‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 114 sur 142 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

« J'arrive jeudy en ce lieu, écrit Guise à M. de Gon- « nor, et le lendemain, avec environ quinze centz arque- « busiers françoiset espagnols et douze centz corcelletz, « je force le Portereau, où il y avoit deux mille hommes « soubs douze enseignes; desquelz je défictz ung bon « nombre; aucuns ne voulans saulver se noyèrent, et le « reste s'est retiré dans la ville; et encore qu'ilz se fus- « sent retranchez et fortifiez beaucoup mieulx que nous « n'estions aux faulxbourg deParis, ils ont été assailliz « si vivement que je les ay contrainctz d'abandonner « leur fort. Et si j'eusse esté promptement secouru « d'artillerie, j'eusse dès lors faict chose dont tout ce « royaulme eust reçu ung grand bien. »

Et plus loin, en forme de post-scriptum, il ajoute le lendemain :

« Mon bon homme, je me mange les doigts de pen- « ser que si j'eusse heu six quanons, et pour en tirer « deux mille coups, ceste ville estoit à nous. Il n'y avoit « ung seul parapet qui vaille, et ne les ont garnis que de « de tonneaux. Ils n'ont pas quatre cens soldats bons, « le mourant près de la ville, et cinq enseignes d'Alle- « mans qui ont sortis jusques hors de la ville pour le « venir randre ungeffroy dézespéré parmi eux. Je ne « puis faire mieux que de essaier de guagner le pont « qu'ils couppent.ce qui m'est mallezé; mais je amploye- « ray le peuple à fortifier le Portereau pour y laisser « quinze cents hommes de garnison, rompant le pont de

« Perquan, il ne le veille de ce costé; si l'on me donne « loizir, je le feray, sinon je serai contrainct prendre « aultre party, mandez-moi votre oppinion, mon bon « homme (I). »

Le lendemain, Castelnau étant revenu pour chercher la réponse attendue par la reine, le duc de Guise lui fit recommencer une nouvelle promenade militaire pour inspecter le faubourg pris la veille. Les troupes royales avaient peine à s'y maintenir, exposées qu'elles étaient au feu du fort des Tournelles. Guise fit dresser immédiatement des ouvrages de défense, et mit en ligne, pour battre le fort, des batteries d'artillerie qu'il venait de recevoir de Nantes.

Il fallait pourtant répondre à la reine. Guise assembla son conseil de guerre et pria Castelnau d'exposer l'objet de sa mission. L'ambassadeur dépeignit la situation de Brissac dans Rouen, et la nécessité qu'il y avait de marcher contre Coligny, qui tenait toute la Normandie sous sa domination. Le conseil, un instant ébranlé, allait donner un avis favorable aux propositions de la reine; mais le duc de Guise prenant la parole, fit ressortir les inconvénients qu'il y aurait à abandonner le siège d'une ville alors que le plus fort de l'ouvrage était fait, et les difficultés qu'il y avait de courir à la rencontre de l'amiral. L'hiver était rude, les grandes pluies avaient rendu les communications impraticables,

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