‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 136 sur 142 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

du reste aucun succès et qui n'ébranla pas le terrible ressentiment de la famille de Guise, l'amiral partit de Caen le 1 5 mars, passa par Falaise, Argentan, Séez, Mortagne et arriva enfin à Orléans où, à son grand étonnement, il trouva la paix conclue.

Nous voici arrivé au bout de notre tâche. Nous n'avons pas, dans cette longue enquête, pris la parole bien souvent ; nous avons laissé aux témoins, cités à la barre de l'histoire, le soin d'exposer tous les faits de la cause, en respectant toujours l'austère vérité.

Coligny nous apparaît tel qu'il fut, avec ses crimes, ses trahisons, son hypocrisie. Peut-être cependant, tout en retenant toutes les actions mauvaises que nous avons invoquées contre lui, faut-il tenir compte de l'opinion que le prince de Caraman-Chimay exprime en ces termes :

« Dans toutes les grandes tourmentes qui ont assailli l'humanité, il s'est trouvé des esprits qui ont cru sincèrement à l'avènement d'une ère nouvelle. Coligny était de ces esprits-là. Il ne fut pas seulement le champion des doctrines nouvelles, il en fut encore le disciple. L'amiral de Coligny est le type du protestant et du protestantisme au seizième siècle. »

Dans un langage plus familier, Barbey d'Aurevilly écrivait à un ami :

« Quant à Coligny, c'est un homme, mais c'est une vertu à la protestante, c'est-à-dire une vertu dont la colonne vertébrale est l'orgueil. Bien loin de la grandir, cela la diminue. L'orgueil se casse, en se dressant... En politique, il voit faux, comme tous les protestants. »

François de Lorraine réellement « fut, de l'aveu « même de ses ennemis, le plus grand homme de son « siècle, digne de toutes sortes de louanges, de quel- « que côté qu'on l'envisage. Son habileté consommée « dans la guerre, jointe à un extrême bonheur, et sa « rare prudence dans le maniement des affaires, l'au- « raient fait regarder comme né pour le bonheur et « l'ornement de la France, s'il eût vécu dans des tems « moins orageux et dans des conjonctures où l'état « auroit été mieux gouverné ('). »

La fin d'un tel personnage, au milieu d'événements dont elle devait beaucoup modifier le cours, rendue plus tragique encore par le caractère du crime qui l'avait causée, était, à tous égards, un fait immense. La catholicité entière s'en trouvait ébranlée ; et ce sang illustre n'allait que féconder plus rapidement les germes d'ambition d'une famille si puissante déjà dans le royaume.

Le camp de l'armée d'Orléans ressentit une im-

i. Histoire universelle^ par J.-A. de Thou, livre XXXIV.

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