CHAPITRE SIXIEME
petit, il avait le teint cuivré, et avait pris si bien les mœurs et les allures du pays, où il avait séjourné, qu'on ne l'appelait plus que l'Espagnol. Il avait été, dit-on, page de la reine. A son retour en France, il embrassa le calvinisme, et son fanatisme ne fit que croître. Compromis dans la conjuration d'Amboise, ce fut à la généreuse intercession du duc de Guise qu'il dut la vie. Lorsque les guerres religieuses éclatèrent, il alla offrir ses services à Soubise, qui commandait les réformés de Lyon. Ce seigneur, frappé de son intelligence et de son activité, le dépêcha auprès de Coligny après la bataille de Dreux avec des lettres de recommandation. Ce fut en faisant le tableau de la situation des réformés dans le Dauphiné qu'il exprima, dit-on, à l'amiral, le désir qu'il avait de tuer le duc de Guise, considérant que c'était le plus grand bien qui put avenir pour les réformés. C'est pendant le siège de Celles qu'il avait été mis en rapport avec Coligny, et c'est avec l'amiral qu'il était retourné à Orléans, où il avait rencontré Théodore de Bèze et un autre ministre protestant. Dans les interrogatoires qu'on lui fit subir, avant même d'être soumis à la torture, il déclara que Coligny, Théodore de Bèze, un autre ministre protestant, dont il s'est refusé à dire le nom, et la Rochefoucauld, l'avaient excité à tuer le duc. C'est avec l'argent que lui avait donné Coligny qu'il avait acheté le cheval qu'il montait.
« Pour l'exciter à commettre ce crime, Théodore de Bèze et l'autre ministre protestant lui avaient demandé s'il ne serait pas bien heureux de porter sa croix en ce monde, comme le Seigneur l'avait portée pour nous, et « après plusieurs aultres discours, et « paroles lui dirent qu'il seroit le plus heureux de ce « monde s'il vouloit exécuter l'entreprise dont M. « l'amiral lui avoit tenu propos ; parce qu'il osteroit « un tyran de ce monde, par lequel acte il gagneroit « le paradis et s'en iroit avec les bienheureux, s'il mou- « roit pour une si juste querelle. »
Tous les témoignages confirment celui de Dargaud, que nous avons déjà rapporté.
W. Cobbett, dans ses Lettres sur la Réforme, accuse non seulement Théodore de Bèze et Coligny, mais encore Elisabeth d'Angleterre.
« Un scélérat, nommé Poltrot, qui était à la solde de Coligny feignit de déserter la cause de ce chef rebelle et vint prendre du service dans l'armée du duc de Guise. Peu de temps après, Poltrot saisissant une occasion favorable, plongea un fer homicide dans le cœur généreux du vaillant et patriote général qui l'avait accueilli. Personne, à cette époque, ne chercha à nier que l'assassin eût été soudoyé par Coligny et excité par les prédications furibondes de Bèze, l'un des plus incendiaires prêcheurs de l'époque et l'un des plus digues disciples de Luther. Or, remarquons en passant