CHAPITRE SIXIEME
voies parle sentier droict et estroit, évitant le large et oblique qui conduit à perdition. Ne t'adonne aucunement aux compagnies vicieuses. Ne cherche aucun advancement par voies mauvaises, comme par une vaillantise de cour ou une faveur de femmes. Attends les honneurs de la libéralité de ton prince et de tes labeurs ; et ne désire les grandes charges, car elles sont trop difficiles à exercer. Toutefois, en celles où tu seras, emploie entièrement ton pouvoir et ta vie pour t'en acquitter, selon ton devoir, au contentement de ton Dieu et de ton roy. Si la bonté de la royne te fait participer en quelqu'un de mes estats, n'estime point que ce soit pour tes mérites, mais seulement à cause de moy et de mes laborieux services. Et ne néglige de t'y porter avec modération. Quelque bien qu'il te puisse advenir, garde-toi d'y mettre ta confiance ; car ce monde est trompeur et n'y peut estre assuranceaucune, ce que tu voy clairement en moy-mesme. Or, mon cher filz, je te lègue ta mère ; que tu l'honores et la serves ainsy que Dieu et nature t'y convient. Que tu aimes tes frères comme tes enfants, que tu conserves l'union entre eulx, car c'est le nœud de ta force. Et je conjure mon Dieu qu'il te donne sa bénédiction comme je te donne la mienne. »
« Nommant ensuite ses parents présents et absents, son frère, le cardinal de Lorraine, qui était au concile de Trente, sa nièce, la reine d'Ecosse, qui était à
Edimbourg, il leur recommanda à tous sa femme et ses enfants. Il les recommanda aussi à la reine Catherine, qu'il engagea vivement à conclure une bonne paix. « Oui ne désire point la paix, dit-il, n'est point homme sage ni amateur du service du roy. Et honni soit qui ne la veult. » La guerre qu'il avait tant voulue lui-même, il ne la voulait plus aux approches de la mort, à cette subite lumière du sépulcre !
« Il dit adieu à tous ses serviteurs, les invitant à estre attachez aux siens comme ils l'avoient esté à lui-mesme. »
« Il adjura plusieurs gentilshommes, ses amis privés, de se ramentevoir la duchesse, et ses fils, et sa fille. Il s'excusa du malheur de Vassy, alléguant ses efforts pour réprimer ceux qui étaient avec lui. « Si j'ai esté contrainct, dit-il encore, à des sévérytez comme en Lombardie, où j'ai fait pendre des soldats qui avaient décroché du lard à la cheminée du paysan ou qui avaient volé, dans les chaumières, soit un pain, soit une poule, je ne prétends pas, messieurs, justifier complètement ces rigueurs indispensables à la discipline et pourtant désagréables à Dieu. »
M. de Guise défendit à chacun et à tous de le venger. Il cita les paroles qu'il avait adressées, pendant le siège de Rouen, à un gentilhomme manceau, qui avait tenté de l'assassiner, et qu'il avait fait conduire sain et sauf hors du camp. Lui qui avait pardonné ce premier