CHAPITRE SIXIEME
de gaîté française que lui donnait la certitude d'une victoire nouvelle, Poltrot qu'il aperçut parmi les arbres, trembla de tous ses membres. Il eut un instant de défaillance et fut près de renoncer à son attentat. Mais, s'indignant contre lui-même, il étouffa cette faiblesse, se raidit contre toute pitié et arma son pistolet. M. de Guise cheminait sans défiance et sans cuirasse à quelques pas de son assassin, qui l'ajustant du taillis où il s'était posté, entre deux noyers, lui déchargea, presque à bout portant, dans les reins, trois balles empoisonnées ('). Le duc fléchit sur la crinière de son cheval. Il essaya de tirer son épée, mais son bras était sans force ; il ne put que se relever un peu et dire : « Je crois que ce n'est rien. » M. de Rostaing et quelques soldats survenus à la détonation le soutenant, il eut l'incroyable énergie de regagner, sans plaintes, son logis où les chirurgiens s'assemblèrent en toute hâte. « Il embrassa tendrement la duchesse éplorée, l'exhortant à la résignation, racontant lui-même ce guet-apens des huguenots, et s'en déclarant « navré pour l'honneur delà France». Comme le jeune prince de Joinville s'était emparé de la main de son père et la pressait contre ses lèvres, le duc baisa les cheveux blonds de son fils, en disant :
i. Cette affirmation de Dargaud ne repose sur aucune preuve sérieuse. On a toujours ignoré si les balles étaient réellement empoisonnées. Il n'en était pas besoin !
« Dieu te fasse la grâce, mon enfant, de devenir un homme de bien ! »
« Les chirurgiens donnèrent quelque espérance. Le 22, ils firent une incision à la blessure et la sondèrent. La fièvre était ardente. Le cardinal de Guise ayant engagé, avec toute sorte de ménagements, l'illustre malade à recourir aux sacrements de l'Eglise :
« Ah! dit le duc souriant et serein vous me faytes un vray tour de frère de me pousser au salut où j'aspire. Je ne vous en affectionne que plus grandement. »
Le duc alors se confessa à l'évêque de Riez, le confident et le narrateur des derniers sentiments et des dernières paroles de ce héros.
« La fièvre redoubla dans la nuit du 23. M. de Guise, ne conservant plus d'illusion, jugeant sa fin prochaine, appela près de son lit la duchesse et le prince de Joinville, son fils aîné.
« Ma chère compagne, dit-il à la duchesse désolée, je vous ay toujours aimée et estimée. Je vous laisse de mes biens la part que vous en voudrez prendre ; je vous laisse les enfants que Dieu nous a donnez. Je vous prye que vous leur soyez toujours bonne mère. »
« Mon fils, reprit-il en regardant le prince de Joinville, qui mêlait ses sanglots à ceux de la duchesse tu as ouy ce que j'ai dit à ta mère. Aye, mon mignon, mon amy, l'amour et crainte de Dieu principalement devant tes yeux et dedans ton cœur ; chemine selon ses