‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 124 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Jean Poltrot se croyait appelé de Dieu à faire ce qu'il fit, ajoute Rohrbacher. Dans la journée du 18 février, il se prépara par la prière à l'assassinat. Interrogé devant la reine, en présence du cardinal de Bourbon et de plusieurs autres seigneurs, il répondit que l'amiral de Coligny l'avait sollicité de tuer le duc de Guise ; que, persuadé par Théodore de Bèze, il y avait consenti, après avoir refusé d'abord ; qu'ayant reçu l'argent de Coligny, il était venu vers le duc de Guise au camp, comme s'il eût abandonné le parti du prince de Condé pour servir le roi ; que, touché de repentir, il était venu à Orléans trouver l'amiral, pour s'excuser de commettre le crime ; que Bèze l'avait encore une fois persuadé, et qu'enfin il avait assassiné en la manière qu'il a été dit. Le lendemain, après avoir juré de dire la vérité, il confessa toutes les mêmes choses ; on mit ses réponses par écrit et il les signa. Plus tard, 18 mars, jour de son supplice, ayant été mis à la question par les juges au parlement, il varia dans ses réponses, mais chargea finalement Coligny, au moment même d'expirer, assure de Thou (x). »

Quant à la complicité de l'amiral de Coligny, le protestant Sismondi l'avoue en ces termes :

« Les catholiques nommaient le meurtre du duc de Guise un assassinat ; les huguenots, un tyrannicide ;

i. Rohrbacher, Histoire universelle de V Église, t. X, i, lxxxvi, p. 420,421. (Édition Palmé.)

Théodore de Bèze, dans son apologie, déclarait qu'il y reconnaissait un juste jugement de Dieu, menaçant de semblable ou plus grande punition tous les ennemis jurés de son saint Évangile. Poltrot, dans sa déposition, avait formellement accusé Coligny de l'avoir sollicité de commettre ce meurtre, et de lui avoir fourni de l'argent dans ce but. Dans nos idées actuelles, nous ne pouvons concevoir qu'un grand homme, un des hommes les plus vertueux et les plus religieux qu'ait eus la France, fût descendu à une action si basse et si criminelle. Lacretelle déclare que l'histoire ne doit pas hésiter de l'en absoudre (x); une connaissance plus intime de l'esprit des temps ne confirme pas cette décision. La guerre privée était, autant que la guerre publique, dans les habitudes du gentilhomme. Le meurtre était une des actions auxquelles il se croyait appelé par état, et qui ne lui inspirait point de répugnance. Coligny, dans sa réponse, article par article, à la déposition de Poltrot, veut bien établir qu'il ne l'a pas séduit, qu'il ne lui a pas donné la commission de l'assassinat, qu'il ne l'a pas payé pour le commettre ; mais il laisse comprendre qu'il connaissait les menaces de Poltrot, qu'il l'a mis à la portée de les accomplir et qu'il n'en ressentait point d'horreur (2). » Voilà, suivant le protestant genevois Sismondi, quel

i. Histoire des guerres de religion, t. II, i, 5.

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