CHAPITRE PREMIER
Lorsque Henri II eut saisi le sceptre, ce fut, de la part de ses courtisans, une véritable curée. François et Charles de Lorraine obtenaient du roi tous les emplois et sinécures qui étaient vacants. D'autre part, le maréchal de Saint-André recevait des dons considérables, et Montmorency se faisait payer cent mille écus, comme arrérages des appointements de sa charge de connétable et de grand maître.
Au sacre du roi, qui eut lieu à Reims, le 26 juillet 1547, les princes de Guise prirent place au même rang que les princes du sang royal. Il s'éleva même, à ce sujet, une vive querelle entre le duc d'Aumale, et le duc de Montpensier.
Mais revenons à notre héros, François de Lorraine, dont l'enfance ne fut pas sans influence sur ses hautes destinées.
Tout jeune, on pourrait dire tout enfant, il suivait son père sur les champs de bataille. A l'âge de dixsept ans, il était déjà dans l'armée de Champagne, et son père écrivait à François Ier « qu'il voulait bientôt lui céder son épée, comme plus capable de rendre des services entre ces jeunes mains qu'entre les siennes ». Il fît avec son père et le duc d'Orléans la campagne de Luxembourg (1542). Il avait alors pour compagnon d'armes et pour ami intime Gaspard de Châtillon, si célèbre depuis sous le nom de l'amiral de Coligny.
L'année suivante, le jeune prince accomplit encore des prodiges de valeur dans la petite armée de Vendôme, qui était chargée principalement de ravitailler Thérouanne et de mettre cette place à l'abri d'un coup de main.
A la tête de quelques gentilshommes dont il était le chef, il faisait de fréquentes sorties et allait chercher l'ennemi, pour le forcer à livrer bataille, jusques sous les murs d'Aire et de Saint-Omer. Dans une de ces entreprises, appuyé par une escorte d'environ deux cents chevau-légers, il battit quatre cents Impériaux entre Hesdin et Thérouanne, près d'un pont jeté sur l'Aquette. Il fit prisonniers à peu près la moitié des ennemis, et contribua ainsi puissamment à la prise de Lillers.
Après avoir tenté quelques coups de main contre la place d'Avesnes, il s'enferma dans Landrecies, que menaçaient les Impériaux. Avec lui s'étaient jetés dans la place: le duc de Nevers, Gaspard de Châtillon et son frère Dandelot, les deux la Rochefoucauld, Bonnivet, les deux Maillé Brézé; la témérité de cette jeune noblesse était si grande qu'elle fit craindre à François Ier qu'ils ne compromissent la sûreté de Landrecies; il les rappela auprès de lui, persuadé, non sans raison, que lui seul aurait assez d'autorité sur eux pour les empêcher de commettre les coups de tête qui leur étaient familiers. François de Lorraine eut le commandement d'une partie de l'avant-garde de l'armée du