‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 133 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

« ce que j'ai aussi dit à M. le connétable. Et néanmoins

« puis-je dire avec vérité que de moi-même je n'ai

« jamais recherché, sollicité, ni pratiqué personne pour

« tel effet ; et m'en rapporterois bien à tous ceux qui

« ont vu mettre telles entreprises en avant devant

« moi, combien je m'en suis mocqué. Et pour n'ennuyer

« Votre Majesté de plus longue lettre, je la supplierai

« encore un coup, très-humblement, commander que

« le dit Poltrot soit bien et soigneusement gardé,

« pour vérifier de ce fait ce qui en est. Aussi, qu'étant

« mené à Paris, comme l'on m'a dit, je craindrois que

« ceux de la cour de parlement le voullussent faire

« exécuter, pour me laisser cette calomnie et impo-

« sture, ou bien qu'ils voullussent procéder à l'encon-

« tre de moi pour ce fait; ce qu'ils ne peuvent faire,

« estant mes parties et récusés comme ils sont. Et

« cependant ne pensez pas que ce que f en dit soit par

« regret que faye à la mort de M. de Guise, car f estime

« que ce soit le plus grand bien qui pouvoit advenir

« à ce royaume, et à f Église de Dieu, et particuliëre-

« ment a moi et a toute ma maison; et aussi que,

« s il plaît à Votre Majesté, ce sera le moyen pour met-

« tre ce royaume en repos : ce que tous ceux de cette

« armée désirons bien de vous faire entendre, s'il vous

« plaît nous donner seureté de ce faire, suivant ce

« que nous avons fait requérir aussitôt que nous avons

« été avertis de la mort dudit sieur de Guise. Madame,

« je prie Dieu vous donner, en très-parfaite santé, « très heureuse et très longue vie.

<? De Caen, ce 12 de mars 1562 (1563). »

Chose remarquable! Lorsqu'il aurait été naturel de déférer à la demande de confrontation que faisait Coligny, on se hâte de faire exécuter Poltrot; et comme la suite a montré que la reine-mère n'était rien moins que mal disposée pour l'amiral, on est étonné qu'elle lui ait enlevé ce moyen de justification, si réellement il le voulait.

Le mémoire que Coligny avait envoyé avec sa lettre était intitulé :

« Réponse à l'interrogatoire qu'on dit avoir été fait à un nommé Poltrot, soi-disant seigneur de Meray, sur la mort du feu duc de Guise, par monsieur de Châtillon, admirai de France, et autres nommés audit interrogatoire. »

Il commençait ainsi :

« Ledit seigneur admirai ayant égard à la vérité et « à son honneur, et ne pouvant attribuer telle con- « trouvée accusation qu'aux ennemis du repos de ce « royaume, continuant en leur mauvaise volonté, qui « est de ruiner entièrement ledit seigneur admirai, « avec tous ceux qui font profession de l'Évangile, en « les rendant odieux à tout le monde par tels artifices « et pratiques, n'a voulu faillir d'y remédier prompte- « ment; et par cette cause, sans avoir égard aux ruses

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