‹ François de Lorraine, duc de GuiseChapitre 138 sur 142 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

« Mais êtes-vous sûr, objecta-t-il, qu'ils n'ont pas, « eux, besoin de moi ? »

C'était la perte de leur Achille, de leur Hector, de leur Annibal, de leur César, de leur Machabée, de leur Samson, de leur Gédéon, de leur Charles Martel que tous ces guerriers déploraient : l'excès des regrets, à cette époque, pour caractériser l'objet qui les causait, ne reculant devant l'emploi, quelque hyperbolique qu'il fût, d'aucune citation mythologique, biblique ou historique.

Mais dans un temps où les partis sont aussi violemment en présence, à l'affliction de l'un doivent répondre la joie, les chants de triomphe, les criminelles menaces de l'autre. Aussi l'action de Poltrot est-elle érigée en exploit par les protestants. Le jour de la mort du duc de Guise va être consacré comme une solennité du parti.

Pourtant Renée de France, duchesse de Ferrare, dans une lettre remarquable, adressée de Montargis à Calvin, et exprimant un zèle non douteux pour la religion protestante, disait :

« Quant à mon feu gendre, il me semble que l'on « peut trop veoir et cognoistre s'y j'ay ployé pour luy « en endroict nul que ce soit, mais si ça esté luy qui « a ployé à maintenir ceux de la religion que j'ay eu « en ceste ville, jusques à en estre répondant luy et « le cardinal de Lorrayne à la Royne, et si Dieu a

« adopté leur moyen pour les maintenir, et non-seu- « lement pour ce lieu, mais c'estoit encores employé « pour empescher qu'on ne confisquast Chastillon, qui « est à monsieur l'admirai et qu'il ne fust saccagé ny « travaillé. Encores que ce sont choses que je sçay « bien que l'on ne veut pas qui soyent entendues ni « cogneues, je le dis devant Dieu qui en sçai la vérité, « et pour cela ne veux pas excuser les défauts de mon « gendre en ce qu'il n'avoit pas la cognoissance de « Dieu, mais en ce que l'on dit que ce a esté luy seul « qui a allumé le feu... Encores maintenant qu'il est « mort et qu'il n'y est plus, tels venins de haine si « pestilencieux ne se veulent jamais acquicter de se « déclarer par tous les mensonges que l'on peut « controuver et s'imaginer... Je ne tiens ny estime que « telles paroles de mensonge procèdent de Dieu. Je « sçay qu'il a persécuté, mais je ne sçay pas ny ne « crois qu'il soit réprouvé de Dieu. »

Après avoir fait la part de l'exagération, favorable ou contraire, l'histoire ne peut effectivement méconnaître, en tous cas, que le duc François de Guise soutint glorieusement, presque sans un seul nuage pendant toute sa carrière, l'éclat des armes françaises ; qu'à diverses reprises il en vengea l'honneur contre les étrangers; qu'il assura plusieurs fois l'indépendance nationale vis-à-vis des ennemis du dehors ; qu'il garantit l'intégrité de la monarchie menacée par des complots inté-

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