà engagés dans l'issue trop étroite, si bien que ce fut une indescriptible mêlée où il se fit un carnage horrible de l'armée protestante. Dandelot était accouru à la porte des Tournelles à la tête de sa noblesse, et n'eut que le temps de faire hausser le pontlevis pour que les troupes de Guise ne s'emparassent pas de cette importante position, ainsi que des îles, de la rivière et peut-être de la ville. Gascons et Allemands, pour éviter d'être étouffés ou passés par le fil de l'épée, se jetèrent dans la Loire, où la plupart se noyèrent.

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