CHAPITRE PREMIER
et les grâces ; son exactitude à psalmodier au chœur était exemplaire, et aussi son soin à servir les pauvres de sa propre main, sa coutume de jeûner tous les vendredis, tous les samedis, et son usage de porter souvent une haire comme mortification [(*). Enfin il se faisait faire d'utiles lectures pendant ses repas et puisait son plus agréable délassement dans la conversation des savants, des littérateurs et des artistes.
Intimement uni avec son frère, voué sans réserve à la fortune de ce héros, par une véritable « conjonction des lettres et armes », le cardinal en assura, en partagea la puissance, sans disparaître, tant s'en faut, dans l'ombre d'une gloire aussi éblouissante, et sans cesser, grâce à son habileté peu commune, de conserver, en présence d'un tel objet de comparaison, un éclat qui lui fût propre. Charles de Lorraine eût été réellement doué d'une supériorité extraordinaire sans la violence de son caractère, qui compromettait le succès de ses plans.
C'est sous le règne de Henri II que la puissance des Guises commence à s'imposer à la France. François Ier, en mourant, avait adressé à son fils de sages recommandations. Après s'être préparé à une mort chrétienne qui édifia toute la cour, il appela le Dauphin qui devait régner sous le nom de Henri II, lui rappela les de-
l. Histoire manuscrite de la maison de Gztise,pa.v Oudin. L. III, ch. 16.
voirs que la couronne lui imposait par rapport à ses sujets, par rapport à la religion, et lui recommanda d'appeler dans ses conseils l'amiral d'Annebault, le cardinal de Tournon, les seigneurs de Grignon et de Lorgeval, le capitaine Paulin et le secrétaire d'Etat Bayard.
Sauf Brantôme, presque tous les historiens du temps s'accordent à dire que François Ier redoutait l'influence que pouvaient exercer plus tard le connétable de Montmorency et la famille des Guises.
Montmorency était exilé, et Henri II n'avait hérité que d'une seule des brillantes qualités de son père : le courage militaire. Faible d'esprit, plus propre à être conduit qu'à gouverner, selon les propres expressions de Mézeray, il était incapable de résister à l'ascendant que devaient exercer sur lui Diane de Poitiers, le maréchal de Saint-André, le connétable de Montmorency et les Guises, qu'il rappela immédiatement à la cour malgré les conseils de son père.
« Soubs ce règne qui dura treize ans, non toutefois accomplis, et de l'entrée d'iceluy, la graine de nos guerres civiles fut semée par ceux qui tenoient les premiers lieux en l'administration publique, et print avec le temps si profonde racine qu'elle a mené le plus beau et le plus florissant estât du monde jusques au bord de sa ruine et précipitation, dont il a esté préservé, non par prudence humaine, mais par une spéciale faveur et grâce de Dieu. »