‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 115 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

l'infanterie royale était sans chaussures et sans vêtements; c'était l'exposer à une défaite certaine que de la lancer encore une fois dans les plaines de la Beauce, contre la cavalerie protestante si admirablement montée. Guise était donc d'avis qu'il fallait d'abord s'emparer d'Orléans, véritable repaire des huguenots, et se rendre maître de tout le bassin de la Loire. Ensuite le roi convoquerait son arrière-ban, toute sa noblesse, tous ses gendarmes ; il viendrait se mettre à la tête de ses troupes, où il serait plus en sûreté que dans Paris même ; alors on ne dirait plus l'armée de Guise, mais bien l'armée du roi, et avant l'été le royaume serait pacifié.

Ce plan, exposé avec autant de simplicité que d'énergie, fut approuvé avec enthousiasme, et la reine et son conseil furent obligés de le ratifier en donnant ordre à François de Guise de poursuivre les opérations du siège. Mais cet ordre, il ne l'attendait pas, et dès le 9 février, le fort des Tournelles tombait en son pouvoir après un acte de témérité accompli par quelques soldats.

Orléans était entouré de tous côtés par huit mille hommes d'infanterie et quatre mille chevaux; des pionniers essayent même de faire rentrer la Loire dans son ancien lit. Les îles et les retranchements du pont sont battus en brèche par trente-deux pièces d'artillerie. Guise peut donc calculer avec certitude le jour

où la ville tombera en son pouvoir, et Coligny ne peut plus arriver à temps pour la secourir.

C'était le 18 février au soir, l'assaut devait avoir lieu le lendemain, et Guise, ne voulant pas que la ville fût livrée au pillage, venait d'adresser à ses troupes ses dernières recommandations. Au lieu de retourner à son camp de Saint-Hilaire, près Saint-Mesmin, au lieu dit les Vallins, il prit la route du château de Corney, où la duchesse sa femme venait d'arriver.

Guise n'avait pas voulu, pour économiser l'argent du roi, faire construire sur la Loire un pont qui eût coûté de quatre à cinq cents écus. Ce pont lui eût évité un immense détour toutes les fois qu'il revenait du Portereau pour rentrer en son camp. « Espargnons l'argent « de notre roi, disait-il, il en a assez à faire ailleurs; tout « lui est bien de besoin; car chascun le pille et le mange « de tous côtés. Nous nous passerons bien de ce pont; « et moy, mais que j'aye mon petit bateau, c'est assés. »

Ce fut dans le parcours du trajet que l'absence de ce pont l'obligeait de faire que le duc fut assassiné.

L'historien protestant, Dargaud, a tracé du meurtre et de la mort du duc de Guise le tableau le plus émouvant qui soit, et c'est à lui qu'il faut demander, ici, de retracer les singulières péripéties de ce crime qui profitait considérablement soit à l'amiral de Coligny soit aux huguenots. L'assassin, on le sait, avait nom Poltrot de Méré.

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