‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 125 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

était le plus vertueux et le plus religieux des protestants français !

« Ils auraient pu ajouter l'un et l'autre, ajoute Rohrbacher, que, pour tout protestant sincère, l'action de Poltrot était une action plus que vertueuse. D'après la doctrine de Wittemberg et de Genève, de Luther et de Calvin, Dieu lui-même opère en l'homme le mal comme le bien, la trahison de Judas comme le repentir de saint Pierre. Donc l'action de Poltrot est une action divine. D'ailleurs, la règle fondamentale du protestantisme n'est-elle pas que chacun n'a d'autre règle ni d'autre juge que soi-même ? Ceux donc qui approuvent le protestantisme et qui blâment Poltrot, ne savent ce qu'ils disent ; car tout homme sensé, admettant le principe, doit admettre la conséquence. »

Le témoignage des contemporains doit être aussi invoqué. L'ambassadeur anglais, Smith, dans une longue lettre à Elisabeth, lui fait part de tous les bruits qui courent (J).

« L'assassin est âgé de dix-neuf ans, natif de Saintonge; il est venu dans le dessin de tuerie duc, à l'instigation de Soubise actuellement à Lyon. C'est Soubise qui l'a adressé à l'amiral, avant qu'il passât en Normandie ; l'amiral lui a remis trois cents écus.

i. Le seizième siècle et les Valois, par le comte H. delà Ferrière, p. 106.

« On dit encore qu'il a été confirmé dans son dessein par Théodore de Bèze (*). »

Puis venant à parler du duc, il ajoute:

« Il est plaint par tous ceux qui l'entourent;on admire son courage, sa patience, son énergie à supporter une cruelle incision. »

Pour son ennemi mort, Smith n'a que des paroles d'admiration ; il le tient pour le plus grand capitaine de la France, et peut-être de la chrétienté; il rappelle ses grandes qualités militaires, sa courtoisie habituelle, son éloquence, sa générosité pour les jeunes gentilshommes, pour ses soldats.

C'est à Caen que Coligny apprend à la fois la blessure et la mort du duc de Guise. Immédiatement il en fait part à Elisabeth ; sa lettre est brève et sans réflexions (2) :

« Madame, « Le sieur de Briquemault m'estant venu trouver en « ce lieu, j'ay entendu par luy beaucoup de bons, hon- « nestes et gracieux propoz, qu'il vous a pieu de tenir. « Et semblablement le sieur de Trockmorton estant « venu icy, m'a déclaré la créance de la querelle; j'ai « veu par la lettre qu'il m'a baillée de la part de Votre « Majesté, que vous l'aviez chargé envers moy. Mais

i. Lettre écrite de Blois, le 26 février, par Smith à la reine Elisabeth, (Reccord office, State Papers, France, vol. XX ix).

2. Record office, State Papers, France, vol. xxx. (Autographie).

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