CHAPITRE PREMIER
écrivait à son frère pour lui annoncer que sa future devait arriver à Grenoble six jours après : « Elle est « très désirée du roi et de toute la cour, ajoutait-il, et « on voudroit qu'elle pust estre arrivée pour assister « aux noces de M. de Vendosme et de la princesse de « Navarre. Vous aviserez quand il vous semblera que « les affaires du lieu où vous estes pourront endurer que « vous vous en reveniez, affin que le roi vous mande, « qui trouvera très-bon vostre retour en poste. »
Ce n'étaient pour François de Lorraine, qui portait encore le titre de duc d'Aumale, que présages de bonheur et félicitations qui lui arrivaient de toutes parts : « Mon filz, lui mandait de Joinville, le 23 septembre, « le duc de Guise, son père, j'ay cogneu toutes les « despesches que vous avez faites en tous mes affaires « dont vous avoys escript et donné charge, qui me « faict bien cognoistre que estes bons enffans et dont « j'ay grand contentement et plaisir. »
François arriva à Grenoble, le 27 octobre 1548, avec le cardinal Charles, son frère, et le lendemain, sa fiancée arrivait dans la même ville.
Anne d'Esté, comtesse de Gisors, dame de Montargis, du chef de sa mère, était une princesse «austant belle que sage et vertueuse qu'il y en eussent au monde, » dit Brantôme. Sigismond 1 1 1, roi de Pologne, avait recherché sa main ; mais l'habileté du cardinal de Lorraine sut faire préférer à Anne d'Esté les
feuilles d'ache ducales à la couronne des Piast. Sa beauté fit une grande impression, mais elle captiva surtout sa nouvelle famille et toute la cour par le charme de son caractère, sa vaste intelligence et son instruction aussi solide que brillante.
Anne d'Esté était versée, non seulement dans la connaissance de plusieurs langues vivantes, mais aussi dans celle du grec et du latin. La future duchesse de Guise était donc, autant par sa naissance que par ses talents et la pénétration de son esprit, la digne compagne du grand capitaine et du grand politique auquel elle allait s'unir. Elle devait plus tard être son conseiller le plus intelligent et le plus sûr, son intermédiaire le plus habile pour les relations délicates qu'il devait avoir avec ses ennemis avoués ou cachés, comme sa constante affection devait le consoler et le soutenir dans les heures de vicissitudes qu'il aurait à traverser dans le cours de sa carrière si brillante et si glorieuse, mais toujours semée de périls et de déboires.
Dans l'oraison funèbre d'Anne d'Esté, Séverin Bertrand dit qu'elle était « excellente entre les autres « de son rang ; c'est ce qui la fit choisir par honneur « comme la plus méritante, pour estre dame d'honneur « de la Roine des lys ». Ronsard, le gracieux poète du XVIe siècle, lui a consacré des vers.
Le mariage eut lieu à Saint-Germain, le 4 décembre, après le retour de la cour. Il fut célébré avec grande