CHAPITRE SIXIEME
et vive. Sa religion miséricordieuse était une grandeur de plus.
« L'ascendant de M. de Guise était irrésistible. Sa parole était une force, une évidence. Il laissait discourir les autres d'abord, puis il répondait aux objections les plus captieuses et dégageait les solutions avec un accent héroïque. Il électrisait ses auditeurs. Dans les conjectures pressantes, il exprimait son avis en paroles brèves comme le commandement. Après qu'il avait parlé, si l'on en croit les contemporains, personne n'osait le contredire, non que l'on redoutât son ressentiment ou sa puissance, mais il avait le secret de persuader, et les plus fiers s'inclinaient devant son étoile. »
Nous avons tenu à citer in extenso le récit de Dargaud, mais il convient d'insister davantage, et de chercher à qui incombe la responsabilité d'un assassinat politique dont les conséquences furent incalculables.
On nous permettra donc de revenir en arrière, et de reprendre notre récit à l'arrestation de Poltrot, qui, le lendemain du crime, fut mené au camp, et interrogé en présence de la reine, par maître Jean Viellart, maître des requêtes. On apprit, — dit le meilleur historien de Coligny, le prince de Caraman, — qu'il se nommait Jean Poltrot, seigneur de Méré ou Meray, en Angoumois, relevant de la seigneurerie d' Aubeterre. Il avait d'abord été page chez Bouchard, baron d'Aubeterre ; puis il avait embrassé la religion réformée, et
avait pris les armes sous M. de Soubise. Il avait, paraît-il, déjà manifesté le dessein de tuer le duc de Guise. Quelque temps après la bataille de Dreux, M. de Soubise, qui était à Lyon, envoya Poltrot porter un message à l'amiral, et le recommanda vivement à celui-ci. L'amiral l'accueillit fort bien, lui donna de l'argent, et, partant pour la Normandie, il le laissa à Orléans, après lui avoir donné ses instructions. Ce qîii est certain, c'est qu'elles portaient au moins l'ordre d'espionner le duc de Guise : Coligny l'a avoué lui-même.
Mais Poltrot ne dit pas qu'il avait seulement été chargé d'espionner le duc : il déclara hautement que l'amiral de Coligny lui avait, à plusieurs reprises, proposé de l'assassiner, et qu'il n'avait agi qu'à ses suggestions, ainsi qu'à celles de Théodore de Bèze. Il ne chargea ni Condé, ni Dandelot, ni Soubise, et prétendit qu'ils étaient absolument restés en dehors du crime et qu'ils en avaient ignoré l'exécution ; mais, quant à ce qui regarde Coligny, il fut ferme et précis dans ses réponses.
M. Ch. Cauvin donne quelques détails encore plus explicites :
« Jean Poltrot, sire de Méré, dit-il, avait alors vingtsix ans. L'esprit sombre, inquiet, mais ardent, doué d'une grande intelligence, il avait été d'abord un catholique fanatique. Sous Henri II, il avait fait un long séjour en Espagne en qualité d'espion. Il était