‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 116 sur 142 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

« Poltrot avait été présenté à M. de Soubise, gouverneur de Lyon pour les huguenots. M. de Soubise avait dépêché ce fanatique à M. l'amiral, qui lui avait donné de l'or, des encouragements et qui l'employait en qualité d'agent secret dans l'armée catholique. « M. de Soubise me mande, lui avait dit Coligny, que vous avez bonne envie de servir la religion. Allez devant Orléans et servez-la bien. » Ces mots n'étaient qu'une recommandation d'espionnage ; mais Poltrot les interpréta sanguinairement.

« Le vrai nom de cet aventurier était Jean de Méré. C'était un gentilhomme de l'Angoumois. Il vint au camp royal. Il avait longtemps vécu dans les Astunes, dont il avait contracté l'accent. Sa belle taille, son teint basané, sa réserve, sa gravité, tout son extérieur d'Espagnol plurent à M. de Guise. Poltrot lui insinua qu'il désirait abjurer la religion protestante. M. de Guise applaudit à ce projet sans presser autrement Poltrot que par ses courtoisies. Il l'invitait souvent à sa table, lui adressait la parole avec bonté, et lui permettait de l'accompagner à la promenade ou aux remparts. Poltrot se montrait reconnaissant et semblait s'être dévoué au duc. Il épiait le moment favorable. Tous les jours M. de Guise traversait le Loiret dans un petit bateau, afin de visiter les ouvrages du siège. Le 18 février, Poltrot le vit partir seul avec M. de Rostaing. Il monta lui-même à cheval et alla

attendre sa victime en un carrefour du bois par où M. de Guise devait revenir. Poltrot descendit de son cheval et l'attacha à un arbre dans l'épaisseur des taillis ; puis, se cachant, il se mit à guetter sa proie. Le temps s'écoulait. L'agitation du meurtrier croissait de minute en minute, et son courage chancelait. Il pria Dieu de le réconforter , il pria Dieu pour l'assassinat, comme on le prie pour la charité, tant le fanatisme est exécrable, sacrilège, aveugle, tant il bouleverse et confond dans la conscience toutes les notions du crime et de la vertu.

« Cependant M. de Guise, dont les travaux si bien surveillés avançaient, s'en retournait content, au crépuscule, et disait par intervalles : « Orléans est à nous !» Il se réjouissait de ce grand siège qui allait ruiner l'influence des huguenots. Il avait repassé le Loiret dans son petit bateau et se rendait, toujours en compagnie de M. de Rostaing, au château de Corney où était la duchesse, à peu de distance du camp. Lorsqu'il approcha du carrefour, causant avec une pointe

A. la ville d'Orléans. — B. le duc de Guise, retournant de voir le camp devant la ville d'Orléans et la batterie, avec le capitaine Rostain, à son logis nommé les Valins, est frappé par le sieur Jean Poltrot, dit du Méray, d'un coup de pistole en l'épaule, où étoient trois balles, dont il mourut peu de jours après, en son dit logis. — C. le capitaine Rostain, accompagnant le duc de Guise. — D. Jean Poltrot, dit du Méray, ayant opportunité d'exécuter son entreprise, prie Dieu premièrement dans un bois, ayant attaché son cheval à un arbre. — E. le dit Poltrot, attendant le duc de Guise entre cinq noyers, lui lâcha sa pistole. — F. le dit Poltrot, ayant fait son coup, s'enfait, dont depuis fut pris. — G. le logis de M. de Guise, nommé les Valins. (Note imprimée au bas de la gravure originale).

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