CHAPITRE SIXIEME
crime voulait voir Poltrot pour l'encourager à se repentir, à embrasser la vraie foi, et pour lui pardonner aussi. On éluda son vœu ; on promit tout et on ne tint rien. On trompa cet élan de M. de Guise, mais il fut entier dans son cœur.
« Le 24, un mercredi des Cendres, le duc, toujours plus mal, dicta son testament, et mit ordre à toutes ses affaires. Il entendit la messe dans sa chambre et communia saintement. Comme la faiblesse croissait par l'effet de cette dernière cérémonie, on lui offrit quelques aliments, mais il les repoussa et dit : « Ostez, ostez, car j'ay pris la manne du ciel, par laquelle je me sens si consolé, qu'il m'est advis que je suis desjà en paradis. Ce corps n'a plus nécessité de nourriture.»
« Un dernier trait marqua et illustra la sublime agonie de M. de Guise. Elle dura six jours. Les médecins ordinaires étaient insuffisants. On proposa au malade M. de Saint-Just, qui, dans la conviction des esprits les plus éclairés du temps, avait le pouvoir de guérir en appliquant au mal certains appareils et certaines paroles cabalistiques. « Non, répondit le duc de Guise, je ne doute pas de sa science, mais sa science est diabolique. Plutost que d'estre sauvé par un sortilège, je préfère mourir droictement comme j'ay vécu. Dieu est le maistre : qu'il soit fait selon sa volonté ! »
« Le duc finit ainsi sa grande vie par une plus grande mort ; il amnistia son assassin, et le désir de la gué-
rison, dans les moments suprêmes, n'altéra ni la délicatesse, ni l'intrépidité de sa conscience. Il ne se démentit pas un instant au bord même de la tombe. Il contempla l'éternité sans vertige, et son dernier soupir fut un acte de foi, comme son dernier vœu avait été un acte de clémence.
« L'assassin, après son crime, se dérobant dans l'ombre, s'était dirigé vers le recoin où son cheval était attaché à un arbre. Il dégagea la bride, et, sautant en selle, il prit la première route qu'il rencontrait, avec un effroi qui redoublait à tous les bruits. Il enfonçait l'éperon dans les flancs du pauvre animal qui courait d'une course désespérée. Poltrot, il l'avoua depuis, accablé sous l'énormité de son forfait, insensé de terreurs et de remords, se sentait chassé par un fouet invisible. Son imagination troublée l'emportait dans l'espace plus vite encore que sa monture. Il erra ainsi pendant douze heures. Le lendemain matin, le cheval et le cavalier ruisselaient de sueur et d'écume. Poltrot avait fait un tour immense pendant la nuit. Son corps s'était égaré dans les labyrinthes du bois, et son âme dans les horreurs de sa conscience. Il n'y avait plus d'issue pour lui nulle part. Hors de tout sentier, il avait tourné sur lui-même dans un tourbillon de ténèbres, comme une roue folle dans un cercle infernal.
«La justice divine précédait la justice humaine.
«Le meurtrier croyait être bien loin du théâtre de son