CHAPITRE SIXIÈME
« pour le présent je n'estendray à vous faire plus « ample responce sur ce que l'ung et l'autre ma faict « entendre, et employeroy seullement la présente pour « advertir votre Majesté comment j'ay eu ce jourd'huy « des lettres de mon frère, M. Dandelot, par lesquelles « il m'escrit que le XXI 1 1 de ce moys, le duc de Guise « mourut de la blessure d'une pistolle qu'il avoy eue « peu auparavant; comme j'estime Madame, que vous « ayez jà entendu et m'estant venu maintenant la nou- « velle de telle mort, je n'ay voulu faillir de la vous « mander incontinant, comme j'ay intention de vous « tenir advertye de toutes les aultres nouvelles d'im- « portance que j'apprendroy par cy après et à tant.
« Madame, je supplye le Créateur qu'il donne à « Vostre Majesté très longue vie en continuelle pros- « périté.
« De Caen, ce dernier jour de février 1562. »
La cour, qui était en ce moment au château de Blois, y reçut la nouvelle du crime de Poltrot. La reine-mère écrivit tout de suite au cardinal de Lorraine pour lui apprendre « le malheureux inconvénient advenu à son frère d'un paillard qui lui a donné un coup de pistolet en passant». Cette lettre, publiée dans le Mémoires de Condé, avec l'orthographie italienne de la reine, se terminait ainsi:
« Encore que l'on n'aye assuré que le coup de vostre « frère n'est mortel, si est-ce que je souis si troublée
« que je ne se que je souis. Mais je vous assure byen « que je meteré tout set que j'é au monde et de crédist « et de puissance pour m'anvanger, et souis seure que Dieu me le pardonnera. »
Et elle signait : « Vostre bonne cousine, Caterine. »
Elle écrivait en même temps au connétable de Montmorency, pour lui faire part du dessein du roi de donner la charge de grand-maître de la maison au fils du duc de Guise, si celui-ci mourait de sa blessure. C'est en effet au château de Blois que fut signée la nomination de Henri de Guise à survivance de la charge de son père (').
La mort du duc de Guise jeta la cour dans des embarras effrayants. La guerre civile désolait le royaume, et le conseil du roi ne voyait plus aucun chef capable de la conduire ou de la terminer. La haine de la reinemère pour Montmorency, la crainte de donner trop de puissance au prince de Condé, lui suggérèrent l'idée d'appeler en France un prince étranger (2).
Elle écrivit de Blois au duc de Wurtemberg, pour l'engager à venir prendre l'administration générale du royaume avec un pouvoir absolu (3).
Cette démarche honteuse n'empêchait pas cependant les négociations pour la cessation des hostilités,
i. Mémoires de Condé, t. IV, p. 273.