CHAPITRE SIXIEME
attentat, et il était devant une petite ferme, à quelques toises du lieu où l'assassinat avait été commis. Il poussa son cheval à l'écurie et s'endormit lui-même dans la grange. C'est là qu'il fut réveillé et arrêté. Le Seurre, principal secrétaire du duc de Guise, fit conduire le coupable en prison. Poltrot révéla tout. Il compromit plusieurs chefs huguenots et même l'amiral. La reinemère l'interrogea et le livra à la colère de Paris. Le peuple de Paris s'était soulevé comme l'Océan dans la tempête et il avait jeté un immense et long cri de fureur à cette nouvelle : le duc de Guise a été assassiné ! Son amour pour le duc était la mesure de sa haine contre le meurtrier.
« L'exécution de Poltrot devint une fête : mené au milieu des outrages à la place de Grève et descendu de son tombereau, il fut lié par les deux bras, puis par les deux jambes, à quatre poulains sauvages qui arrachèrent cette vie odieuse en hennissant, au milieu des applaudissements barbares de la foule. Il eut ensuite la tête tranchée. Cette tête sanglante est arborée tumultueusement au bout d'une pique devant l'horloge de l'hôtel-de-ville. Le tronc est brûlé sur un bûcher fumant et les quatre membres sont exposés aux quatre principales portes de la cité implacable. Ce supplice fut horrible, mais il dura trop peu au gré des Parisiens. Ils auraient souhaité que le meurtrier eût mille vies pour les lui ravir en expiation de son crime. Le peuple
est facilement féroce, si l'on touche à son idole. Alors sa vengeance prend les proportions de son amour.
« Le cardinal de Lorraine, en apprenant à Trente la fatale nouvelle, tomba à deux genoux en pleurant
« ...Il écrivit à Antoinette de Bourbon une lettre où il exaltait le martyre du duc de Guise qui rejaillissait sur toute leur maison et principalement sur elle, leur mère vénérée. «Je vous dy, madame, qui jamais Dieu « n'honora tant mère, ne fit plus pour aultre sienne « créature (j'excepte toujours sa glorieuse Mère) qu'il a « faict pour vous. »
« Cette mort consterna l'Europe.
« Qui fut jamais en effet plus digne d'être regretté que ce généreux capitaine, le héros des gentilshommes, des prêtres, du peuple ; le plus instinctif des hommes d'Etat ; très supérieur pour la justesse, la vigueur, la décision, à son frère le cardinal et à toutes les intelligences du conseil ; le premier des chefs, catholiques en bravoure et en illumination rapide ? Malgré son coup d'œil d'aigle, le maréchal de Brissac n'était que l'ombre du duc.de Guise. Il n'en avait point les belles parties politiques, ni cet art de manier les masses et de diriger l'opinion, ni ce don d'éveiller l'enthousiasme qui semblaient si naturels à la maison de Lorraine. M. de Guise accomplissait toutes choses de faction ou de guerre avec facilité. Il avait le génie organisateur, l'inspiration prompte, la douceur mâle, l'éloquence simple